Suite de la conférence donnée à Ballaison par Maurice Zundel. Vous trouverez la première partie de cette conférence dans le fichier d'archives du mois de novembre 2005.

Toute la difficulté de l'Ancien Testament, de l'Islam et du judaïsme est là... La Divinité n'a de prise sur elle-même qu'en se communiquant. Il faut que nous sentions tout ce que nous apporte la virginité de Dieu.
" La révélation trinitaire est la lumière centrale de la foi chrétienne... "

(Suite du texte) :
"...Une petite fille de 9 ans, une petite égyptienne spontanément pieuse parce que vivant dans une famille traditionnellement chrétienne et ayant une mère très "religieuse", une petite fille qui, suivant son catéchisme assidûment, avait entendu exposer les attributs de Dieu à l'échelle de son âge : "Dieu peut tout, rien ne lui résiste, il fait tout ce qu'il veut, il est parfaitement heureux ! Rien ne peut troubler son bonheur, nous sommes dans sa main, nous en dépendons rigoureusement ! Lui, Il ne dépend de personne ! Nous, nous devons lui rendre nos hommages parce qu'il est ce qu'il est, et il nous donne ses grâces mais seulement à condition que nous lui rendions nos hommages ! "

Cette petite fille se disait : "Mais comment est-ce que le Bon Dieu est Dieu ? Comment est-ce qu'il est devenu Dieu ? Mais II ne l'est pas devenu ! Il n'a jamais commencé ! Il est éternel ! Il est toujours dans les mêmes conditions : il en a de la chance ! Il n'a rien fait pour ça, et tout lui est tombé comme ça, tout seul, tout fait, dans sa main ! Il n'a qu'à cueillir la joie sans se donner aucune peine et sans aucun mérite de sa part !" Et elle concluait : "Ce n'est pas juste ! Ce n'est pas juste que ce soit toujours le même ! Ca devrait être chacun son tour I" Et cette petite fille de 9 ans attendait son tour d'être Dieu !

C'est extraordinaire qu'une enfant de 9 ans ait pu pousser à bout ce raisonnement, c'est celui de Nietzsche qui disait : " Si il y avait des dieux, comment supporterais-je de n'être pas dieu ? Pourquoi Lui plutôt que moi ? S'il est cette richesse accumulée éternellement et qui se suffit à elle-même, pourquoi Lui plutôt que moi ? "

Toute la difficulté de l'Ancien Testament est là, comme celle de l'Islam, comme celle du judaïsme. C'est que leur monothéisme est unitaire et non trinitaire. Un monothéisme unitaire est invivable et impensable parce que nous nous heurtons toujours à ce problème du Souverain Bien. Dieu est le souverain Bien : qu'est-ce que ça veut dire ? Il est le souverain Bien parce qu'il est la Cause première ? Parce qu'il n'est conditionné par rien ? Parce qu'il trouve en lui tout ce qu'il faut pour exister ? Parce qu'il n'emprunte à personne ? Bon !

Et puis : quel rapport cela a-t-il avec la générosité d'un Gandhi ? Avec la générosité d'un homme gui s'est dépouillé ? Avec la générosité d'un homme qui n'est plus qu'amour, qui ne demande rien pour soi, qui n'est préoccupé que du bien des autres ? Quel Rapport ? Aucun.

Dieu se suffit à lui-même ? Il est donc narcisse ? Finalement devant cette perspective Dieu est un narcisse infini I Puisqu'il est seul de son espèce, qu'il ne dépend de personne, qu'il n'a besoin de personne, qu'il se suffit à lui-même, qu'il ne connaît rien qu'à travers sa propre pensée, qu'il n'aime rien qu'à travers l'amour de soi, il est le narcissisme infini ! Dieu n'aurait alors aucun rapport avec ce que nous entendons par le Bien, aucun rapport avec ce que nous admirons et qui nous émerveille dans la grandeur humaine, avec cette générosité du don de soi. Il en est parfaitement incapable. Nos seuls rapports avec lui ne peuvent être que des rapports de soumission. Et le bien par rapport à Lui ne pourrait être qu'un conformisme par rapport aux lois qu'il a arbitrairement établies et qu'il pourrait changer comme, dans l'Ancien Testament, il les a de fait changées... Dieu a établi un ordre arbitraire et le Bien par rapport à lui, c'est la soumission que l'on doit à une autorité capable d prendre des sanctions et de nous écraser par sa puissance. Ca n'a aucun rapport avec la vie des vertus, aucun rapport avec ce que nous admirons dans l'accomplissement du bien humain.

La vertu de l'homme nous apparaîtrait alors infiniment plus attirante que cette espèce d'absolutisme enfermé en soi et qui se savoure lui-même éternellement. Le monothéisme unitaire est impensable, il n'est pas un progrès... Ce monothéisme unitaire peut grandir avec la constitution de monarchies absolues qui totalisent le pouvoir en s'appuyant sur sa projection finalement dans un monde imaginaire.

Le monothéisme chrétien est d'une toute autre essence, c'est un monothéisme trinitaire. Cela change absolument tout parce que le monothéisme trinitaire, immédiatement, se situe sur un plan de charité." La dilection d'amour ne peut être charité que si elle tend vers un autre." nous dit le Pape saint Grégoire. Et c'est cela justement que la Trinité nous propose immédiatement : il y a en Dieu l'Autre. Dieu est Dieu parce qu'Il a l'Autre en Lui. Cela veut dire que la Divinité n'a de prise sur son être qu'en le communiquant, que Dieu ne peut s'atteindre et toucher qu'en se désappropriant de soi, que Dieu n'est finalement Dieu qu'en se désappropriant de soi. Que Dieu ne peut pas Se posséder. Que Dieu est l'anti-possession. Que Dieu est l'éternelle désappropriation. Que Dieu est l'anti-narcissisme à l'échelle infinie. "
Il faut, il faut que nous sentions tout ce que nous apporte cette virginité de Dieu. "
(À suivre)

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