Etre divinisé n'équivaut pas à être Dieu.

Etre divinisé n'équivaut pas à être Dieu. Que les chrétiens soient reconnaissants envers l'Islam qui leur rappelle ce dont la Bible est pleine : l'infinie grandeur de Dieu, le parfaitement inaccessible, l'Inconnaissable absolu, l'incapable d'être contenu dans une miette de pain consacré ! Soyons reconnaissants envers l'Islam qui nous rappelle que Dieu est incapable, à la façon humaine, d'engendrer et être engendré ! Remercions Maurice Zundel de nous avoir dit une préférence qui devrait s'imposer à nous aussi : plutôt que de dire de Jésus-Christ, « Il est Dieu », je préfère qu'on dise « Dieu est Lui. »

On peut sans doute penser qu'une des raisons majeures pour laquelle Einstein n'a pas cru en le Dieu de Jésus-Christ, et pour laquelle tant de gens de bonne volonté sont indifférents aujourd'hui au christianisme, est de cet ordre-là ! Et on peut déplorer qu'en cette année de l'Eucharistie les choses ne soient pas davantage clarifiées sur ce sujet capital.

Devant les explorations, inouïes aujourd'hui et pourtant n'explorant qu'une infime partie de l'Univers, devant la complexité infinie (1), en même temps que l'ordre, de l'Univers, on ne peut que s'extasier, et adorer l'infinie grandeur de Celui qui le crée. On devrait, rempli d'une infinie reconnaissance, se prosterner devant Ce Créateur encore beaucoup plus que ne le font nos frères musulmans.

Un trop long développement maintenant et qui sera continué, voire repris. Des choses pourtant capitales mais qui ne sont pas dites dans l'Eglise clairement. C'est la raison pour laquelle on peut heurter encore ici bien des esprits, comme certaines prétentions émises en des textes précédents, mais qui me paraissent, peut être injustement et abusivement, être sous-jacentes dans l'enseignement mystique de M. Zundel. C'est tellement important aujourd'hui : il s'agit de l'avenir de l'humanité entière. Il faudra un jour penser sérieusement à un « blog » sur ces sujets.

Dieu est le seul chemin de l'homme vers lui-même ! La situation, ou la condition, de l'homme est dramatique, parce qu'aucun homme ne peut voir ce Dieu, même le Dieu de Jésus-Christ, l'Unique, ni donc prendre ce chemin qu'il nous indique et qu'il est Lui-même. !

C'est pour que l'homme puisse un jour voir Dieu, c'est pour cela que Dieu s'est incarné, mais cette Incarnation ne permet pas à l'homme de Le voir tout de suite. Les hommes ne peuvent jamais voir « ici-bas », du moins quand il s'agit de Ses contemporains, que la très sainte Humanité de Jésus-Christ en laquelle s'accomplit l'incarnation divine parfaite !

Voir cette Humanité n'est pas voir Dieu, puisqu'elle est une créature, limitée comme telle, et de ce fait incapable elle-même, de voir de Ses yeux de chair non encore ressuscitée, incapable de voir Dieu ! Ce n'est que lorsque cette Humanité de Jésus-Christ sera passée au Père, lorsqu'elle sera ressuscitée-montée aux cieux, qu'elle pourra elle-même Le voir de ses yeux de Corps ressuscité, et en et par Ce Corps ressuscité tous les hommes sont appelés eux-mêmes à Le voir un jour. Il y a là sans doute des « choses » très importantes à dire à celui qui veut pénétrer, si peu que ce soit, dans le mystère de l'Incarnation, des choses qui ne sont pas claires dans l'esprit, et le cœur, de la plupart des chrétiens.

Quand le Fils de Dieu s'incarne, le mystère de Dieu reste entier. Nous ne pénétrerons dans Sa pleine vérité que lorsque nous-mêmes, nous serons passés par la mort et la résurrection. Avant ce passage Dieu reste absolument l'inconnaissable, Celui qui parfaitement transcende notre intelligence et notre condition humaine présente. Aucun accès possible par un autre chemin.

Et le Saint Sacrement Lui-même, que nous adorons et vénérons, et ce nous est excellent de le faire, ne contient pas Dieu puisqu'il est le Saint sacrement du Corps du Christ, de Son Humanité. Peut-on dire que la foi nous donne de voir Dieu dans ce sacrement ? Oui, si l'on parle des yeux de la foi. Non, en toute autre façon.

Jésus n'a pas institué le sacrement de l'Eucharistie pour nous donner de voir Dieu, de Le « sentir », de L'expérimenter, avant l'échéance de notre passage jusqu'à notre Père, mais pour nous donner de pouvoir effectuer ce Passage en et après lequel nous pourrons voir Dieu. Dieu reste pour nous ici-bas l'absolument inconnaissable. Et la prostration de l'Islam, le prosternement prolongé de ces innombrables musulmans plusieurs fois par jour, nous rappelle fort heureusement cette transcendance absolue : il faut que nous le reconnaissions, nous qui sommes enclins à idolâtrer le Saint Sacrement, ce dont nous accusent, plus ou moins consciemment, nos frères de l'Islam comme beaucoup de nos frères protestants. Et beaucoup d'athées.

C'est une question extrêmement délicate, mais il ne faut pas l'esquiver si l'on veut penser à un rapprochement possible un jour avec l'Islam. Il ne suffit pas, en cette année de l'Eucharistie, de rappeler l'enseignement traditionnel qui, bien sûr, tient toujours, il faut l'expliquer, le développer le plus heureusement possible, car c'est sans doute la pierre d'achoppement la plus consistante non seulement pour l'Islam mais encore pour le simple bon sens humain qui doit toujours garder toute sa vérité.

Ce bon sens a pu être mis à mal, par des interprétations défectueuses pensées comme devant être intégrées à la foi en l'Eucharistie. On n'ira pas jusqu'à dire que Dieu n'est pas davantage présent en l'Eucharistie qu'en toute autre réalité, mais on aimera préciser que l'Eucharistie n'est pas le sacrement de la présence de Dieu mais bien le sacrement de la présence, toujours en état d'offrande, du Corps du Christ, Lui-même une créature. On ne dira donc plus : Dieu est là ! C'est CE Corps infiniment béni du Seigneur qui est là, mais il ne s'agit pas d'une présence locale puisque Ce Corps ressuscité en est, comme tel, incapable : seules les « espèces » sacramentelles sont présentes localement.

Il y a ici toute la question de l'union (qu'on appelle hypostatique), en la Personne du Fils de Dieu, de la Divinité et de l'Humanité prise par Jésus. Ces deux réalités infiniment sublimes ni ne peuvent ni ne doivent être mélangées en cette Personne de Jésus-Christ, elles doivent restées tout à fait distinctes, et il demeurera toujours une infinie distance entre l'une et l'autre, une distance aussi infinie, pour reprendre une expression de Zundel, qu'il peut y en avoir entre une coquille de noix sur l'océan et l'océan lui-même : l'Eucharistie est d'abord le sacrement de cette coquille de noix.

« Sur l‘Océan qui représente l'immensité de Dieu, l'Humanité de Jésus est une coquille de noix jetée en Dieu par la vague immense : tout l'Océan ! Qui jette éternellement le Fils dans le sein du Père. Cela veut dire qu'il y a dans l'Incarnation une désappropriation radicale de cette Humanité qui ne peut plus s'exprimer pour son propre compte, mais qui est le sacrement conjoint, le sacrement vivant de la Présence divine et son inscription définitive dans notre histoire... » (Zundel - Saint Germain en Laye en 1973)

Ces précisions sont indispensables si l'on veut espérer un jour un rapprochement avec l'Islam. Le Corps du Christ n'est pas adorable comme tel dans l'Eucharistie. Dieu seul est adorable, mais la divinité de Jésus-Christ peut l'être aussi et l'on doit adorer Ce Corps parce que cette divinité de Jésus-Christ L'a parfaitement saisi sans rencontrer en Lui le moindre obstacle ou refus : la réponse en Lui est réponse parfaite. Elle mérite notre adoration et on n'encouragera jamais assez ce culte de l'adoration du Saint Sacrement.

Et cette divinité de Jésus-Christ pourrait être adorée en chaque homme dans la mesure où l'homme s'est laissé lui-même divinisé... Cette divinisation n'a été possible parfaitement qu'en Jésus-Christ parce que c'est en Lui seul qu'elle a trouvé réponse parfaite. En Lui seul, mais aussi en la Vierge Marie, devenue capable parfaitement de cette divinisation parce que sa réponse a été parfaite et parfaitement signifiée au moment du OUI de l'Annonciation. Aussi Dieu s'incarne-t-Il de façon parfaite en elle au moment, qui dure, de ce OUI prononcée au nom de l'humanité entière.

On peut donc adorer la divinité dans le cœur de Marie. Ce n'est pas elle qu'on adore, mais bien celui qu'elle porte et fait naître d'une façon unique. On peut aussi L'adorer en le cœur de tout homme dans la mesure où lui-même Le porte et L'engendre. C'est même la raison profonde pour laquelle on doit respecter tout homme : le cœur de chacun est un sanctuaire, au moins possible, il y faut son acquiescement pour que sa divinisation soit effective.

Je crois qu'il y a là des choses extrêmement très importantes à dire, et qui ne sont pas encore dites en cette année de l'Eucharistie : quand nous adorons, avec raison et foi, le Seigneur dans l'Eucharistie, nous n'adorons pas Dieu, nous adorons la divinité, la divinisation parfaite de Ce Corps du Christ, ou bien, si l'on préfère et comme l'exprime saint Thomas d'Aquin dans « l'adoro te » : en l'Eucharistie nous adorons la divinité cachée en ce sacrement et non pas un Dieu qui y serait caché. Ce n'est pas du tout la même chose.

Dieu, personne ne l'a jamais vu ! Personne ne L'a jamais expérimenté avec les sens de son corps ! C'est absolument et rigoureusement impossible, tellement la distance est grande entre le créateur et la créature. L'Islam a eu et a encore ce mérite très grand d'avoir mis l'accent sur cette transcendance absolue de Dieu qui avait peut-être été, et est peut-être encore, mise à mal par une fausse conception de l'Eucharistie.

C'est contre cela aussi certainement que nos frères protestants ont voulu protester et cela les a malheureusement amenés à rejeter tout l'enseignement de l'Eglise quant à l'Eucharistie justement parce qu'ils ne pouvaient pas comprendre cette sorte de chosification, cette idolâtrie donc, de Dieu en l'Eucharistie. Si nous persistons dans une fausse conception de l'Eucharistie, nous pouvons mériter alors l'appellation de mécréant parce que nous n'y prêtons pas attention à la transcendance absolue de Dieu si chère, et heureusement, à l'Islam.

Je suis toujours impressionné, et admiratif, quand je vois nos frères musulmans, prosternés devant l‘infinie grandeur de Dieu. Beaucoup de nos contemporains chrétiens ne savent pas que cette même prostration a été faite innombrablement, et est faite encore aujourd'hui par d'innombrables religieux chrétiens quand ils commencent leur prière dans leur « cellule » ou chambre. C'est la façon normale de la mise en présence de Dieu qui devrait « initier » toute prière chrétienne.

Il ne faut jamais oublier que le Christ ressuscité, dans Son corps de ressuscité, n'est pas Dieu, mais reste éternellement une créature engendré en le sein de Marie, qui, après 33 ans passés au milieu de nous, est « passé » au Père, et que l'Eucharistie est le sacrement de ce passage. Le grand mystère n'est pas qu'il serait alors devenu Dieu, mais qu'il en est, dans Son Humanité passée au Père, comme si Il était devenu Dieu.

Ceci est extrêmement important, disons-le encore, parce que, si nous voulons espérer un jour le rassemblement de l'humanité entière, et donc avec le presque milliard de musulmans, dans le Corps mystique du Christ, il faut commencer par rendre raison à l‘Islam au sujet de certaines affirmations du Coran : elles ont probablement été dictées à Mohamed comme venant contrecarrer une foi chrétienne défectueuse affirmant pour eux de pures absurdités. Cela a un sens de dire : Dieu n'engendre pas ni n'est engendré, il s'agit de sauver la transcendance absolue de Dieu qui doit rester aussi une des racines fondamentales de la foi chrétienne. Cette négation apparente du mystère de la Sainte Trinité, dans le Coran, n'a peut-être pas d'autre but que de souligner Sa transcendance absolue.

Le fait de préciser que l'unique Dieu est Père, Fils et Esprit, ajoute pour nous une nouvelle « dimension » à cette transcendance, mais ces dénominations restent très anthropomorphiques. Elles ont l'immense mérite de nous mettre dans la meilleure direction de penser vers la vérité plénière de Dieu et non de l'exprimer absolument. Elles restent donc vraies absolument quand on ajoute que ces « nominations » de Père, Fils, Esprit nous mettent en bonne direction vers cette vérité entière de Dieu mais ne la contiennent pas : on ne possède pas la vérité entière de Dieu quand on dit qu'Il est Père, Fils et Esprit, on est seulement dans la meilleure direction de penser...

Note (1) : Presque chaque jour sur la cinq sont présentés des documents exceptionnels.

Hier on nous a fait découvrir la ténacité de la vie capable de s'être réfugiée jusqu'à des kilomètres de profondeur dans la terre pour pallier à son extinction sur sa surface due à chute de météorites énormes. Un Dieu contenu dans une miette de pain serait l'auteur de tout cela ? C'est absurde, et la foi ne demande jamais de croire en des absurdités, mais seulement en des « choses » qui nous dépassent parce que « personne n'a jamais vu Dieu ».

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