Le Lavement des pieds.
Dans cette perspective Jésus est plus actuel que jamais. Jésus-Christ s'incarne pour nous conduire à la suprême grandeur, à l'identification avec Dieu.
La suprême grandeur est jointe à la suprême humilité.

"Car justement au lavement des pieds ,Jésus a exprimé le sens même le plus profond de la divinité : la divinité est à Genoux, la divinité justement est divine parce qu'elle est dépossédée, Dieu est Dieu parce qu'il n'a rien et ne peut rien avoir, Dieu est Dieu parce qu'il est incapable de rien dominer parce qu'il ne peut que Se donner, Dieu est Dieu parce qu'il est essentiellement l'espace où notre liberté respire, Dieu est libre de Lui-même puisqu'il n'est pas attaché à soi étant uniquement et éternellement communication totale de Lui-même, c'est ce Dieu-là, ce vrai Dieu qui se révèle en Jésus-Christ qui peut seul nous mettre sur le chemin de notre propre divinisation puisqu'il est là pour ça ! Il est là justement, le Christ pour nous conduire à cette identification avec Dieu, à cette suprême grandeur qui est jointe à la suprême humilité.

Et c'est là le chef-d'œuvre justement, le chef-d'œuvre de Jésus- Christ, le chef-d'œuvre qui s'affirme en Jésus-Christ, c'est qu'en Jésus-Christ la suprême grandeur, nous l'avons dit, est inséparable de la suprême humilité. Parce qu'en Dieu la Vie elle-même est toute humilité, parce qu'en Dieu il n'y a pas de regard sur soi, parce qu'en Dieu le regard va toujours vers l'Autre, parce qu'en Dieu l'amour est la respiration même de l'existence.

Dans cette perspective Jésus est plus actuel que jamais parce que rien ne peut être plus catastrophique que cette fausse orientation de l'homme vers une fausse divinisation. Ce qui nous inquiète, ce n'est pas que l'homme veuille se faire Dieu, c'est sa vocation même, mais c'est qu'il fasse de Lui un faux dieu en s'inspirant d'un faux dieu, et Jésus en nous révélant le vrai, peut seul nous conduire à la vraie grandeur qui est de devenir nous dans l'Autre, de tenir tout de nous en nous donnant tout à l'Autre, car l'Aséité, le fait d'être par soi, de tout tenir de soi, exclut toute espèce d'orgueil si on ne peut devenir soi que dans un Autre et pour Lui.

A la racine même de l'être on doit être donné pour être soi, on ne peut être soi que par cette offrande comme Dieu Lui-même dans l'éternelle Trinité. Et je crois que, dans ce circuit, il y a une merveilleuse, une immense lumière et que, si on nous avait dit cela, si les Eglises s'inspiraient, de ce qui est écrit d'ailleurs dans la tradition la plus pure, la plus dogmatique, la plus solennelle, la plus centrale, si elles s'inspiraient de cela, si on avait donné au mystère de Jésus ce sens de libération dans la désappropriation de soi, on se serait épargné ces bibliothèques immenses où on a voulu tirer d'une vie de Jésus mal située de prétendues démonstrations qui aboutissaient finalement à un faux dieu, au lieu de commencer par voir ce que signifiait dans l'expérience de Jésus et dans celle de l'Eglise la divinité qui se révèle en Jésus-Christ, la divinité qui constitue l'unique personnalité de Jésus-Christ : elle se constitue justement par la désappropriation totale de Son humanité devenue le sacrement diaphane de cette lumière, et cette lumière est en nous, mais en nous elle ne passe pas parce que notre moi-fermeture nous emprisonne dans nos ténèbres ! Mais si Jésus est venu, c'est justement pour que nous resurgissions de notre sommeil et que, laissant derrière nous tout ce qui est le passé nous regardions vers ce présent et cet avenir merveilleux qui va surgir de notre rencontre avec Jésus-Christ dans la transparence de Son humanité qui nous enracine dans le Dieu Vivant : ce Dieu n'a rien, Il ne peut rien avoir, Il est tout Amour et on ne Le connaît qu'en s'évacuant de soi pour se déparasiter de tout ce qui entrave sa musique, et pour entendre au fond de soi justement dans le silence et le recueillement cette voix qu'on ne peut entendre que si on cesse de s'écouter soi-même, que si on se livre dans la pauvreté selon l'Esprit à cette emprise de lumière où Dieu nous fait naître à nous-mêmes tandis qu'il se révèle à travers nous, puisque c'est une même chose de nous trouver et de Le trouver, comme c'est une même chose pour Lui de nous faire naître à nous-mêmes et de Se révéler à travers nous.

Car finalement Dieu, et c'est cela qui fait de ce message une responsabilité si brûlante et si urgente, Dieu parce qu'il est un pur dedans ne peut entrer dans l'histoire que par nous. Il ne peut entrer dans l'histoire que par nous, car on ne peut pas Le poser devant nous comme un objet, et les hommes d'aujourd'hui ne pourront Le rencontrer que si, à travers nous, Il est une présence réelle, que si notre visage laisse transparaître celui du Christ, que si nous sommes pour chacun, comme Saint-Augustin le voulait lorsqu'il parlait à son peuple, et il lui disait : "Souvenez-vous ! Souvenez-vous î Rappelez-vous ! Rappelez-vous, vous, le peuple d'Hippone, rappelez-vous, vous, le peuple chrétien ! Rappelez-vous, vous, tout homme, qui que vous soyez nous ne sommes pas seulement chrétiens, nous n'avons pas seulement été faits chrétiens, mais nous avons été faits CHRISTS" ! Car c'est cela le christianisme, ce n'est pas un credo que l'on récite, ce n'est pas un système que l'on construit, ce n'est pas une vue du monde dont on se gargarise, c'est une Vie que l'on vit, c'est une Présence que l'on reçoit et que l'on communique, c'est un Visage que l'on révèle puisque pour les homme d'aujourd'hui il n'y a pas d'autre Christ que celui qu'ils peuvent et qu'ils doivent rencontrer à travers nous, s'il est vrai que nous n'avons pas seulement été faits chrétiens, mais CHRIST. »
(Fin de la conférence)

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