Cénacle de Paris - 1973.

Maurice Zundel.

Le mystère de l'être humain est noué au mystère de l'être divin.

« C'est ce Dieu tout intérieur (le Dieu dévoilé par Jésus à la samaritaine), c'est ce Dieu qui est en nous, c'est ce Dieu-là qui est incarné dans 1'Humanité de Notre Seigneur, et Ce Dieu est en nous autant que dans l'Humanité de Jésus, c'est nous qui ne sommes pas EN Lui, II est toujours déjà-là, c'est nous qui ne sommes pas là. Aussi bien l'Incarnation n'est-elle pas la venue de Dieu qui était absent, mais la venue de l'homme qui se refusait et s'enfermait dans les ténèbres. »

« Qu'est le péché sinon finalement cette espèce de complaisance en soi qui ramène le regard à soi-même et empêche toute création puisque, si on adhère simplement à ce qu'on est, à ce qu'on n'a pas fait, à ce dont on n'est pas le créateur, on demeure parfaitement stérile, et cette complaisance en soi ne fait que stopper toute espèce d'ÉLAN en avant, toute espèce de possibilité de créer dans l'Univers une dimension nouvelle ?

Il y a là un recoupement, un contraste saisissant entre l'état de l'homme qui demeure enfermé en soi-même ET ce visage de Dieu qui apparaît comme LE visage de l'éternelle pauvreté, et le Christ précisément, en nous révélant le visage de l'éternelle pauvreté, nous permet d'entrer à fond dans la tragédie de l'homme. »

« Combien d'êtres se réalisent ? ... Combien nous apparaissent indispensables ? Combien ont été pour nous la révélation définitive des possibilités les plus profondes de notre esprit ? Ils sont très peu nombreux.

Nous voyons au contraire quantité d'êtres qui demeurent à l'état de chrysalides ou retombent bas après s'être approchés d'un certain niveau. . Ils semblent avoir définitivement renoncé à toute grandeur et à toute ascension. »

« Le mystère de l‘être humain est noué au mystère de l‘être divin puisqu'il y a une soudure infiniment profonde entre notre être et l'être de Dieu : nous sommes là au carrefour, au centre même de notre problème, et, lorsque le Christ nous introduit dans ces abîmes de la pauvreté divine, nous sentons immédiatement que Dieu ne peut être que dans cette direction-là : Dieu ne nous intéresse que sous cet aspect où II est un immense espace de lumière et d'amour dans lequel nous puisons la respiration de notre liberté, et le Christ Lui-même ne peut être au centre de notre Histoire une référence absolue que dans la mesure où II réalise cette incarnation parfaite dans une Humanité radicalement désappropriée d'elle-même et qui ne peut témoigner que de 1'Autre divin qui est l'éternel Amour. »

"Ce qui importe, c'est de rencontrer l'homme, de rencontrer la source et l'origine : l'important, c'est qu'il y ait Quelqu'un. Or, il ne peut y avoir Quelqu'un que si, à travers le visage humain, nous atteignons une source dont nous reconnaissons qu'elle est présente au fond de nous-mêmes : quand un être nous ramène à la source, quand il nous reconduit au cœur du silence le plus intérieur, quand il nous aide à nous perdre de vue, quand il nous replace en face de la Présence unique, il a alors réalisé le chef d'œuvre des chefs d'œuvre et il est devenu une présence réelle.

II n'y aura plus de problème quand nous serons devenus des hommes nouveaux et ça peut arriver à tout âge Quand on verra que le Christ est aujourd'hui la source d'une humanité digne de ce nom, enfin libérée d'elle-même, et qui porte au plus intime de soi des richesses infinies; II n'y aura même plus de discussion parce que l'évidence n'en sera jamais contestée. »

M. Zundel au Cénacle de Paris en 1973

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