Cénacle de Genève - 1962

Texte de Maurice Zundel.

La religion de Jésus est essentiellement une religion mystique.

" La nouveauté évangélique c'est, évidemment, d'avoir introduit dans l'humanité un régime nuptial, un régime mystique. La religion de Jésus est essentiellement une religion mystique, c'est-à-dire que c'est une religion du dialogue,que c'est une religion de la réciprocité, une religion où Dieu ne s'impose jamais tout en se proposant toujours, une religion qui est une histoire à deux où nous avons à devenir les collaborateurs de Dieu, où Dieu ne peut rien faire sans nous, comme nous ne pouvons rien faire sans Lui. Il n'y a donc à aucun degré une menace, à aucun degré il n'y a une peur, à aucun degré il n'y a une limite introduite dans notre vie. C'est le contraire. Seulement, c'est un autre monde et, tant qu'on ne se situe pas au niveau de cette réciprocité, tout est faux, tout est radicalement faussé, qu'il s'agisse du dogme, qu'il s'agisse de la morale, qu'il s'agisse de la liturgie, qu'il s'agisse de l'oraison, de la direction spirituelle, qu'il s'agisse de la sociologie ou de la manière de concevoir la Vérité.

Tout est radicalement faussé si on n'est pas situé sur ce plan nuptial, sur ce plan mystique, sur ce plan de réciprocité, sur ce plan de la personne. Et il n'y a pas de remède à cette situation. Ce n'est pas un manque d'érudition. Vous avez des gens qui ont une érudition prodigieuse, qui peuvent d'ailleurs vous en apprendre beaucoup et qui sont à ce titre extrêmement précieux mais qui, avec toute leur sagesse et toutes leurs connaissances érudites ne sont pas encore entrés dans l'essence même du Christianisme parce qu'ils n'ont pas vu qu'au plan de la personne tout est changé comme tout est changé lorsqu'on passe du régime de la servante au régime de l'épouse. C'est une comparaison que nous avons souvent employée et qui reste valable parce que, dans sa simplicité, elle énonce exactement le pas qu'il convient de faire : passer du régime de la servante qui échange son travail contre un salaire, au régime de l'épouse qui est engagée dans sa personne et qui ne fait rien si elle ne se donne pas elle-même.

Mais comment passer à ce régime de l'épouse, comment envisager une transformation aussi radicale ? Car c'est là le problème et, encore une fois, il faudrait l'avoir accompli pour pouvoir en rendre compte et en communiquer aux autres la lumière. Nous pouvons commencer, si vous le voulez, par une comparaison extrêmement simple et qui peut nous servir de parabole. On raconte d'un franciscain, qui avait certainement l'esprit de Saint François, qu'il avait coutume lorsqu'il entrait dans sa cellule, ou plutôt avant d'y entrer, de frapper à la porte. Il savait parfaitement bien qu'il n'y avait personne dans sa cellule puisqu'il était seul à l'occuper et cependant il frappait avant d'entrer parce qu'il avait conscience qu'il était chez Dieu, il était chez Dieu ! Il n'entrait pas chez lui, il entrait chez Dieu ! et, pour se former la conscience à cette habitation divine, pour en inculquer à son âme là force, la lumière et la douceur, il ne voulait jamais pénétrer chez lui sans d'abord frapper à la porte pour évoquer cette Présence qu'il avait rencontrée et sous le regard de laquelle il entendait vivre.

Eh bien, je pense que cette image traduit très bien ce dont il s'agit : nous avons à frapper à la porte parce que nous sommes toujours chez Dieu. Qu'il s'agisse de nous, qu'il s'agisse des autres, qu'il s'agisse de notre vie intérieure ou de notre action au dehors, nous nous mouvons constamment dans cette Présence qui est, comme disait Saint Augustin, la Vie de notre vie, c'est dans la mesure où nous correspondons à cette réciprocité, ou du moins à cette invitation nuptiale, que nous nous situons sur le plan de l'Evangile.

Il est difficile de se rendre compte de cela du premier coup parce que, l'Evangile étant une histoire qui s'inscrit dans une histoire, le Christ ne pouvait pas d'emblée présenter cet aspect essentiellement intérieur à ses auditeurs qui n'auraient absolument rien compris puisque ses apôtres eux-mêmes sont restés jusqu'au bout étrangers à ce dessein. "

M. Zundel au Cénacle de Genève en 1962.

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