Extrait du livre « Ta parole comme une source » - pages 396-398

(Troisième textes aujourd'hui) Pages de Maurice Zundel.

Le sens de la médiation des Saints

Le Christ renaît toujours jeune dans le cœur des saints.

" Il est absolument impossible d'entrer dans une communion vivante avec Dieu, sinon à travers une expérience humaine toute illuminée par sa grâce et par son amour. Même les textes de l'Évangile, même les passages les plus émouvants de la Bible, ne nous touchent qu'à travers une parole, à travers un exemple, à travers une vie qui les fait circuler en dedans de nous comme une nouvelle qui nous arrive aujourd'hui.

Toute la révélation dans l'Écriture et dans l'Église est conditionnée par cette transmission vivante à travers le cœur des prophètes et des saints. Car les prophètes et les saints, ce ne sont pas d'abord des gens qui ont écrit sur Dieu, qui ont enchaîné des raisonnements sur Lui, qui ont construit des systèmes à son propos, mais ce sont des êtres qui ont été brûlés au feu de son amour. Et à travers des paroles parfois très imparfaites, chaotiques, maladroites, nous sentons surgir une puissance d'ébranlement irrésistible, parce que ces mots viennent de la vie et sont portés par elle.

Et c'est là justement le sens de la médiation des Saints. Si l'Église donne aux saints une telle importance et une telle audience, comment a-t-on pu penser que c'était pour établir une sorte de second foyer à notre piété ? Comment a-t-on pu penser que d'admirer les saints, de les aimer et de les prier, pouvait constituer une espèce de rivalité à l'égard de Dieu ? C'est comme si on disait que Clara Haskil nous empêche d'entendre Mozart, ou Wilhelm Backhaus : Beethoven, ou Dinu Lipatti : Bach ! Au contraire, c'est à travers eux que nous les entendons au maximum, parce que leur propre génie remonte infiniment plus aisément que nous-mêmes à la Source et fait de ces œuvres consignées dans des manuscrits, des œuvres qui sont nées ce matin et qui ont toute la puissance de l'actualité.

C'est ainsi que les Saints nous restituent à chaque siècle, à chaque époque, et selon des besoins toujours nouveaux, le visage éternel de Jésus. Sans eux le message évangélique même se serait perdu dans des systèmes, il serait devenu une scolastique pure et finalement un pharisaïsme durci dans la loi et dans l'anathème.

Si l'Évangile conserve et perpétue toute sa nouveauté, c'est justement parce que, à travers les mystiques, à travers les saints, à travers un saint François ou un saint Jean de la Croix, ou une sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, resurgit la Source infinie qui vient à nous avec un visage humain, où nous pouvons identifier une figure fraternelle qui nous émeut avec toute la puissance d'une vie issue comme la nôtre de la biologie, de difficultés de tempérament, d'inclinations passionnelles dont elle triomphe, et qui a révélé finalement dans l'homme toute la grandeur et toute la beauté de Dieu.

La Révélation ne peut pas se faire autrement et jamais nous n'aurions connu le sens de la pauvreté évangélique si saint François et saint Jean de la Croix ne nous avaient pas introduits dans cette poésie infinie, s'ils ne nous avaient pas conduits jusqu'au dépouillement de la divinité en la Trinité Sainte, et si nous n'avions pas appris d'eux que Dieu est au-dedans de nous une " musique silencieuse ".

Le Culte des Saints, répond justement à cette nécessité vivante, à cette pédagogie humaine, à cette impossibilité pour nous d'être ébranlés sinon par une voix qui porte les battements d'un cœur humain.

Ce qu'il y a de profond en nous, cette intimité que nous ne connaissons pas encore nous-mêmes, cette intimité de Lumière et de générosité, elle ne peut être atteinte que par une personne consumée par le Feu de Dieu, qui fait tomber en nous les obstacles et les résistances, qui nous amène à ce plan de générosité où la vie du prophète ou du Saint se situe pour nous faire communier à travers lui avec la Source éternelle.

Rien n'est plus simple à comprendre que cette perpétuelle transposition, que cette perpétuelle actualisation de la Vie divine au cours de l'histoire dans la vie des Saints ! Selon ce texte admirable d'un vieux document qui s'appelle " À Diognète ", qui date des environs du second siècle, et qui dit, en parlant de Jésus : " Lui qui était dès le commencement, il est apparu comme nouveau et fut trouvé ancien car il est éternel, et il renaît toujours jeune dans le cœur des saints ! " Il renaît toujours jeune dans le cœur des saints !

Et ce n'est pas seulement dans le cœur des saints qu'il veut renaître toujours jeune, c'est aussi dans le nôtre. Et si nous avons compris la condition même d'une révélation vivante et la nécessité pour elle de se faire jour à travers un visage humain, nous comprendrons que, nous aussi, nous entrons dans ce circuit de la lumière et de l'amour, que notre vocation est de poursuivre et de concrétiser cette révélation de Jésus pour les êtres qui nous entourent, pour notre famille, pour notre quartier, pour notre cité... enfin pour le monde de nos contemporains. Car les enfants de votre foyer, les habitants de votre maison ou de votre quartier, les concitoyens de votre ville ou de votre canton, les contemporains de cette époque, ne peuvent normalement, comme tout être humain, ne peuvent normalement reconnaître le Visage de Dieu qu'à travers un regard humain qui s'illumine, qui s'ouvre, qui a prise sur leur intimité et qui tout d'un coup leur rend sensible cette Présence divine qui est la Vie de notre vie. "

Extrait de " Ta parole comme une Source ", aux pages 396-398.

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