Le moi en Dieu est une relation pure.
La référence à Dieu de l'Humanité de Jésus-Christ est son seul vrai moi. Elle est en chacun de nous le ferment de notre libération.
Cette vision d'un personnalisme divin d'amour est la clé du problème que nous sommes.

« Dieu n'est pas la sphère de Parménide, close, fermée, radicalement repliée sur soi, il y a une circulation d'Amour qui fait que la divinité est entièrement communiquée dans une désappropriation radicale qui constitue justement le moi divin. Le moi divin, c'est toute la divinité, mais dépossédée, mais offerte et donnée dans une éternelle paternité, dans une éternelle naissance, dans une éternelle aspiration et respiration d'amour, mais tout entière ! Dieu subsiste totalement à l'état de don, il n'y a rien en Dieu, autrement dit, qui ne soit désapproprié.

Ce n'est pas une partie de Dieu se donnant à une partie de Dieu, c'est toute la divinité éternellement désappropriée et communiquée, si bien que nous voilà instruits par cette recherche dogmatique, par cette recherche mystique, qui veut précisément ne rien perdre des richesses du Christ, nous sommes instruits de la libération apportée par Jésus qui veut s'exprimer dans le langage le plus pur, le plus capable de nous libérer.

Ce langage arrive à cette trouvaille magnifique qui résulte du témoignage de Jésus-Christ, il arrive à cette admirable découverte à travers toute la décantation qui s'est accomplie lorsque le message a été traduit du sémitique dans le grec : il y a d'abord eu naturellement la fin de Jérusalem, il y a eu la fin du Temple, il y a eu l'extension de l'Eglise aux différentes parties du monde connu, il y a eu l'érection de ce sanctuaire intérieur qui est le seul digne de Dieu, il y a eu la transposition dans un nouveau langage avec les libérations que peut comporter une traduction dans un langage mieux articulé comme était le grec, et il y a eu cette admirable découverte que justement le Moi en Dieu est une relation pure, il est un pur regard vers l'Autre, enfin, comme dira Rimbaud dans une langue magnifique : "Je est un autre".

Et en Jésus-Christ précisément c'est là-dessus que portera le mystère de lumière, le mystère de libération, comme tous les mystères d'amour, c'est là-dessus que portera toute l'attention de la foi en Jésus-Christ, car justement toute la nouveauté de l'événement que nous appelons Incarnation porte en ceci : que cette humanité au lieu d'être référée à soi est référée à Dieu, et c'est cela son vrai moi, elle n'en a pas d'autre.

Elle est donc complètement nettoyée de soi, complètement exempte de toute servitude, et par là-même elle est capable de nous guérir, c'est-à-dire de devenir en nous et en chacun le ferment de cette libération où nous-mêmes deviendrons un moi oblatif, un moi de générosité, un moi d'Amour.

On peut dire que cette vision d'un personnalisme divin d'amour, cette vision d' un moi universel dans la Trinité et dans le Christ, a été pour nous, et demeure pour nous la clé même du problème que nous sommes et que nous avons à résoudre.

Je n'ai trouvé dans aucun philosophe, quels que soient les efforts faits par eux pour atteindre à la liberté, à la dignité, je n'ai trouvé dans aucun cet itinéraire que l'on découvre dans la méditation du cheminement de la foi chrétienne, cherchant justement à donner à ces affirmations transcendantes un sens réaliste, un sens qui s'inscrive dans notre expérience et dans notre histoire. On peut dire que même le problème de notre personnalité ne pouvait se poser, ne pourrait pas se poser si nous n'avions pas pour illuminer notre marche ces définitions dogmatiques qui ne sont pas autre chose que l'expression la plus parfaite dans la conscience de l'Eglise de l'expérience unique qui est celle de l'humanité de Jésus-Christ. L'actualité de Jésus, c'est précisément qu'en Lui tous ces éléments se groupent, s'illuminent et déterminent dans l'humanité cet immense mouvement de libération et de sainteté qui a fleuri chez les meilleurs chrétiens, chez ceux justement qui ont été reconnus par la communauté comme les mystiques les plus dignes d'admiration. Et cela reste infiniment vrai pour nous : si l'humanité contemporaine, comme l'humanité de chacun de nous, veut trouver le chemin de sa divinisation, elle ne peut le trouver que dans cette voie.

L'humanité s'égare en suivant des faux dieux, en s'opposant à des faux dieux, elle est tentée tout simplement de créer un pharaonisme humain aussi détestable que le pharaonisme céleste, elle est tentée de créer une fausse grandeur dans la domination, dans la compétition : il faut qu'on arrive le premier à la lune, où à Mars ou à Vénus ! Dans la compétition, dans la rivalité jusqu'à l'absurde ! On érige les amours-propres individuels ou collectifs les uns contre les autres, on se déchire en se déshonorant dans un sadisme effroyable et monstrueux, parce que justement on veut constituer la grandeur comme quelque chose au-dessus des autres, comme une domination par rapport à eux, par rapport à autrui, au lieu de constituer la grandeur dans la démission, dans l'agenouillement du lavement des pieds, dans la générosité, comme le fait Jésus. »
(À suivre)

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