Dieu lui apparaissait comme un faiseur d'esclaves.

Le Christ dénue ce nœud tragique.

Zundel disait encore en 1974 :

« Nietzsche voyait, dans ses moments de révolte, il voyait dans ce désir d'être le seul arbitre de lui-même et le créateur de toutes les valeurs, il voyait la seule manière de se poser dans l'existence sans être esclave ! Et Dieu lui apparaissait congénitalement comme un faiseur d'esclaves : admettre Dieu, c'était admettre la soumission, la dépendance, la servitude, et il ne pouvait concevoir en effet la grandeur humaine que dans cette ligne pyramidale où l'on grimpe par dessus sa tête, où l'on émerge au dessus des autres et on les écrase de sa propre grandeur.

Le Christ dénoue ce nœud tragique parce qu'il nous révèle de Dieu un visage totalement nouveau, un visage de démission, de dépouillement et de pauvreté.

Si Dieu est Dieu précisément parce qu'il ne possède rien, parce qu'il est tout don, parce qu'il n'est pas accroché à soi, parce qu'il n'est pas rivé à Son existence, parce qu'il ne fait que la donner, alors nous entrevoyons une autre manière, plutôt un autre aspect de la grandeur, une grandeur qui est unie intimement à la plus profonde humilité parce que c'est une grandeur de don, une grandeur d'amour, une grandeur où l'on s'évacue de soi, où l'on devient un espace illimité pour accueillir l'autre.

Et ceci me parait justement infiniment considérable parce que ça va jusqu'à la racine de nos aspirations et de nos ambitions : nous voulons une grandeur infinie, nous ne voulons jamais nous arrêter dans nos aspirations et nous butons toujours finalement contre un faux infini, celui que l'on construit en s'exaltant dans un délire paranoïaque où l'homme se met sur le pavois et veut absolument pour témoins de sa grandeur les êtres qu'il a réduits en esclavage.

Toutes les grandeurs humaines, toutes les grandeurs de chair, comme dit Pascal, sont construites justement selon cette ligne pyramidale où, au sommet, trône un être qui regarde les autres de haut en bas et qui les écrase de son mépris.

C'est le contraire dans cette grandeur divine ! Car c'est du fond du dépouillement, c'est du fond de la désappropriation radicale, que Dieu suscite notre liberté en en fondant l'inviolabilité précisément par le dépouillement infini qu'il est, en sorte que nous pouvons maintenant, en effet, aspirer à une grandeur divine.

C'est à cela que nous sommes appelés : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Le Christ réalisait cette grandeur à la manière de Dieu dans le dépouillement et la désappropriation totale. »

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