Extraits d'une homélie de Maurice Zundel.

Le Moi de Jésus peut unifier l'humanité entière parce qu'Il est le Moi divin de l'éternelle Pauvreté.

La Révélation est émergence d'un Amour.

La Bible est émergence d'un Visage... (Très important)

" Rappelez vous les milliards d'années que nous avons derrière nous et au-dedans de nous, qui pèsent sur nous, rappelez-vous toute cette évolution qui vient battre notre seuil et qui veut s'accomplir en nous, rappelez-vous ces milliards de morts qui se confondent avec la poussière. Où sont-ils ? Que sont-ils ? Quel lien entre eux et nous qui serons des morts aujourd'hui ou demain ? Quel lien y a-t-il entre eux et nous ? Ils sont des inconnus, ils demeurent absolument anonymes. Nous ne savons même plus où ils gisent : ils sont entrés en composition avec des végétaux, avec des minéraux, ils sont entrés dans d'autres cycles, enfin leur trace est radicalement effacée.

Quel est leur lien entre eux et nous ? Quel est le sens de cette histoire ? Qui peut lui donner un sens ? Qui peut ranimer toute cette histoire et la revivre dans un seul dessein, sinon justement un homme universel qui n'a pas de frontière, qui n'est pas enfermé dans un moi fermeture parce qu'il est radicalement désapproprié de soi et recouvert par le "Moi" de l'Eternelle Pauvreté qui est le Moi Divin, parce que ce Moi divin devient apte par là même à récapituler toute l'histoire, à redonner à chacun son visage, à le rendre présent dans un éternel aujourd'hui, à être enfin intérieur à chacun, étant, comme on l'a dit, chez Lui à l'intérieur des autres. Et tout cela fait éclater cette évidence que la Révélation concerne une personne et non pas un objet. Qui peut révéler une personne ? Qui peut atteindre notre intimité sinon quelqu'un qui est capable de la vivre, de la vivre sans la violer, de la vivre en nous offrant l'espace diaphane d'une tendresse oblative qui ne prétend pas nous absorber et nous assimiler à soi, mais qui prétend au contraire nous porter au sommet de notre grandeur.

La communication entre personnes, la connaissance d'une personne n'est possible que dans la réciprocité de l'amour. .. Et justement, ici, dans cette Révélation qui est le Christ lui-même, dans cette Révélation qui n'est pas dans les mots, dans les discours, dans les textes, dans les Evangiles écrits ou parlés, mais qui est dans la Personne même de Jésus, cette Révélation cautionne cette évidence qu'elle n'a jamais été autre chose que l'émergence d'une Présence à travers le magma, à travers l'humus, à travers les limites de l'homme, qu'il s'agisse des prophètes, des artistes, des héros, des mystiques, des saints, la seule révélation concevable, c'est cette émergence d'une Présence personnelle, d'une Présence libératrice, d'une Présence intérieure, d'une Présence oblative, d'une Présence désappropriée de soi et qui nous introduit au cœur de la Divine Pauvreté. C'est cela, la Bible.

La Bible, ce n'est pas tout ce magma des événements, des guerres, des combats, des malédictions, des jugements, des défenses, des interdits, des prohibitions, la Révélation, c'est l'émergence d'un Amour à travers tout cela, à travers tout cela de très humain et qui marque les limites de l'homme, la pauvreté de Dieu et la crucifixion de Dieu par l'homme. C'est, à travers tout cela, l'émergence d'un Visage, l'émergence d'un Cœur, l'émergence d'un Amour qui, à cause de tout cela, ne peut se faire jour qu'à travers des personnes.

Si la Révélation est limitée, c'est justement parce qu'une personne ne peut s'attester qu'à travers une personne qui la vit ! Et Dieu est essentiellement une Personne ! Et c'est à travers Lui que nous nous personnalisons et que nous atteignons à nous-même, en tant qu'origine et source : ce n'est qu'en Lui et à travers Lui que nous pouvons atteindre à nous-même. Et c'est pour cela que Dieu ne peut se révéler que lentement, au fur et à mesure que l'humanité vient à soi. Aussi Dieu est-Il nécessairement déformé et caricaturé dans l'exacte mesure où l'homme n'est pas encore entièrement et totalement personnifié.

C'est pourquoi la Révélation parfaite ne pouvait jaillir que d'une humanité absolument diaphane, d'une humanité absolument désappropriée de soi, incapable de se posséder et de rien posséder, d'une humanité qui ne pouvait être qu'un témoignage à la Divine Pauvreté. Mais cela nous le tenons précisément dans le "asynkhytos" du concile de Chalcédoine en 451, dans cette affirmation prodigieuse de la coexistence en Jésus de l'humanité et de la divinité sans aucun mélange puisqu'il s'agit d'une relation de totale et radicale désappropriation."

Nous rejoignons par là notre vocation la plus intime puisque c'est précisément dans cette pauvreté intérieure que nous atteignons à nous-même et puisque le Christianisme est dans cette Pauvreté divine. Le Christianisme est dans cette Pauvreté.

Le Christianisme n'est pas une doctrine, il n'est pas un système du monde, il n'est pas une philosophie, il n'est pas une science, il n'est pas une explication, il est un témoignage. Il est une expérience unique, celle que Jésus Christ fait, celle qu'Il vit, celle qu'Il est et dont Il se borne à témoigner pour nous communiquer comme un divin ferment cette pauvreté qui est la respiration de tout son être, afin que, délivrés de nous-même, nous atteignions nous aussi à l'universel.

C'est à partir de ce développement dogmatique qu'il faut vivre, là où le dogme est un sacrement, là où le dogme est précisément une parole du dedans, une parole translucide qui émane de l'intimité du Christ vers la nôtre, là où le dogme n'est pas du tout un enseignement qu'on pourrait comprendre à coup de dictionnaire.

Le dogme est une confidence d'amour que l'amour est seul capable d'entendre. "

Extrait d'une homélie de M. Zundel.

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