Quand Zundel nous dit, citant Rimbaud, que la vie est absente du monde, du moins que la vraie vie en est absente, il ne faudrait surtout pas nous imaginer que nous avons à attendre la venue de cette vraie vie dans un vrai monde n'existant pas encore ! En réalité elle paraît bien absente de notre monde peut-être pour d'innombrables humains, mais sa venue correspond avec la venue de Jésus-Christ, qui vient en réalité dans notre monde déjà dès avant sa venue historique il y a deux mille ans : " Il est toujours déjà là ! ", qui vient donc dès l'apparition du premier homme sur la terre et même avant encore pour rendre possible cette apparition.

Le Christ est toujours déjà là. Il ne faut pas faire nôtre le sentiment des Apôtres juste après l'Ascension du Seigneur, qui restaient sur la colline comme pétrifiés, les yeux levés vers le ciel, pensant sans doute qu'il allait en revenir tout de suite et que tout serait alors accompli. Immédiatement des messagers du Seigneur les ont invités à partir de là, à ne pas rester là les yeux rivés au ciel.

On trouvera encore tout au long de l'histoire de l'Eglise pareil sentiment, récurrent à certaines époques, et déjà avec la première génération de chrétiens qui s'imaginaient cette fin du monde toute proche ! On la trouve encore aujourd'hui par exemple chez ces amis de Medjugorje qui s'imaginent la fin du monde imminente, presqu'incapables de comprendre qu'il y a aura de fait beaucoup de fins d'un monde, la fin donc aussi du nôtre, mais que, quant à la fin du monde, le jour en est inconnu même du Fils de Dieu, ce qui est une façon de dire que la fin du temps et du monde est proprement inimaginable par l'homme, même par cet homme par excellence qui est Jésus-Christ.

Il est très important aujourd'hui de tenter de concevoir l‘inconcevable : le monde en lequel nous vivons peut être pensé tout au long de notre interminable histoire, comme peut-être infiniment loin de sa fin, mais d'une fin déjà arrivée tout en devant advenir en même temps qu'advenant dans l'instant que nous vivons, et là où nous vivons.

Cela explique et fait comprendre les paroles de Jésus parlant d'une fin du monde toute proche, elle doit l'être pour chacun de nous, elle l'est en réalité bien qu'apparemment n'advenant qu'à la fin d'un temps d'une durée infiniment mystérieuse.

Hier on me posait la question tout à fait surprenante : le Christ a-t-il quitté le ciel au moment de son incarnation visible ? Comment aider à commencer à comprendre qu'en Dieu toute l'histoire des hommes est à la fois devant advenir, advenant dans l'instant présent là où nous sommes et déjà advenue et parfaitement accomplie ? En Dieu les personnes divines ne peuvent pas concevoir et vivre les réalités autrement, et nous devons nous habituer à faire nôtre leur façon de les penser.

La fin du monde est déjà arrivée ! Les innombrables élus sont déjà ressuscités, ce qui explique que Marie puisse apparaître à Lourdes et à Fatima,, sans enfreindre aucune attente et durée. La fin du monde est déjà arrivée en même temps que devant advenir et advenant ici aujourd'hui pour chacun de nous.

L'histoire de l'incarnation divine en chaque homme est très loin d'être achevée, peut-être durera-t-elle encore des millénaires et bien au-delà, mais elle doit être toujours pour chacun de nous comme étant advenue et en train d'advenir. L'évolution, toute l'histoire de la façon dont la vie est apparue sur la terre et s'y est infiniment diversifiée et complexifiée jusqu'à l'apparition de l'homme et sa divinisation en Jésus-Christ, est bien loin d'être achevée, elle va certainement vers une unification de plus en plus parfaite de l'humanité entière, encore peut-être à peine en voie de s'accomplir. Elle va vers le constitution de ce Corps mystique du Christ, le Corps de la parfaite épouse, un Corps aux innombrables membres, vivant et étant chacun ce corps tout entier en même temps que l'un de ses membres parmi d'innombrables autres.

Peut-on penser alors que, caché pour nous, il a surgi déjà un monde nouveau où la matière n'est plus la même, étant elle-même maintenant parfaitement habitée par l'Esprit, et n'étant alors plus aucunement sujette aux tremblements de terre, tsunamis, raz de marée et innombrables dérèglements meurtriers ? Ce n'est pas impensable. Nos défunts y vivent déjà, ils ne sont pas loin de nous, mais la perception de leur présence ainsi sur une nouvelle terre et sous de nouveaux cieux, nous est impossible tant que nous-mêmes n'avons pas été transformés.

Je me rappelle ici ces deux religieuses de Butare au Rwanda disant qu'elles avaient conclu un pacte comme quoi la première qui mourrait donnerait signe de vie à celle restée encore sur terre : l'une est morte mais l'autre n'a jamais reçu ce signe.

Quand Thérèse de Lisieux nous dit qu'elle passera son ciel à faire du bien sur la terre, on peut s'étonner qu'en fait elle en ait encore fait si peu. Apparemment du moins, puisqu'il est certain que le transport de ses reliques aujourd'hui dans le monde entier opère, ou du moins est le point de départ, d'innombrables conversions. Elle passe bien son ciel à faire du bien sur la terre mais aucunement de façon visible, (à moins que devançant le temps nos yeux soient déjà un instant transformés) ce qui lui est normalement tout à fait impossible.
(À suivre)

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