Veuillez lire ici sans doute le plus bel exposé jamais fait sur le mystère de la très Sainte Trinité, à partir des trois grands conciles de l'Eglise primitive.

Dieu est Amour, Dieu n'est qu'Amour et il faut L'aimer et Le faire aimer en aimant. Il n'y a pas autre chose dans le credo chrétien.

" Il est évident que cette expérience chrétienne que l'on a décrite dans cette conférence rejoint en plein l'expérience libératrice d'Augustin : Jésus apparaît dans l'expérience chrétienne comme celui qui est apte à nous guérir de nous parce qu'il est entièrement guéri de soi, je me place là au point de vue de Son humanité, parce que Son humanité est entièrement guérie de soi, parce qu'elle n'a plus de moi, parce que son Moi est l'Autre ! Parce qu'elle gravite en Dieu, n'exprime que Dieu et ne témoigne que de Lui, elle est merveilleusement apte à créer en nous un courant de désappropriation, à devenir en nous le ferment de notre libération.

A cause de cela elle atteint justement au vrai problème, au seul problème qui se pose à nous : comment pouvons-nous de quelque chose devenir quelqu'un ? Comment pouvons-nous cesser d'être chose pour devenir source et origine ? Jésus atteint en plein ce seul problème parce que justement en Lui ce problème est résolu, et non seulement pour lui mais aussi pour nous, car évidemment cette situation en Jésus suppose une mission qui s'étende à tous les hommes.

Toute grâce est une mission, quelle qu'elle soit, tout don fait à un homme est fait à tous les hommes, et cette grâce unique faite à l'humanité de Jésus dans le sein de Marie est une grâce faite à tous les hommes : c'est en vue justement de notre libération à tous que Jésus se présente dans cet état de dépossession absolue pour nous mettre justement le doigt sur la plaie, pour guérir cette plaie, pour nous faire accéder à nous-mêmes, à notre véritable dimension humaine dans cette libération qui va jusqu'au fond et au cœur de l'être où nous nous faisons tout entier offrande à l'égard de cette divinité qui apparaît elle-même uniquement comme le don de l'Eternel amour.

A partir de là, à partir de cette expérience chrétienne et des définitions ecclésiales, en particulier des conciles de Nicée, Ephèse et Chalcédoine, on peut reprendre les écrits du Nouveau Testament avec une merveilleuse fécondité, et l'on devient alors apte à mesurer beaucoup plus aisément les différents niveaux des mots qui sont employés par les écrivains du Nouveau Testament, on voit mieux comment la foi peu à peu se dégage des contingences, on voit mieux comment les prudences de Jésus s'imposaient, s'imposaient au nom même des circonstances historiques dans lesquelles sa vie se déployait, on voit mieux comment la foi a pris possession de son objet, comment en effet ce mystère de Jésus s'est situé à l'intérieur, comment la Trinité a fructifié dans l'Amour et comment on est arrivé peu à peu à concevoir que tout ce témoignage de Jésus-Christ n'avait qu'une seule signification : Dieu est Amour, Dieu n'est qu'Amour, il faut L'aimer et Le faire aimer en aimant.

Il n'y a pas autre chose dans le Credo chrétien. Sous tous ses aspects il redit la même pauvreté de Dieu, la même liberté de Dieu, la même dépossession, la même générosité, le même amour. Bien sûr si l'on part de l'expérience chrétienne, on ne demande plus à des textes, scrutés au nom de l'histoire, de nous imposer la croyance à la divinité de Jésus-Christ, on commence par situer Dieu au-dedans comme le ferment de notre libération, on commence par saisir cette présence dans tout l'Univers et en toute humanité, et bien entendu on ne va pas en excepter Jésus de Nazareth ! Mais en Jésus de Nazareth, selon le témoignage qu'il nous donne, il s'agit d'une expérience divine qui est la Vie de sa vie, parce que justement l'union avec Dieu va jusque là, jusqu'à l'éradication totale de ce moi qui est notre prison, le principal obstacle à notre humanisation et l'ombre qui ne cesse d'accompagner toutes nos démarches tant que nous n'avons pas décollé de nous-mêmes dans la rencontre qu'Augustin nous rend sensible.

Ici il n'y a plus aucune difficulté : il ne s'agit pas d'imposer à personne la croyance en l'expérience de Jésus-Christ, il s'agit de la faire, de faire cette expérience, de la vivre, et de connaître ainsi Jésus comme la Présence qui nous aimante vers notre vrai moi, vers notre moi oblatif, par cette démission radicale qui fait de son humanité à Lui, le pur sacrement de l'éternelle divinité.

Il y a davantage : si nous suivons le développement de la foi dans l'Eglise, si nous prenons ces 3 grandes étapes que sont Nicée (325), Ephèse (431), Chalcédoine (451), et ces 3 mots clés qui sont le homoousios, le consubstantiel de Nicée, le Theotokos, Marie est Mère de Dieu, à Ephèse, et le asynkitos de Chalcédoine, à savoir que l'union de la divinité à l'humanité en Jésus-Christ est "sans confusion", asynkitos, sans confusion, sans mélange, les deux natures restant chacune ce qu'elle est, si nous prenons ces trois étapes, nous pouvons nous apercevoir qu'elles gravitent toutes, qu'elles illuminent toutes ce problème essentiel qui est notre problème, à savoir nous faire homme, à savoir de passer de la chose, ou plutôt de quelque chose à quelqu'un, de passer du dehors au dedans, de passer du moi possessif au moi oblatif, de la servitude à la liberté.

En effet, toutes ces définitions, quelles que soient d'ailleurs l'intention des pères qui les ont proférées, ils ont été les instruments des définitions dogmatiques de Nicée, d'Ephèse ou de Chalcédoine mais un certain nombre étaient des brigands caractérisés ! Quelle que soit l'intention de ces hommes, il n'empêche que, puisqu'ils étaient la voix de l'Eglise, et la Voix de l'Esprit-Saint, ils sont arrivés dans ces formules divinement inspirées on peut bien le dire à serrer, tout le temps de plus près et en son centre, cet unique problème : Qu'est-ce que c'est que le moi, qu'est-ce que c'est que la personne en Dieu, en Jésus-Christ ?

Or justement déjà le homoousios (le consubstantiel) de Nicée, en maintenant rigoureusement l'unité divine, ne laissait de possibilité que pour un Moi relatif (un moi de relation) pour ne pas compromettre l'unité divine, et ce monothéisme qui était l'orgueil d'Israël. Pour ne pas compromettre ce monothéisme, il n'y avait qu'une seule possibilité, c'était de voir dans la personnalité, de voir dans la pluralité à l'intérieur de Dieu, de voir dans cet Autre en Dieu sans lequel il n'y a pas de charité et d'amour possibles, d'y voir uniquement une réalité relative (c'est-à-dire de relation).

Autrement dit : en Dieu toute la vie, toute la vie est recueillie, mais tout entière, en chacun de ses termes que l'on appelle Père, Fils et Saint- Esprit, mais uniquement dans une Relation à l'Autre.

Toute la divinité est identiquement Père dans le Père, mais comme un regard vers le Fils, toute la divinité est intégralement et totalement dans le Fils, mais avec cette modalité d'être un regard vers le Père, et tout l'Amour est dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et identiquement, et toute la divinité est dans le Père et le Fils comme une aspiration vers l'Esprit-Saint, et dans l'Esprit-Saint comme une respiration (ou respiration) vers le Père et le Fils. "
(À suivre)

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