Dans le livre très récent et tout à fait remarquable du dominicain Timothy Radcliffe : Pourquoi être chrétien ? je suis surpris de trouver reprise une erreur courante très dommageable. J'ai presque sursauté quand j'ai lu à la page 122 : " .. Si nous pouvons trouver, comme Marc, l'histoire d'un Jésus privé de la Présence du Père... " L'auteur reprend ici ce qu'il dit à la page précédente pour commenter l'invocation de Jésus sur la Croix en l'évangile de Marc au chapitre 15ème verset 34ème (en Matthieu au chapitre 27ème au verset 46) : " Eli, Eli, lama sabactani ! Dieu, Dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné ? " La mort de Jésus, écrit-il ensuite, est une fin ignominieuse, un échec, un abandon par Dieu et par les siens.

En réalité et vérité le vrai Dieu qu'Il est venu faire connaître, n'abandonne aucunement Jésus au moment de Sa mort ignominieuse ! Le Dieu appelé par Jésus en reprenant le début du psaume 22ème est le dieu justicier et vengeur qu'Il a dû invoquer dans son enfance quand il récitait les psaumes en araméen, sa langue maternelle, c'est cette langue qu'il emploie en ce moment crucial : " lama sabactani ! " C'est ce Dieu qu'en cet instant Jésus, en proie des plus vives souffrances, appelle parce qu'il croit un instant que Lui seul peut l'en sauver, et la raison pour laquelle ce dieu l'abandonne, c'est tout simplement parce qu'il n'a jamais existé.

Le Père Zerwick, dans son livre " analysis philologica novi testamenti graeci ", édité par l'institut biblique pontifical en 1953, fait, à la page 73, l'analyse de cette invocation de Jésus en Croix : " Eli, Eli, dit-il, est une invocation hébraïque, mais les deux mots qui suivent sont araméens".

Eli, Eli est en langue hébraïque et c'est en araméen que Jésus en proie aux plus vives souffrances demande un instant que le dieu vetero-testamentaire l'en délivre ! Si Jésus avait dit pour désigner Dieu le mot araméen " elahi ", ce mot ne pouvait pas être confondu avec le nom d'Eli comme il le sera juste après par des assistants. On doit donc comprendre que c'est bien en araméen que Jésus invoque le Dieu qu'il appelait quand il disait ce psaume 22ème durant son enfance, et Ce Dieu, tel qu'il est décrit dans le psaume 22 est le Dieu vetero-testamentaire, un dieu qui n'a jamais existé tel quel, un dieu dont le Dieu de Jésus-Christ est venu prendre la place.

Il faudrait ici relire tout le psaume 22ème : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Les paroles de mon cri sont si loin de ma délivrance, je crie le jour entier, et tu ne réponds pas ... Je suis un ver, pas vraiment un homme ! ... Ne t'en vas pas, l'angoisse est ici, personne ne m'aide ! ... Ne t'en vas pas, oh vite ! A l'aide, mon Dieu, ma force..."

L'Eglise a toujours dit que, lorsque Jésus souffre et meurt sur la Croix, c'est Dieu qui souffre et meurt, c'est Dieu tout entier, le Dieu Trinité, qui est atteint en ce moment crucial, et l'on doit dire que le Père, bien loin d'avoir alors abandonné le Fils, est, si possible, du moins si l'on peut dire, plus près de Lui et plus uni à Lui que jamais. Jésus ne dit : mon père, mon père, pourquoi m'as-tu abandonné ?, mais bien : " Mon Dieu, mon Dieu ! .. ".

En ce moment central de l'histoire de Jésus et de l'humanité entière, le Père est infiniment proche du Fils et uni à Lui, en ce moment de Ses indicibles souffrances et de Sa mort ! Et il est manifesté ici sans doute la façon éternelle de l'union indicible du Père et du Fils. Bien plus : on peut aller jusqu'à penser qu'étant autant Mère que Père, suivant l'expression fréquente de M. Zundel, on peut aller jusqu'à penser que le Père souffre plus que le Fils, d'une façon infiniment mystérieuse mais qui fait partie du mystère de Dieu, le Père souffre comme la meilleure mère peut souffrir davantage que son fils des maux qui l'atteignent. Bien évidemment le Père ne souffrira pas en une chair d'homme comme le Fils, Il a sa façon propre à Lui de souffrir, et c'est une façon toute humaine que de comparer le degré de souffrance du Père et du Fils.

Même si ce développement est inhabituel je pense qu'il va dans le sens de la vérité du Dieu Trinité.

(À suivre, à reprendre ?)

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