Extrait du livre « Le problème que nous sommes » - pages 282-284
Ce qu'on n'avoue presque jamais dans les présentations de l'Evangile.

« Tant que nous subissons notre vie, notre destin, notre hérédité, nos options passionnelles, nos préjugés, tant que nous ne sommes pas radicalement renouvelés, tant que nous ne sommes pas passés par la nouvelle naissance, tant que nous ne sommes pas devenus la source et l'origine de nous-même, tant que nous ne nous sommes pas créés dans un élan d'amour vers l'Amour, la liberté ne signifie rien.

Sommes-nous des hommes ? Toute la question est là. Nous avons la possibilité de nous faire homme, encore faut-il le faire ! Car, précisément, lorsque nous sommes arrivés à l'existence et que nous en avons pris conscience, nous pouvons nous dire : « J'existe, mais je n'y suis pour rien ! Il n'y a rien en moi que je tienne de moi ! »

Comment cet être qui est arrivé à l'existence sans le vouloir, cet être qui est le porteur de forces qu'il ne connaît pas, qu'il ne domine pas, comment cet être qui est porté en réalité par l'Univers dans lequel il peut être englouti à chaque instant, comment cet homme que je suis, comment cet être serait-il vénérable et digne de respect ? Comment sa liberté pourrait-elle être une fin si, justement, il n'avait pas à se libérer de tout ce qu'il est, s'il n'avait pas à se créer, à se recréer des pieds à la tête en faisant de lui un être originel, un être source, en faisant de lui une valeur, un bien commun et universel ?

Il me semble que tous les problèmes sont périphériques par rapport à celui-là et que, tant qu'on n'a pas vu que la liberté n'est rien si elle n'aboutit pas à la libération, si elle n'est pas capable de libération, toutes les questions sont en porte à faux ! Le problème est là : ce problème que nous sommes, comment le résoudre ? Il est probable finalement que c'est du fait même de Jésus-Christ, du fait même de la révélation qui est Jésus-Christ, du fait que Jésus-Christ nous met en face d'un Dieu inconnu, inimaginable, il est probable que c'est de ce fait que nous pourrons résoudre le problème que nous sommes.

Voilà précisément ce qu'on n'avoue presque jamais dans les présentations de l'Evangile et dans la position des problèmes qui nous concernent. »
Maurice Zundel à Genève en 1969.
Extrait de « Le problème que nous sommes », aux pages 282-284.

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