. Une nature essentiellement nouvelle du bien et de la vertu à la suite et en raison de la révélation en Jésus-Christ de la Trinité divine.

" On ne saura jamais assez tout ce que représente de libération, de grandeur, d'élargissement, de liberté, de dignité, de splendeur, de beauté, cette initiation qui nous a été donnée par Jésus nous révélant le monothéisme trinitaire.

Le monothéisme unitaire est quelque chose de déconcertant et, si l'on ose dire, de presque scandaleux. Car comment situer Dieu comme ce personnage qui se regarde, qui tourne autour de soi, qui ne peut aimer que soi, en ramenant tout à soi ? Quelle ressemblance peut-Il avoir alors avec les élans de la générosité humaine ? Il semble, devant un dieu solitaire, que l'homme soit plus parfait que Dieu, puisque l'homme est capable de se perdre de vue et de vivre totalement pour autrui et en lui.

C'est de ce cauchemar effrayant que Jésus nous a délivrés en rendant témoignage au mystère qui était le mystère même de sa vie. Car, tout ce que Jésus nous dit de Dieu, Il l'emprunte à Son expérience, c'est Sa vie qui s'exprime dans son message, et c'est parce que justement II est enraciné dans le monothéisme trinitaire qu'il peut nous Le révéler d'une manière définitive en imprimant dans nos âmes le sceau d'une éternelle liberté.

Car, dire que Dieu n'est pas solitaire, c'est immédiatement nous dire que la vie de Dieu va vers un Autre, que la vie de Dieu est Charité, et, comme le dit le Pape saint Grégoire, qu'il n'y a de charité véritable que si l'amour va vers un Autre.

La vie divine apparaît ainsi toute entière concentrée, exprimée, dans ce don mutuel du Père au Fils, et du Fils au Père, dans l'unité du Saint-Esprit : cela veut dire que l'existence divine est une existence de don qui a son foyer dans les relations intra-divines.

Gaston Bachelard, le grand philosophe, a écrit un jour en commentant un admirable roman : "Au commencement est la relation." Ce mot est d'une magnificence inépuisable et il se situe en plein cœur du mystère chrétien.

"Au commencement est la relation." C'est cela ! Nous étions tentés, et nous le sommes toujours dans la mesure où nous ne vivons pas de Jésus-Christ, nous sommes toujours tentés de faire de notre existence l'affirmation égocentrique de nous-même, de nous affirmer contre les autres en les dominant, en rivalisant avec eux, en les diminuant ou en les méprisant, parce que l'existence chez nous prend comme naturellement cette apparence narcissique d'un retour constant vers soi-même. Notre moi, c'est une pente vers nous-même où nous sommes constamment englués dans nos automatismes passionnels et où nous tournons constamment le dos à notre liberté et à notre dignité.

Le dieu conçu comme solitaire par les hommes semblait confirmer ce narcissisme, et on ne voyait pas pourquoi l'homme devrait sortir de lui-même si dieu est ainsi enfermé en lui-même. Mais Jésus justement, en nous introduisant dans le monothéisme trinitaire, nous situe immédiatement au cœur de la charité la plus brûlante et la plus généreuse, et nous savons qu'en Dieu il n'y a qu'une seule manière d'exister, c'est de se donner. Et, si Dieu n'existe qu'en forme de don, si Dieu n'a de prise sur son être qu'en Le communiquant, si tout en Lui éternellement est Amour, quel lien pourrait-Il contracter avec nous, et que pourraient signifier Ses rapports avec la Création, sinon justement une réciprocité d'amour ?

Dieu ne peut pas dominer : ça n'a pas de sens ! Il ne peut pas nous écraser, c'est impossible ! Il ne peut vouloir de Lui à nous que des rapports de liberté, ceux que nous contractons d'ailleurs tout à fait spontanément avec la Vérité qui est un autre Nom de Dieu.

La Vérité ne nous apparaît pas comme une menace ou une contrainte, mais, tout au contraire, comme une liberté, comme un espace : elle nous comble. Et les plus grands savants connaissent cette joie merveilleuse, qu'ils appellent la joie de connaître, où l'on est soi dans un autre et pour lui.

C'est ce que fait Dieu éternellement : Il est une éternelle naissance d'amour dans une parfaite et absolue communication, et II nous introduit ainsi au secret de l'être. Il nous jette au cœur de l'existence prise dans son sommet en nous apprenant qu'exister au sens vrai, exister authentiquement, c'est se perdre de vue et se donner.

C'est ce qui détermine précisément la révolution chrétienne qui enrichit d'une manière incomparable les catégories de notre esprit puisque c'est la relation maintenant qui devient l'essentiel : "au commencement est la relation", en même temps qu'elle détermine une nature essentiellement nouvelle du bien et de la vertu..."
Maurice Zundel à Notre Dame du Valentin en 1962.

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