Extrait du livre « Ta parole comme une source » pages 430-433.

Peut-on espérer que ces paroles aussi lumineuses qu'inconnues de Maurice Zundel donnent un jour une issue à tant de discussions stériles, du moins qui n'ont menés à presque rien, au sujet de l'œcuménisme ?

On aboutira à un véritable œcuménisme en allant jusqu'au bout de la révolution inaugurée par Jésus-Christ, fondée sur Lui et perpétuée par Sa Présence : Jésus nous introduit dans une nouvelle connaissance de Dieu qui constitue la véritable naissance de l'esprit.

Il faut être fidèle à un Dieu pauvre, dépouillé et radicalement désapproprié de Soi.

" Aujourd'hui, dans ce monde divisé, dispersé, dans ce monde tragique et magnifique où la technique donne à l'homme tous les pouvoirs et où l'esprit manque de gouvernail de manière si évidente, quelle sera l'issue aujourd'hui ? Comment le Christ s'y prendra-t-Il aujourd'hui pour nous rassembler ? Comment aboutir en nous à un véritable œcuménisme ?

Eh bien, en allant jusqu'au bout de la révolution inaugurée par Jésus, fondée sur Lui et perpétuée par Sa présence. Et quelle est cette révolution ? C'est que Jésus nous introduit justement dans une nouvelle connaissance de Dieu, une connaissance de Dieu qui est une véritable naissance de l'esprit, une connaissance de Dieu qui atteint dans nos cœurs la Vérité, qui atteint au cœur de la Vérité. Comment ? Qu'est-ce qui nous sépare les uns des autres ? Qu'est-ce qui dresse entre les hommes ces murs de séparation sinon ce moi possessif qui nous rive à nous-mêmes et fait de nous des complices de notre biologie.

Nous voyons, même au sein des mouvements œcuméniques entre chrétiens, nous voyons tant de bonne volonté, tant de fraternité, tant d'amitié, tant de générosité : pourquoi n'aboutissent-elles pas aujourd'hui même à l'unité ?

En raison d'un obstacle, d'ailleurs admirable, c'est que tous les chrétiens, à quelque confession qu'ils appartiennent, veulent être fidèles. C'est un sentiment de fidélité très authentique qui les attache à leur confession, ils vont jusqu'à l'extrême limite des concessions réciproques mais finalement ils s'arrêtent au nom de la fidélité.

Cet obstacle, il faut en reconnaître la grandeur et la beauté. Le catholique veut être fidèle à la mission apostolique investie dans la hiérarchie, dans l'épiscopat uni à Pierre. Le protestant veut être fidèle à la Parole de Dieu dans la Bible. L'orthodoxe veut persévérer dans une tradition divine exprimée dans les grands Conciles œcuméniques et vivante dans les Sacrements. Tous veulent rester fidèles. Et ils ont raison de l'être. Mais pourquoi donc ne se rencontrent-ils pas immédiatement ? Pourquoi ces fidélités ne se résolvent-elles pas toutes et immédiatement pour arriver à l'unité ? C'est parce que l'on n'est pas allé encore assez profond. Fidélité à quoi ? à qui faut-il être fidèle ? Il faut l'être à ce Dieu dont Jésus nous a révélé le visage, ce visage de dépouillement, de pauvreté et de totale désappropriation.

Rappelez-vous Augustin ! Augustin quand il découvre Dieu, il le découvre comme un dedans, il voit Dieu précisément comme la respiration du cœur, c'est en Dieu qu'il trouve l'espace de sa liberté, c'est en Dieu qu'il fait la rencontre avec sa propre intimité, c'est en Dieu qu'il vit et c'est à Dieu qu'il dit : " Vivante désormais sera ma vie toute pleine de Toi ! ".

Comment ce Dieu peut-Il prendre à ce degré possession d'un être comme il le fait d'Augustin ? Comment peut-Il devenir en lui une source d'enthousiasme et d'émerveillement ? Comment peut-Il le combler et comment peut-Il le révéler à lui-même ? Comment peut-Il faire de toute sa vie un progrès incessant dans la Lumière et dans l'Amour ?

C'est parce que Dieu justement, Dieu n'a pas de limites, n'a pas de frontières, parce que Son Amour est sans borne, parce qu'éternellement II se donne, parce que la Trinité exprime cet échange bouleversant où toute la vie circule dans une démission réciproque et dans une désappropriation radicale.

Dieu justement peut être le ferment de notre intimité, Dieu peut nous conduire à cette intériorité où la vie jaillit comme de source dans la Lumière et dans l'Amour, parce qu'il n'a rien, parce que la personnalité en Lui est une relation de désappropriation, alors II nous travaille en secret, Il nous travaille jusqu'à la racine de l'être, Il nous révèle que la personnalité authentique, justement, c'est l'être qui est parvenu au don total et qui perçoit toute chose dans la virginité d'un regard qui n'a plus d'adhérence à soi.

Ah ! La Vérité, oui, c'est cela ! La Vérité que les hommes désirent, la Vérité dont ils se prévalent, la Vérité que tous prétendent posséder, la Vérité qui appelle l'hommage de tous comme une réalité sacrée, la Vérité pourtant si souvent trahie, la Vérité qui divise et qui n'est pas finalement La Vérité ! Où est-elle donc ? Où est-elle la Vérité sinon dans la transparence de l'être, dans la virginité du regard. Atteindre la Vérité, ce n'est pas dire: " les choses sont comme ça ", " les phénomènes se produisent dans telle ou telle condition ". On peut dire tout cela sans s'engager, sans changer de cœur, sans devenir universel. La Vérité, c'est ce regard sans intérêt propre, ce regard désapproprié, ce regard virginal qui appelle l'être dans la transparence de l'Amour.

Et Dieu est Vérité, précisément de cette manière, Il est Vérité parce qu'il n'a pas d'attache à Soi, Il est Vérité parce qu'il n'a pas d'adhérence, Il est Vérité parce qu'il est ce vide sacré où la Vie éternellement se donne et se communique. En Lui tout est transparent, tout est translucide, en Lui tout est Lumière, parce qu'en Lui encore une fois, tout est don. C'est jusque-là qu'il faut aller.

Il est parfaitement clair que celui qui vit dans le silence, que celui qui ne veut avoir raison contre personne, c'est celui qui n'a pas d'adhérence à soi, c'est celui qui est une ouverture illimitée, et le seul aussi qui puisse ne pas blesser, qui puisse ne rien imposer, car il apporte précisément, il apporte cet espace immense où enfin l'esprit ne sentant plus aucune contrainte est appelé à se vider de toute possession et à adhérer à la Lumière qui est le chant de l'éternel amour. "

Maurice Zundel dans " Ta parole comme une source " aux pages 430-433.

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