07/06/2005 juin 2005

Maurice Zundel 1964 à Paris.

Une objection insurmontable

Les survivances très abondantes de l'Ancien Testament dans la religion d'aujourd'hui constituent une objection insurmontable pour ceux qui voient cela seulement du dehors.

« C'est à l'instar des monarchies pharaoniques que l'on a dessiné bien souvent dans l'Ancien Testament le visage de Dieu : on en a fait un monarque suprême entouré d'une cour qui ne cesse de le louer et qui revendique de ses sujets terrestres le tribut de l'adoration, de la louange et de la prière.

Toute cette figuration si concrétisée dans les livres de l'Ancien Testament, dans l'histoire d'un peuple qui a considéré Dieu comme son souverain, qui l'a d'ailleurs quelque peu monopolisé à cet effet en se croyant le peuple élu, toutes ces représentations sont venues jusqu'à nous, elle sont passées dans le christianisme et nous n'en sommes pas encore dégagés, mais il est de toute évidence que de telles conceptions s'accommodent très mal de l'expérience mystique qui est une expérience essentiellement libératrice.

Cela explique toutes les répugnances des hommes d'aujourd'hui quand ils se croient liés à cette conception de Dieu, mais ces figurations ne peuvent plus gêner quand on sait que la hauteur à laquelle l'Ancien Testament situe Dieu correspond exactement à la hauteur à laquelle l'homme de l'Ancien Testament atteint lui-même. Nous ne pouvons pas nous étonner qu'une humanité en marche se soit donnée une représentation inadéquate de Dieu.

Nous n'avons pas à examiner le détail de ces conceptions vetero-testamentaires mais nous pouvons dire avec une certitude absolue que tout ce qui heurte et blesse en nous l'expérience libératrice n'est pas de Dieu, même si ça se trouve dans les livres sacrés et inspirés, simplement parce qu'il peut y avoir, et il y a en fait, dans une révélation historique qui s'adresse à des hommes en les saisissant à l'étape où ils sont, une adaptation qui implique simplement que l'homme ne peut pas connaître plus haut qu'il n'est !

L'homme connaît autant qu'il est, et il situe toujours sa découverte au niveau de son esprit, et, tant que l'homme n'a pas dépassé ses limites, il entraîne Dieu dans ses propres frontières.

Il est donc parfaitement clair que donner à Dieu un visage tout imparfait qui est le nôtre, c'est introduire une erreur radicale dans la présentation de Dieu, et, il faut bien le dire, les survivances très abondantes de l'Ancien Testament dans la religion d'aujourd'hui constituent une objection insurmontable pour ceux qui voient cela du dehors.

Il y aurait toute une immense purification de vocabulaire religieux à faire à partir de l'expérience mystique et en tenant compte bien entendu de l'immense distance qui sépare les conceptions d'aujourd'hui de celles d'il y a seulement cent ans.

...Il est évident que parler aujourd'hui le langage des premiers siècles, ou seulement parler aux hommes d'aujourd'hui un langage d'il y a seulement cent ans, c'est se condamner immédiatement à n'être pas compris... et c'est courir immédiatement, ou faire courir à Dieu le péril d'apparaître comme un mythe à reléguer au musée des antiquités. »

Date de publication sur le site : 07/06/2006