Il ne faudrait jamais lire Onfray (" Traité d'a-théologie ") sans lire inséparablement : Irène Fernandez, " Dieu avec esprit ", Réponse à Michel Onfray.

Le Père Z. a lu Onfray. Probablement, et plus ou moins consciemment, cette lecture a entraîné ou confirmé en lui un doute assez vague quant au fondement de notre foi. Ca ne l'empêchera pas de continuer à exercer fidèlement son ministère sacerdotal, mais peut-être ne prêchera-t-il plus tout à fait de la même façon, selon la place que le doute aura pris dans son esprit. Et c'est sans doute la même chose chez un certain nombre de prêtres, et plus encore de laïcs.

L'ennui, c'est que la lecture de l'abrégé du catéchisme, outil de référence chrétienne absolument fondamental et nécessaire, n'apportera sans doute aucune réponse à ce début de doute, ou à un doute plus confirmé. Il n'est pas impossible que même des évêques soient impressionnés eux aussi par la lecture d'Onfray, sans aucunement l'exprimer, puisque il semble que certains d'entre eux l'ont déjà été par la lecture, plus dangereuse encore, me semble-t-il, de Jacques Duquesne.

Il serait donc urgent que l'Eglise s'en rende davantage compte. A l'époque de Da Brown, de Duquesne et d'Onfray. Il est urgent d'apporter une réponse, non pas apologétique, mais mystique, très claire. Je suis tenté de dire qu'ici Zundel s'impose, pour moi c'est impératif.

Il est urgent de dire que la révélation chrétienne ne se fonde pas sur des écrits, qu'elle n'est pas dans des mots, mais que son seul vrai fondement est une personne, et que cette " spécialité " du christianisme fait qu'il n'est plus une religion, mais une personne, avec tout son infini mystère. Et que cela importe peu que, dans les évangiles, il y ait des inexactitudes et des invraisemblances, Onfray en fait un catalogue délirant impressionnant.

Nous avons là l'immense différence entre le christianisme et tout autre religion : le christianisme n'a la prétention d'aucune supériorité par rapport à quelque religion que ce soit, simplement il n'en est pas une. Mais cela aussi peut être vu comme une prétention outrancière. Ce n'est qu'en pénétrant ou tachant de pénétrer si peu que ce soit en son intériorité qu'on commence à saisir qu'il n'est pas une religion, mais cela n'est possible qu'à un homme lui-même en voie d'intériorisation, en voie de " Spiritualisation ". Alors le livre d'Onfray, après bien d'autres tout au long de l'histoire de l'Eglise, ne présente plus d'intérêt, sinon celui d'une documentation délirante qui peut distraire.

Il y a urgence aujourd'hui dans l'Eglise de faire le possible, et il n'est pas fait, pour éradiquer dans l'esprit et le cœur de beaucoup le doute, de l'éradiquer à sa base même. Il ne faut pas avoir peur de le dire : l'abrégé du catéchisme ne peut pas remplir seul cette fonction. Il a été composé par des rencontres d'évêques mandatés pour ce travail mais qui ne connaissaient pas la mystique zundélienne ou du moins ne voulaient y faire aucune référence. Il ne leur pas été dit que le Pape Paul 6 l'avait senti comme un génie spirituel pour notre époque, une époque où le doute s'insinue, voire se confirme, en l'esprit de chrétiens de plus en plus nombreux.

Jean-Paul II l'a ignoré complètement, ce n'était pas son charisme. Pour beaucoup de gens extérieurs au christianisme hélas il reste principalement un moralisateur plus ou moins heureux, et il y a un risque que Benoit XVI revête la même image.

Il est urgent d'éradiquer le doute en disant et redisant des " choses " tout à fait essentielles et qui n'apparaissent pas clairement dans le récent abrégé.

D'abord, pour le redire encore : L'Humanité infiniment sainte de Jésus-Christ n'est pas Dieu, elle est une créature qui a commencé d'être dans le sein de Marie par l'opération du Saint-Esprit, et comme créature elle est incapable d'être investie de la transcendance divine qui dépasse infiniment toute créature. Et il faut ajouter immédiatement : nous ne connaissons Dieu que par cette Humanité, et en elle. Aucun homme ne peut connaître le seul Dieu véritable par une autre voie que par cette Humanité et en Elle. Et cela peut se faire sans la connaître et reconnaître sous le nom de Jésus-Christ.

Saint Jean, dans l'Evangile (1, 18), dit très clairement : " Personne n'a jamais vu Dieu, c'est le Fils que est dans le sein du Père qui nous l'a fait connaître ", et il nous l'a fait connaître en se faisant homme.

L'humanité de Jésus est infiniment sainte mais, du fait qu'elle est une créature, elle n'est pas, du moins immédiatement et comme telle, divinisable, ce qu'à leur façon ont dit les premiers conciles en précisant qu'en la Personne du Christ il ne peut y avoir aucun mélange entre la divinité et l'humanité.

On objectera immédiatement l'affirmation du credo sans doute mal comprise par l'ensemble des chrétiens : " Il est Dieu ". On est passé trop vite de l'Humanité à la Divinité, et dans l'esprit de beaucoup il y a en Jésus un mélange des deux.

Il s‘ensuit que Dieu ne peut être découvert et reconnu dans l'Humanité du Christ que par la foi. L'Humanité de Jésus-Christ ne devient Dieu qu'après son passage au Père quand elle est assise à la droite du Père, donc en parfaite égalité avec Lui. Quand Ses contemporains ont vu Jésus-Christ, ils n'ont pas vu Dieu puisque " personne n'a jamais vu Dieu ". Nous ne pouvons avoir aucune expérience directe de Dieu sur la terre dans notre condition actuelle (évangile de Jean 1,18).

Il faut ensuite maximaliser à l'infini l'importance du passage de Jésus dans son Humanité jusqu'au Père par Sa Passion-mort-résurrection- Ascension-session à la droite du Père, l'importance extrême de la façon dont s'accomplit ce passage, et l'importance extrême du sacrement, LE sacrement de la foi, qui actualise sans cesse ce passage pour nous entraîner à en effectuer, en et par Lui, un semblable. Il nous donnera d'être divinisé à notre tour comme l'est maintenant cette Humanité " assise à la droite du Père ", avec cette précision nécessaire que notre divinisation ne peut s'accomplir qu'en devenant membre d'un Corps mystique, celui de l'épouse parfaite du Christ, devenue son égale dans le mariage mystique éternel qui l'unit à Lui.

Il y a une banalisation courante de l'Eucharistie qui n'est pas sans risque. Il est urgent de redonner sa place prépondérante à ce sacrement que nous ne devrions recevoir peut-être qu'en tremblant si l'on était davantage attentif aux paroles de Saint Paul.

L'Eucharistie est le sacrement du Passage du Fils au Père en même temps que le sacrement du passage de l'homme au Père par le Fils, en réalité le sacrement du passage du Fils de Dieu et de l'homme au Père, au Fils et à l'Esprit. Ce passage peut seul conférer à l'homme la vie éternelle de Dieu Lui-même.

En réalité il n'y a que Jésus-Christ qui passe au Père de même qu'il n'y a que Lui qui puisse s'identifier à La Vie. Je ne suis vivant de vie éternelle que parce que le Christ est en moi vivant de la vie éternelle.

L'adoration du Saint Sacrement qu'on ne peut que recommander, présente toutefois le danger d'une sorte d'extériorisation de la réalité corporelle du Seigneur par rapport à l'homme : on adore le Saint Sacrement, on adore Jésus-Christ présent réellement mais extérieurement à moi, comme l'est l'ostensoir qui Le porte. Alors qu'en toute vérité Jésus-Christ passé au Père n'est vivant qu'en l'intériorité de l'homme. Et puis il y a, tout aussi important et inséparable pour la meilleure intelligence de l'un et l'autre mystère, le mystère de la Sainte Trinité.

Les développements de Zundel sont inconnus de l'immense majorité des chrétiens, ce qui pose une question car, si comme Zundel l'a dit, cela change tout, il est impossible de penser que cela doive opérer ce changement radical seulement en quelques-uns.

On n'a pas l'habitude de considérer comment le fait que le Dieu unique soit Trinité, ce qui est totalement inconnu de toutes les religions, modèle et imprègne la création toute entière, depuis l'infiniment petit jusqu'à l'infiniment grand : toute créature, l'homme par excellence, porte en elle la marque de la Trinité, bien plus : cette relation à un Dieu trinitaire doit se trouver en tout ce qui constitue la création. C'est, si l'on peut dire, Dieu tout entier qui le crée une première puis une seconde fois plus admirable encore que la première. La Création ne peut qu'en porter la marque.

La Création est opération du Père, du Fils et de l'Esprit, non pas en concurrence l'un de l'autre, mais en parfaite communion. Si l'homme est esprit, comme Dieu est esprit, si l'Esprit est éternellement en opération de l'engendrement-portement-naissance du Fils par le Père, Il ne peut que vouloir opérer la même opération en tout esprit. L'homme est le " lieu " où le Père veut engendrer le Fils par l'opération de l'Esprit. Et c'est l'incarnation divine du Fils de Dieu qui va rendre possible l'effectuation de cette opération. Et les modalités éternelles de cette éternelle opération Spirituelle devront devenir celles de l'homme lui-même.

C'est ce que va permettre la seconde création où se révèle plus encore que dans la première qui est Ce Dieu Trinité. Le Fils de Dieu fait homme va prendre toutes les habitudes éternelles de la Trinité, tout son mode d'être que Zundel caractérise par la désappropriation de soi. Et c'est dans la mesure où une créature sera devenue esprit, même de façon tout à fait inchoative, qu'elle vivra nécessairement cette désappropriation de soi.

Il n'est pas impossible que, aussitôt que la vie émerge sur la terre, émerge en même temps chez le nouveau vivant quelque chose qui ressemble, d'une façon peut-être tout à fait infime, à la désappropriation de soi, ou du moins y invite. Cette désappropriation de soi éclatera de façon merveilleuse en l'Humanité de Jésus-Christ qui ira jusqu'à donner toute sa vie pour ceux qu'Il aime sans que cela lui apporte en éternité le moindre surcroît de bonheur. Et les choses iront toujours de plus en plus mal sur la terre dans la mesure où les hommes seront et resteront appropriés d'eux-mêmes.

La prière qui oriente l'esprit de l'homme vers Dieu est, en même temps que la vraie charité, un exercice de cette désappropriation de soi.

La vie éternelle est donnée seulement quand l'homme devient membre d'un immense corps, le Corps mystique du Christ en lequel on ne peut devenir soi que dans la plus parfaite désappropriation, chacun ne devenant soi qu'en devenant cet autre innombrable qui constitue le Corps mystique du Christ. Il y a autant de façons de vivre l'insertion en Ce Corps qu'il y a d'hommes sur la terre.
(À suivre)

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