De quel Dieu parlons-nous, et à quel homme ?

(Maurice Zundel) :

L'homme a à se créer lui-même dans sa dimension humaine qui est une dimension d'amour, comme la femme se fait épouse par le OUI nuptial ! Toute sa vie d'épouse est suspendue à ce OUI nuptial qui construit la maison, tout son statut ontologique d'épouse et de mère est suspendu à ce OUI.

Tout notre statut existentiel en tant qu'homme est suspendu à ce OUI que nous sommes en réponse à l'éternel OUI qui est Dieu. Mais sans notre OUI nous restons informe, nous nous décréons, et nous décréons l'Univers. La solidarité est immédiate, elle est sensible d'ailleurs. La joie de l'Univers ne nous parvient plus quand nous sommes en état d'absence : pour éprouver la joie de connaître, il faut naître et engendrer.

Justement le monde, on peut le subir comme un rouleau compresseur, dans la misère, dans la faim, dans la détresse, où l'être biologique lui-même s'abîme et périt. On peut subir le monde comme une catastrophe mais on peut aussi l'aimer, on peut l'engendrer, on peut le comprendre quand on a renoncé à le prendre et qu'on a commencé à se déprendre de soi.

Tout change selon l'optique, tout change selon la dimension à laquelle on a soi-même atteint, à laquelle on a atteint, soi, le monde et Dieu.

De quel Dieu parlons-nous ? De quel Univers ? De quel homme ? Tant que nous ne sommes pas promu à la nouvelle naissance, tant que nous n'avons pas fait l'expérience augustinienne, l'expérience du passage du dehors au dedans, tant que nous ne sommes pas "dedans", tant que nous sommes encore dehors, étranger à nous-même, nous le sommes dans la même mesure à l'Univers et à Dieu : le lien est absolument indissoluble, c'est le niveau auquel nous atteignons qui situe le niveau de toute réalité.

Dieu devient une idole dès que nous cessons d'être libérés. Dès que nous revivons dans notre moi biologique, Dieu se défigure et prend notre mesure et notre visage, même si nous prononçons les mots les plus sublimes ! Et le monde se défigure et perd son caractère de symbole et de sacrement, il retombe dans la pesanteur où nous-mêmes nous nous laissons choir. »

(M. Zundel, extrait de la très belle conférence donnée à Lausanne

aux aumôniers de prison, le 7 octobre 1963.)

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