On ne peut pas au nom de l'histoire nous imposer de croire qu'un homme comme nous se croyait et était Dieu.

Jésus se livre pour le royaume de la Vérité offert au monde entier.

" Dans une expérience que vous pouvez réaliser immédiatement, vous pouvez comparer le récit de la Passion dans le 4ème Evangile avec le récit de la Passion dans les synoptiques : il y a d'énormes ressemblances, mais il y a dans le 4ème Evangile ce dialogue avec Pilate qui constitue quelque chose d'absolument nouveau, car justement dans ce très bref dialogue, magnifique, avec Pilate, qui nous livre précisément le sens universel de la Passion, nous n'avons plus seulement un horizon juif, nous avons plus simplement les pouvoirs religieux du judaïsme, les seuls pouvoirs laissés à ce peuple occupé par la puissance romaine, nous n'avons plus seulement un procès combiné par les autorités juives, devant le procurateur romain, un procès qui repose sur l'affirmation de blasphème : Jésus est un blasphémateur, Jésus à violé la Loi, et en tant que violateur de la Loi, il doit mourir selon la Loi ! Nous avons dans ce très bref dialogue avec Pilate l'affirmation que Jésus vient rendre témoignage à la vérité, que son royaume n'est pas de ce monde, c'est de toute évidence, mais surtout que son royaume, c'est le royaume de la vérité, et quiconque est disciple de la Vérité, quiconque tient à la Vérité, entend sa voix !

Ici l'horizon est manifestement universel, parce que la foi a pris possession plus profondément de son objet, et que la mort de Jésus est vue précisément dans ce contexte illimité : ce n'est plus une histoire juive, la liquidation d'un procès dont les autorités juives ont pris l'initiative, il s'agit de toute autre chose !

Bien entendu les synoptiques savaient très bien que la mort de Jésus avait une portée universelle, que Jésus était la rançon de l'homme pécheur, mais enfin ce n'est qu'en Saint Jean que nous avons cette déclaration explicite que Jésus se livre et meurt pour ce royaume de la Vérité qui est offert au monde entier et qui concerne toute conscience humaine.

Là vous avez la preuve la plus évidente dans le texte même que l'horizon s'est ouvert, que la perspective s'est modifiée, que la foi s'est enrichie, et que l'écrivain, le dernier écrivain qui consigne la scène de la Passion dans le 4ème évangile, s'inspire tout naturellement de l'état de la foi, l'état plus parfait, de l'état de la foi à l'époque où il écrit. Si bien qu'aujourd'hui, on s'aperçoit de plus en plus que ces éléments sont composites et qu'ils ne traduisent pas seulement l'horizon de l'époque à laquelle se situe l'enseignement et la prédication de Jésus, pour prendre des mots traditionnels, mais que ces mêmes documents reflètent aussi la foi de l'Eglise chrétienne qui, à mesure qu'elle découvre plus profondément son objet, l'exprime aussi au niveau où elle se situe elle-même.

Mais vous voyez bien que, si l'on veut tenir compte de tous ces facteurs, ils sont difficiles à apprécier : quand un auteur nous dit que l'évangile de Saint Jean est composite, qu'il y a manifestement dans le 4ème Evangile un travail accompli sur un premier texte, un conglomérat et une fusion de deux textes, dont le second est plus chargé de signification dogmatique que le premier, c'est une opinion tout à fait orthodoxe et que n'importe qui, s'il a l'autorité pour le faire, peut soutenir.

C'est aussi une opinion que l'on peut contester quand le même auteur nous dit qu'il y a deux apocalypses qui forment un conglomérat dans l'Apocalypse d'aujourd'hui et nous laisse entendre que cette Apocalypse n'est pas d'ailleurs du disciple Saint Jean, quand le même auteur nous dit que le disciple bien-aimé n'est d'ailleurs pas Saint Jean, ce sont des opinions qu'un catholique peut parfaitement soutenir, je veux dire que n'importe quel exégète peut parfaitement soutenir s'il a l'autorité pour le faire, s'il peut fournir des arguments pour soutenir sa thèse, mais qui montre bien qu'on n'en finira jamais d'étiqueter les opinions, de déterminer les niveaux, les différentes stratifications du Nouveau Testament et de donner à chaque terme une signification non équivoque, absolument certaine, parce qu'il y aura toujours des possibilités d'éclairer le texte d'un autre éclairage sans détriment d'ailleurs de la substance elle-même.

Nous ne pouvons pas oublier, pour conclure cette question provisoirement, que le Nouveau Testament a été écrit par l'Eglise. Le christianisme a commencé sans écrits bien entendu, il s'est fondé sur un témoignage oral et ce n'est qu'assez tardivement que le Nouveau Testament s'est constitué. Vous savez qu'il faudra attendre jusqu'à la fin du premier siècle pour voir toute la collection des livres du Nouveau Testament réunis en un seul volume, si l'on peut dire pour l'époque. L'église a donc vécu d'une tradition orale, d'un enseignement oral, bien avant d'avoir des écrits, aussi primitifs que ceux-ci aient pu être au moins dans leur essence. Il est probable que les premiers écrits ont été des écrits liturgiques, ceux qui fondaient le culte, lequel lui-même se fondait naturellement sur les grands événements qui intéressaient la Rédemption et donc l'Incarnation qui en est la condition. Tout cela veut dire qu'il est extrêmement difficile de fonder quelque chose de tout à fait assuré sur ces documents.

Mais il y a quelque chose d'infiniment plus grave, c'est que sur ces documents on a voulu fonder l'affirmation de la divinité de Jésus-Christ comme si, au nom de l'histoire, on pouvait nous imposer de croire qu'un homme comme nous, qui a vécu dans des circonstances concrètes et très humaines, dans une bourgade extrêmement obscure comme Nazareth, dans une profession non moins obscure comme celle d'un artisan, comment tirer de l'histoire l'affirmation que cet homme se croyait et était Dieu, " Se croyait et était Dieu" ? Il est évident que, si nous disons que Dieu s'est promené à Nazareth, que le Créateur du monde s'est promené dans les rues de Jérusalem, que le Créateur du monde est localisé dans cette personnalité de Jésus de Nazareth, ce n'est pas au nom de l'histoire qu'on pourra jamais nous imposer une telle croyance. "

Il s'agit justement de savoir si cette croyance ne défie pas la raison, si cette croyance ne défie pas l'esprit, Alors, quelles que soient les preuves historiques, et je viens de montrer combien elles sont difficiles à présenter, aucune preuve historique ne pourra nous acheminer à l'affirmation de la divinité de Jésus-Christ, si l'on se borne justement à mettre sous le nom de Dieu ce faux dieu, ce dieu pharaonique, ce dieu céleste, ce dieu caché derrière les étoiles, ce dieu qui tire les fils de l'histoire, ce dieu qui est une menace et une limite pour la conscience humaine et qui constitue comme une espèce de refus de dignité dont justement le monde moderne prétend se protéger en divinisant l'homme, en faisant porter sur l'homme tout le poids de la grandeur et de la dignité et en refusant toute divinité extraterrestre, extra-cosmique comme une réalité impossible et contraire à toute sagesse et à toute intelligence.

De nouveau les affirmations historiques des exégètes qui ont voulu fonder l'affirmation de la divinité de Jésus sur des textes, sans d'ailleurs prendre toujours la précaution de faire l'analyse rigoureuse de ces textes et de les situer à leur véritable niveau, le tort de toutes ces histoires c'est qu'elles ont oublié de définir le Dieu dont elles parlaient. Qu'est-ce qu'on entend par la divinité lorsque l'on parle de la divinité de Jésus-Christ ? C'est par là qu'il fallait commencer. Il fallait commencer par voir ce que signifie dans l'expérience chrétienne la présence de Jésus-Christ, ce que cela donne d'une part dans la foi de l'Eglise qui définit sa croyance avec une précision toujours plus grande, et ce que cela donne dans les vies authentiquement chrétiennes comme sont les vies des mystiques reconnus comme tels par la communauté chrétienne. "
(À suivre)

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