09/06/2005 juin 2005

Début de la 5ème conférence donnée par Maurice Zundel au monastère du Mont des Cats en décembre 1971.

Nous pouvons voir toute l'histoire sous l'aspect d'une tragédie divine où le mal est d'abord le mal de Dieu, où Dieu souffre en toute agonie, en toute maladie, en tout désespoir, en toute solitude, en toute mort, où II est le premier frappé, parce que le mal finalement, c'est d'abord une blessure faite à Son Amour.

C'est par là que l'histoire s'éclaire, c'est par là que s'affirme de la façon la plus profonde et la plus délicate la paternité de Dieu, le chef d'œuvre de la paternité en effet étant déjà dans les rapports humains le respect de l'autonomie : jamais un père n'est davantage père que lorsqu'il est à genoux devant la conscience de son enfant, qu'il doit la laisser mûrir dans une entière liberté, et qu'il ne l'appelle au bien que par le rayonnement de sa présence aimante et droite.

A l'infini Dieu est ce Père qui nous remet à l'arbitre de notre propre liberté et qui nous livre sa vie comme le trésor que nous avons à garder ! Car le bien, c'est précisément Sa Vie au cœur de la nôtre.

Rien ne peut davantage nous stimuler que cette vision : il ne s'agit pas pour nous de nous assujettir à des commandements et de nous soumettre à une Loi mais bien plutôt de prendre soin de cette Vie divine qui est confiée à notre amour, qui peut constamment s'affirmer à travers nous, et qui peut malheureusement aussi continuellement être défigurée par nos comportements.

Mais la pensée qu'il s'agit de Quelqu'un, et que Dieu nous a fait ce crédit, ne peut que réveiller notre générosité et, lorsque nous prenons conscience qu'il en est ainsi, que c'est vraiment Dieu qui est remis entre nos mains et confié à notre amour, il est impossible que nous n'arrivions pas à ressurgir dans un élan de véritable amour.

Tout cela d'ailleurs, nous le devons à Jésus-Christ. C'est dans la vie de Jésus-Christ sinon dans sa Parole, c'est du moins dans la tragédie qu'il a vécue et qu'il vit depuis le commencement du monde jusqu'à sa fin, c'est dans cette tragédie de Jésus que nous apprenons finalement à connaître le vrai visage de Dieu.

Nous avons donc à méditer sur le Christ Lui-même et ce n'est pas facile.... car il est probable qu'on a perdu de vue en général la manière dont Jésus Lui-même se situait par rapport à Dieu.

Rien n'est plus important que la vision que Jésus a de Dieu, et la vision que Jésus a de Dieu, c'est la vision d'un Dieu Trinitaire : Il rend témoignage à la Trinité, II vit la Trinité et Il est au cœur de la Trinité, et c'est à partir de la Trinité qu'il faut évidemment situer sa Personne.

Date de publication sur le site : 09/06/2005