26/07/2005 - Dieu crée, et sauve, par la désappropriation radicale de chaque Personne divine.

Le Caire - 13 avril 1965

L'immense importance de la désappropriation de soi.

L'homme n'est authentiquement homme, authentiquement à l'image et selon la ressemblance du Dieu Trinité, que dans la mesure où il est désapproprié de lui-même.

On peut sans doute dire que tous les malheurs de l'Eglise, tout au long de sa déjà longue histoire si tourmentée, tiennent à ce que beaucoup d'hommes d'Eglise, la plupart du temps très moyennement intelligents, et en cela manifestant la médiocrité de leur intelligence, n'ont pas compensé les limites de leur intelligence par le vécu de la désappropriation de soi. Et la découverte de l'immense mystère de la Trinité ne peut se faire qu'en des hommes désappropriés d'eux-mêmes, pour la raison déjà développée que ce mystère est un mystère de désappropriation, le mystère de la Sainte Trinité est le mystère de la parfaite désappropriation divine vécue éternellement par chaque Personne divine. Et il se trouve malheureusement que dans l'Eglise il semble bien qu'on se soit souvent approprié la Personne même de Jésus- Christ et ses mystères.

Au moment initial de la seconde création, au moment de la mort de Jésus sur la Croix, la désappropriation divine est suprêmement manifestée. Le Christ mourant en Croix se désapproprie de toute puissance, de tout avoir, de toute grandeur, de tout être même puisqu'Il meurt réellement.. Ce qui apparaît moins évidemment, c'est que c'est déjà en la désappropriation divine infinie que surgit dans l'être, éternellement ?, la première création de l'Univers entier.

Il faut lire attentivement, plusieurs fois, le texte qui suit. A sa façon il peut changer beaucoup de « choses » dans notre façon de vivre en membre de l'Eglise.

On ne peut être authentiquement membre et homme d'Eglise, que de cette façon-là. Celle de la désappropriation.

Zundel a parlé dans ce sens au Caire en 1965 :

Dans la désappropriation gît le secret de la Création.

Le seul lien authentique avec l'être est le don de soi.

Dieu crée par le vide qui est en Lui, par la désappropriation radicale de chaque Personne divine.

L'inouïe révélation sur toutes choses apportée par la Croix, notre unique espérance.

« Il nous faut voir la Croix dans cette immensité d'Amour de Dieu comme cette offrande infiniment maternelle qui fait contrepoids à toutes nos folies et absurdités, à tous nos égarements et refus, à toutes nos limites et morts, parce que le Bien n'est pas autre chose que l'Amour et qu'il n'y a pas d'autre Bien que l'Amour, parce que le seul lien authentique avec l'Etre est le don de soi.

C'est là que gît le secret même de la Création : Dieu crée par ce vide qui est en Lui, Dieu crée par cette désappropriation radicale qui fait de chaque Personne divine une Relation subsistante à l'Autre : là gît le secret de la Création, là est son point central et son point d'origine : il est dans cette Pauvreté suressentielle où s'établit un contact virginal avec l'Etre, c'est le seul contact vivant, personnel et créateur avec l'être.

La Croix nous introduit dans cet Univers authentiquement humain, elle nous révèle à nous-même, elle nous conduit à ce point d'origine où nous pouvons décoller de l'Univers des choses dont nous sommes si souvent les esclaves.

La Croix est vraiment notre unique espérance : en elle, nous apprenons le sens de toutes les valeurs, en elle nous apprenons que ce qui importe le plus en nous, c'est la quête en l'homme de ce qui est véritablement humain, la quête de ce qui fait que chacun prend le gouvernement de lui-même, en elle nous apprenons que chacun est maître de son destin et source de ses actions, que chacun est un espace assez vaste pour être une présence à tout l'Univers.

La Croix regarde cet homme-là, qui n'est peut-être pas encore, cet homme que nous cherchons avec tant de passion dans tous ceux que nous aimons, cet homme-là qui est né de Jésus-Christ.

Les Pères de l'Eglise, en méditant sur la blessure faite au Cœur du Christ par la lance du soldat, reprennent 1e mythe biblique de la naissance de la femme et disent : "C'est ainsi qu'est née, ainsi que naît l'Eglise, ainsi que naît la nouvelle humanité, c'est ainsi qu'elle est née du Cœur blessé du Seigneur mourant."

Nous avons à regarder la Croix à travers cette blessure faite au Cœur du Seigneur, pour qu'il soit pour nous, par sa tendresse plus que maternelle, le berceau merveilleux de la seule véritable humanité voulue par Dieu. »

M. Zundel au Caire, le 13 avril 1965

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