Homélie 18ème dimanche. (Matthieu 14, 13-21). (Romains, 8, 35.37-39)

Ce samedi 30 juillet, à 13h.30 sur KTO, une émission éblouissante. Un entretien avec Michel Serres. Après l‘écoute on n'a plus envie de parler, ni de lire, ni d'écrire. On a faim de silence le plus longtemps possible : enfin la rencontre avec un homme... intelligent, ce n'est pas si fréquent sur le petit écran !

J'ai eu l'impression qu'il parlait de tous les sujets qui ne peuvent que passionner tout homme intelligent aujourd'hui... Je ne sais plus exactement ce qu'il a dit, peu importe sans doute ! De toute façon je pourrai me procurer quelques-uns de ses livres, mais ce n'est pas cela qui importe d'abord. C'est bien davantage et tout simplement ce fait d'avoir entendu un homme... intelligent, et intelligent aujourd'hui dans le monde concret que nous habitons en ce début de 3ème millénaire et qui n'est pas le même que celui du millénaire précédent, et d'un homme qui s'adresse à tout homme intelligent aujourd'hui.

Les medias ont été décriés un instant par le philosophe... mais pour moi je suis maintenant réconcilié, si besoin était, avec KTO capable de sortir de pareilles émissions, tellement désirables en cette période de vacances où tant de stupidités sont offertes par les médias, toutes chaînes confondues (la cinq peut-être exceptée,) sans doute parce qu'on sait plus ou moins consciemment que c'est ce genre de bêtises qui plait au plus grand nombre.

L'émission s'est achevée avec le récit d'un événement vécu par Michel Serres au désert, le sauvetage d'un enfant bédouin perdu dans le sable. ET c'est justement par le désert que commence l'évangile de ce 18ème dimanche, je n‘ose pas dire ordinaire parce que rien ne doit être ordinaire dans la normale fête du dimanche. Il va s'agir, dans l'évangile de ce jour, d'un autre sauvetage, celui d'une foule qui a été rejoindre le Seigneur dans son désert et est maintenant affamée, sans aucun moyen d'assouvir, du moins immédiatement, sa faim.

On a rejoint le Seigneur dans le désert ! Et la faim va être miraculeusement assouvie. Voilà : on a presque tout dit sur ce miracle de la multiplication des pains. C'est le miracle de l'assouvissement de la faim de l'homme par Celui qui, seul, est capable de la nourrir utilement, et c'est la nourriture de base qui par Lui est donnée en surabondance. Le Pain, Ce pain annonciateur d'un autre pain, infiniment plus capable d'assouvir la faim la plus profonde, la plus essentielle, de tout homme vivant sur la terre : La faim de vivre ! La faim de vivre sans restrictions, sans début ni fin, sans entraves sinon contenues, et en quelque sorte résorbées, dans ce pain, don du Père, du Fils et de l'Esprit, véritable manne céleste.

Il faut préciser que, dans l'Evangile de Saint Matthieu, la mention de cette réclusion de Jésus au désert suit immédiatement le récit de la mort de Jean Baptiste, le cousin du Seigneur, celui qui a préparé sa venue. La faiblesse d'esprit humaine pourrait nous faire penser que Jésus n'en est nullement affecté puisqu'il sait que le Baptiste ne peut qu'être sauvé définitivement par cette mort, mais la réalité est toute autre : dans son exquise et parfaite humanité le Seigneur est infiniment ému par cette mort.

Mais Il ne restera pas longtemps seul dans le désert. La foule l'y cherche et trouve assez vite. Modèle de ce désert qui devrait attirer toutes les foules humaines où le Seigneur les attend, et où seulement on pourra authentiquement d'abord Le trouver, et alors le désert perdra sa qualité de désert parce qu'on y aura découvert et trouvé l'Unique nécessaire, seul permettant l‘unification dans la communion de l'humanité entière.

Le deuil de Jésus se mue en compassion, en pitié profonde, pour tous ces gens .. qui ont faim, pour l'humanité entière tellement en désir de vie pour toujours ! Et le miracle commence à s'accomplir. Et en Ce Jésus multipliant les pains, l'angoisse du baptême de sa mort est présente, tempérée seulement, si l'on peut dire, par la conscience que ce baptême sera donneur de la vie éternelle offerte à tous lorsque l'Eucharistie lui donnera son sens et son achèvement.

Il faut quelques pains apportés par les hommes. Puis « ordonnant à la foule de s'asseoir sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, Il prononça la bénédiction, Il rompit les pains, Il les donna à Ses disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Tous mangèrent à leur faim... »

Ils sont fatigués, il faut un temps de repos avant de manger le pain du Seigneur. C'est donc quand ils sont assis que le Seigneur prend le pain et lève les yeux au ciel avant de les rompre et donner. C'est le rappel de la manne venue du ciel vers lequel Jésus lève les yeux. Il les rompt pour qu'il y ait déjà multiplication des parts du même pain pour chacun. Ce sont des morceaux de pain qu'Il donne à ses disciples et qui vont se multiplier sans qu'on puisse s'apercevoir comment se produit cette multiplication... tout cela a du sens.

Tous ces détails préparent l'esprit à y voir l'annonce de l'autre multiplication, celle du pain de vie, consacré par la mort de Jésus sur la Croix, par sa parfaite offrande. Ce sont les mains, demain percées, de ce Corps, demain consacré, qui donnent aux hommes ce pain annoncée par la manne pleuvant du ciel au désert. Là aussi, au lieu de la multiplication, c'est un désert : on sent davantage et mieux dans un désert le besoin de nourriture de survie que lors du repas pris à la maison, parfois sans vrai appétit...

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