Cénacle de Paris - 20-21 janvier 1973

Maurice Zundel.

Le moment où l'homme émerge de la bête.

Il y a au fond de l'homme une valeur infinie qu'il a à dégager, ...

une valeur à dégager, qui équivaudra à une nouvelle naissance.

« Paradoxalement je peux dire que, si je crois en Dieu, c'est parce que je crois en 1'homme... Je crois en l'homme parce que l'expérience de l'inviolabilité humaine me parait l'évidence première ! Et on a le sens de l'homme justement lorsqu'on découvre à travers le visage humain ce pouvoir d'initiative, cette possibilité de choix, enfin cette dignité de créateur, c'est à ce moment-là qu'on se trouve devant 1'homme, ou bien il n'y a pas d'homme.

L'homme émerge, il émerge de la bête, il émerge des déterminismes cosmiques précisément au moment où il perçoit en lui cette qualité de source, cette vocation d'être l'origine de l'humain.

Il est clair que l'affirmation de mon inviolabilité, de ma dignité, de ma vocation de créateur, enfin de ma liberté comme le souverain bien, n'a aucun sens s'il n'y a pas au fond de l'homme une valeur infinie qu'il a à dégager au fond de lui-même, une valeur à devenir d'une certaine manière jusqu'à ce qu'il soit lui-même un bien commun et universel reconnu comme tel par tous les autres parce que c'est leur propre bien.

Etre origine, oui, c'est là notre vocation, mais cela ne peut s'actualiser et traduire, et devenir un fait d'histoire humaine que dans la mesure où s'élabore en nous cette valeur infinie qui est, et équivaudra, à une nouvelle naissance.

Nous attendons des autres qu'ils soient un moi origine et nous rencontrons le plus souvent un moi préfabriqué et passionnel, fait de bric et de morceaux, un moi qui n'est aucunement unifié et qui plonge dans l'inconscient, un moi qui est une prison où ils s'asphyxient en asphyxiant le milieu dans lequel ils sévissent ! Alors que notre désir est de trouver (en eux) un moi originel, un moi qui soit vraiment 1'origine de soi et où tout soit transparent, un moi où il n'y ait aucune frontière et partialité, un moi qui soit une Présence, c'est-à-dire un présent, c'est-à-dire un don qui éclaire la vie.

Et c'est là justement que Dieu, le vrai Dieu, va apparaître comme la valeur infinie autour de laquelle ou en laquelle ma vie gravite en faisant jaillir tout mon être dans un élan d'amour, en m'appelant à cette désappropriation qui crée la transparence de la vie, et en offrant aux autres, dans la mesure de ma fidélité, un bien commun et universel, leur bien.

... Lorsqu'on s'engage dans 1'expérience de l'homme origine, lorsqu'on veut de toutes les forces de son être atteindre à ce moi originel et bien commun, qui est le centre du monde, mais un centre par humilité et désappropriation de soi, alors on comprend que cette volonté d'autonomie, cette revendication de liberté, cette certitude de ne pouvoir être homme qu'en étant le créateur de soi, on comprend que tout cela ne s'oppose pas, bien au contraire, à la rencontre avec la musique silencieuse qui "se murmure au fond de nos cœurs".

On comprend que l'homme, en allant jusqu'au bout de sa vocation d'homme atteigne alors, et c'est là le cœur même de l'expérience, à cette Présence qui est le sacré au cœur de l'expérience, à cette Présence qui est le sacré au cœur de notre vie, à cette Présence qui nous rend présents, qui rompt nos amarres avec l'inconscient et toutes les préfabrications, et qui peut donner à notre vie la transparence de l'ostensoir qui laisse passer ce visage adorable après lequel toute la terre soupire. »

M. Zundel au Cénacle de Paris, 20-21 janvier 1973

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