Une errance de Jean-Claude Guillebaud ?
Peut-on penser à une errance de sa part lorsque Jean Claude Guillebaud parle de la Révélation au chapitre 11ème de son récent livre : " La force de conviction. " : " Que faire de la révélation ? " (pp. 343 ss.)

Comme la grande majorité des chrétiens Guillebaud semble ignorer ce que Zundel a répété maintes fois dit et redit, ou du moins laissé entendre clairement : le christianisme n'est pas une religion du livre, comme le sont celles des juifs et des musulmans. Il est une Personne.

Les mots écrits de la Bible, ceux du moins du Nouveau Testament, ne nous lèvent un voile sur Dieu que parce qu'ils nous parlent sans cesse d'une Personne. Ils nous révèlent Jésus-Christ comme étant celui que Jean désigne dès le début de son évangile, Celui qui est venu nous faire connaître Dieu : " Dieu personne ne l'a jamais vu, le Fils unique du Père, qui est dans le sein du Père, nous l'a fait connaître. " (Jean 1, 18)

On lit dans le livre de Guillebaud :
" Les fidèles d'une religion n'obéissent pas à une conviction construite, mais à une vérité révélée. " Cela ne vaut pas pour le christianisme justement parce qu'il n'est pas une religion à proprement parler et parce que la vérité en lui révélée n'est plus un ensemble de mots, de chapitres, de livres, mais une Personne qui s'est identifiée à la Vérité. Le rapport du chrétien à la vérité n'est donc plus celui d'un lecteur à ce qu'il lit. Et la croyance chrétienne, la foi, n'est plus l'adhésion d'un lecteur à ce qu'il lit dans un livre.

Il est significatif que l'Eglise nous ait demandé de croire que la révélation est achevée avec la mort du dernier Apôtre. On se serait attendu à ce qu'elle nous dise : la révélation est achevée avec ce qu'a dit ou écrit, ou pris à son compte, le dernier apôtre, mais pour l'Eglise, c'est la disparition du dernier témoin de la vie, de la Passion, de la mort et Résurrection de Jésus qui achève la révélation, et non pas la conclusion d'un livre, et cela par conséquent n'empêchera pas de nombreux développements ultérieurs quant à cette Personne du Christ. Saint Paul nous dira : " Pour moi, vivre, c'est le Christ ! "

La Révélation ne s'achève donc pas avec ce qui a été consigné dans le Nouveau Testament, justement parce qu'il s'y agit bien de la Personne de Jésus-Christ, et qu'une personne, et celle-là infiniment plus que toute autre, ne peut pas être contenue dans un livre.

On est gêné aussi quand on lit à la page 350 du livre de Guillebaud :
" Les dieux des grecs... ne sont pas leurs dieux, comme peuvent l'être (pour eux) le Dieu des juifs, celui des chrétiens ou des musulmans, les dieux des grecs sont les dieux des hommes de toute la terre. " Cette prétention, en quelque sorte déjà fondée chez les grecs, l'est encore infiniment plus quand il s'agit du Dieu de Jésus-Christ. Parler comme Guillebaud, c'est méconnaître cet universalisme du christianisme, seul tout à fait fondé, celui de Jésus réellement venu, vrai homme, vrai Dieu, pour sauver tous les hommes.

Le christianisme n'a pas à se proclamer comme supérieur aux autres grandes religions, il a simplement à être ce qu'il est, il ne se distingue des autres religions que par le fait qu'il n'en est pas une, qu'il n'en est plus une, comme on pouvait penser qu'était le judaïsme, à partir duquel il a été engendré et est né.

Ce Dieu de Jésus-Christ est présent et agissant en l'esprit de tout homme par son Esprit. Il ne possède aucunement la vérité ou les vérités quant à Dieu, car " les biens de l'esprit sont impossédables ", il cherche seulement à se mettre, avec l'aide indispensable de l'Eglise, son pédagogue, dans la direction de la vérité de Dieu et de sa " plénierté ".

Jésus-Christ lui-même ne possède pas la vérité, il s'identifie à elle, elle n'est aucunement pour lui l'objet d'une possession pas plus que pour le Père ou l'Esprit, mais bien d'une identification.

La plupart des chrétiens aujourd'hui mettent sur le même pied toutes les religions, ils demeurent pourtant chrétiens peut-être simplement parfois, souvent ?, parce qu'il n'y a pas pour eux de raison sérieuse d'en changer. Pas davantage sans doute que Guillebaud, ils ne perçoivent cette originalité absolue du christianisme qui est de n'être pas une religion, et donc d'appeler une croyance dont la forme et la façon de croire seront différentes de toutes les autres.

Si certains parents chrétiens ne font pas baptiser leur enfant, ce qui arrive aujourd'hui dans les meilleures familles, c'est pour qu'il puisse choisir lui-même lorsqu'il sera grand, mais alors on se demande pourquoi ce choix lui est demandé alors qu'il n'a rien choisi en venant en ce monde ? Et surtout ce retard n'a plus grand sens quand on a commencé à saisir que le christianisme n'est pas à choisir comme le sont les religions puisqu'il se différencie de toutes. Je suis même tenté de dire que, bien présenté, le christianisme s'impose à tous, non pas de par une autorité extérieure à lui mais par la Personnalité même de la Personne qui le fonde. Et, tout en ne faisant jamais qu'être proposé, je pense qu'il s'imposera de plus en plus dans les siècles ou les millénaires à venir lorsque justement cette Personne de Jésus- Christ sera infiniment mieux connue. Il n'y aura plus alors besoin de religion.

La croyance en christianisme ne sera pas la même, elle sera " sui generis " du fait, on le redit encore, que la foi chrétienne est en une personne qui nous a fait connaître le Père, elle n'est pas fondée sur quelque une révélation orale ou écrite directe figée, par une sorte de téléphone céleste, transmise par Dieu à son prophète.

Les musulmans croient en Dieu parce qu'ils croient en la parole divine révélée à Mohammed, parce qu'ils croient en Mohamed. Les chrétiens croient en Jésus-Christ, s'identifiant à la Parole de Dieu infiniment plus que la prononçant, et nous la révélant non pas tant par des mots, il n'y a que quelques ipsissima (c'est-à-dire paroles dont on est certain que Jésus les a prononcées telles quelles Lui-même) dans l'Evangile et Il n'a rien écrit, mais par le témoignage de Sa vie, par son identification à la vie en même temps qu'au chemin pour se diriger vers elle, et en même temps qu'à la vérité (la vérité est une Personne et non pas au bout d'un raisonnement) durant son passage sur notre terre.

La foi en une Personne n'est pas la foi en les paroles qu'elle a prononcées, elle est infiniment plus parce que s'y ajoute le témoignage de toute sa façon d'être, d'être née, de vivre, de mourir, et pour le Christ en plus, c'est son fondement, de ressusciter, ou plutôt d'avoir été vu ressuscité puisque personne n'a pu être le témoin de la résurrection elle-même. Parce que s'y ajoute tout le mystère d'une personne que personne ne peut connaître et dont personne ne peut pénétrer complètement le mystère. A partir de son comportement, de sa façon d'être vue, on va croire en elle sans jamais pénétrer totalement son mystère. L'éternité ne suffira pas pour cette pénétration, le " charme " de la vie éternelle " sera dans cette pénétration toujours et éternellement nouvelle.

On lira, dès demain, avec grand profit la seconde conférence donnée par Zundel à Neuilly le même jour que la précédente : " Comment connaissons-nous Jésus-Christ ? "

On peut déjà faire remarquer ce dont peu de chrétiens ont conscience : les grands mystères de la foi chrétienne, en premier celui de la Sainte Trinité, ne sont pas, écrits en clair dans le Nouveau Testament. On peut aller jusqu'à dire qu'en un sens il ne les contient pas, du moins n'y sont-ils qu'embryonnairement, sachant que dans l'embryon il y a, déjà programmé et inscrit, tout ce qu'il pourra devenir dans son développement ultérieur.

C'est par l'opération de l'Esprit-Saint en l'Eglise que le contenu de ce mystère a été développé, inscrit comme donnant des directions nécessaires de penser quant à cet immense mystère, cela en trois conciles de l'Eglise primitive.
(À reprendre)

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