Suite de la conférence donnée aux oblats bénédictins de Ballaison par Maurice Zundel.

Tout cela nous introduit dans un monde absolument nouveau, le monde de la connaissance, de l'amour et de la puissance. Il n'y a pas d'autre puissance que celle de l'Amour et du don.
La Trinité est la source de toute intelligibilité.
Là où la tentation de devenir Dieu change complètement d'orientation Le lavement des pieds opère une transmutation des valeurs...

(Suite du texte) :
" La connaissance et l'amour sont les deux battements de cœur de la vie de l'esprit, la systole et la diastole. Ces deux mouvements, ces deux battements binaires de la vie de l'esprit, radicalement désappropriés en Dieu dans les relations intra-divines, font que la vie divine est toute entière une vie Personnifiée, une vie relative (une vie de relation), une vie donnée, relative (relationnée) au dedans, et une vie donnée est une vie intérieure parce qu'elle n'a pas à emprunter au dehors le pouvoir de se donner. Dieu est spontanément, éternellement, infiniment, un pouvoir de se donner toujours accompli.

C'est bien ce Dieu-là que nous rencontrons à l'intérieur de nous-mêmes et c'est bien ce que nous attendions puisqu'Il nous apparaît comme la générosité infinie qui suscite la nôtre. Nous ne le rencontrons que comme un libérateur, c'est donc qu'il est lui-même entièrement libéré. Il est liberté éternelle précisément parce qu'il ne subit pas son existence : Il la donne.

Tout cela nous introduit dans un monde absolument nouveau, le monde de la connaissance, de l'amour et de la puissance. Et il n'y a d'autre (vraie) puissance que celle de l'amour. Il n'y a d'autre puissance que celle du don. Il n'y a d'autre puissance que celle de cette évacuation éternelle de soi-même où l'on n'adhère plus à soi, parce que le moi que l'on est une pure relation à l'autre.

La vie divine est donc toute animée par cette pluralité relative (relationnelle) qui conditionne l'amour : en Dieu comme en nous, en Dieu exemplairement et éminemment, elle va vers un Autre. Le Père vers le Fils, le Fils vers le Père dans l'embrasement du Saint-Esprit.

C'est donc une absurdité de présenter la Trinité comme un casse-tête chinois qu'il faudrait admettre les yeux fermés, sans comprendre. C'est au contraire la source de toute intelligibilité ! Pourvu qu'on se situe au niveau de la personne, pourvu qu'on vive une vie d'intimité avec Lui, pourvu que l'on comprenne que, précisément, sur le plan de la personne il n'y a d'autre relation possible que des relations de désappropriation.

Comme le dit Bachelard : " Au commencement est la relation". Toute la richesse de l'être vient de la relation. Un atome isolé ne signifie rien ! Il n'y a de phénomène que dans un concert de relations. Il n'y a de musique que dans un concert de relations. Une note isolée ne signifie rien. C'est dans une harmonie de rapports que jaillit la musique.

Dieu est au cœur de cet univers de relations et toute sa Vie est précisément cette respiration d'amour où toute possession est parfaitement inconcevable, toute complaisance en soi et tout retour vers soi totalement exclu en sorte que la tentation de devenir Dieu change complètement d'orientation.

Nietzsche qui s'est placé dans la perspective d'un pharaonisme divin où, selon lui, Dieu est le plus grand à la manière d'un pharaon qui écrase, qui piétine, qui regarde de haut en bas, qui a des sujets, qui s'impose à eux et qui, justement, prend conscience de sa grandeur par toute la distance qui le sépare de ses sujets, Nietzsche a fait un effort qui l'a conduit à la folie pour devenir la source de lui-même en grimpant pardessus sa tête, parce qu'il ne savait pas que la grandeur absolue n'est pas cela : elle est dans la démission infinie.

Notre Seigneur au lavement des pieds, au scandale de ses apôtres qui avaient refusé la croix, et qui refuseront ce lavement des pieds, Notre Seigneur, dans cette révélation brusquée et du dernier moment, accomplit cette transmutation des valeurs parce qu'Il montre que le plus grand est celui qui donne le plus.

L'agenouillement du Christ n'est pas une humiliation mais l'expression d'un don infini. La grandeur n'est pas de dominer, la grandeur n'est pas d'exercer un pouvoir, la grandeur n'est pas d'avoir des sujets, la grandeur n'est pas d'être plus que... La grandeur c'est de se donner, de donner. Et Celui qui se donne totalement, Celui qui se donne infiniment, éternellement, c'est Dieu ! "
(À suivre)

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir