Ce que nous serons, ce que nous deviendrons après notre Passage au Père, Saint Paul nous dit que c'est inimaginable. Le " mérite " des propos qui suivent ceux d'hier est au moins d'être absolument inimaginable. Il n'engage que son auteur qui ne les donne ici que comme des balbutiements.

L'altérité n'est pas la différence.

L'identification est essentielle dans le christianisme. Jésus s'identifie à tout homme en détresse, Il veut opérer cette identification en chacun de nous.

Tout homme est autre que tous les autres, de même que le Père est autre que le Fils et le Fils autre que le Père, mais en éternité tout homme s'identifie en Jésus- Christ à tout autre humain. Il épouse en quelque sorte toutes les différences de tous les autres, ce qui fait qu'en restant éternellement autre, il n'est plus différent d'aucun.

Ce que nous avons à faire ici-bas, c'est de nous identifier à tout autre humain, et nous ne pouvons le faire qu'en nous identifiant à celui qui nous est le plus proche. De sorte que ses besoins, son besoin de vivre, soit le nôtre.

En vie éternelle il n'y a plus de classement entre les hommes, il n'y a même plus de rang ou hiérarchie, il n'y a plus que le Christ totalement présent-offert au Père en chacun, c'est-à-dire présent-offert à tout autre en chacun.

La première réaction de tout fils d'homme, celle du pécheur que nous sommes d'abord, est de se différencier d'avec tous les autres, de se penser différent de tous les autres, et, éventuellement, de mépriser tel ou tel, ou telle race, ou telle classe. La seconde réaction, celle qui doit être celle du chrétien, est non pas de se « conformiser » aux autres, mais bien, dans sa spécificité unique, de se reconnaître unique mais ne l'étant que pour tous les autres. Il faut valoriser tout ce qu'on est, tout ce en quoi on est unique, mais pour en faire l'apanage de tous les autres.

La singularité reste essentielle en éternité mais elle n'est plus aucunement possédée par celui qui la vit. Elle est donnée à tout autre, elle est pour tout autre. Il en est ainsi exemplairement pour Jésus-Christ fait homme. Sa singularité inclue celle de tout homme sensible à son appel et l'incarnant en lui.

Cela reste bien difficile de s'exprimer sur ce sujet, mais il n'y a pas d'autre issue pour l'unification des hommes. On peut avoir alors l'impression de n'être plus rien puisque ce que je suis est appelé à être ce que sont les innombrables autres, terrible banalisation de mon être ! En réalité c'est exactement le contraire : toute ma singularité ne prend son importance que parce qu'elle peut devenir celle de tout autre.

Et l'on voit ici, comme au terme de bien d'autres développements, comment le christianisme n'est pas une religion, du moins comment il va bien au-delà de ce qu'on entend couramment par ce terme. Il ne s'y agit plus tans de nos relations avec Dieu que de nos relations avec l'homme, avec tout homme. Nous ne connaissons Dieu, nous n'avons relation avec Lui qu'en notre relation à l'homme et notre façon de la vivre.

Dans le royaume le plus petit des enfants noirs perdu dans la forêt équatoriale sera aussi respectable que Jean-Paul II : il le sera devenu tout en restant tout à fait autre. Il n'y aura plus aucune différence. C'est Jésus-Christ en l'un comme en l'autre, qui leur confère leur immense grandeur...

C'est l'Evangile de la Saint Martin, l'Evangile du jugement dernier, que nous fêtons demain.

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