Conférence - Cénacle de Genève - 1966 (Suite, partie 4)

Cet " à venir " toujours présent constitue le point de jonction entre tous les hommes de tous les temps. Le passé de tous les hommes, c'est la préfabrication. L'avenir, c'est la création en laquelle jaillit la personne comme une offrande à la Présence.

(Suite des précédentes pages)

" Il ne faut pas perdre de vue que cette affirmation " nos origines humaines sont devant nous " dont j'ai dit qu'elle vaut pour tous les hommes qui habiteront jamais cette planète ou une autre, il ne faut pas perdre de vue que cela vaut tout autant des hommes du passé. Les hommes du passé, quand ils ont commencé à surgir, n'étaient pas des hommes du passé, ils avaient comme nous une vie passée qui était elle-même robotique, qui était elle-même toute entière préfabriquée ! Mais, comme nous, ils avaient la possibilité de se faire un avenir, d'inventer un univers qu'ils ne tiendraient que d'eux-mêmes.

Il va de soi que nous n'allons pas jeter Platon à la poubelle, ou Homère, ou Sénèque, ou Aristote, ou tous les grands philosophes qui les ont suivis, et aussi tous les grands médecins, tous les inventeurs, tous les architectes et tous les peintres et tous les musiciens du passé ! Ils ne sont d'ailleurs pas des hommes du passé puisque les chefs d'œuvre sont immortels. Nous concevons que, pour eux, exactement comme pour nous, exactement comme pour l'homme qui sera demain, pour eux comme pour nous, le passé, c'était la préfabrication, et l'avenir, c'était la création qui jaillissait de leur personne, ou plutôt en laquelle jaillissait leur personne comme une offrande à la Présence !

Cette création, cette offrande, ces chefs d'œuvre nous relient à eux puisque, quand nous les écoutons ou les contemplons, ou quand nous lisons leurs œuvres et qu'elles fécondent notre esprit, nous retrouvons à travers une histoire qui n'est jamais du passé le même centre toujours vivant, le même centre éternel qui est le lien entre toutes les générations et qui les rend toutes contemporaines dans cet univers d'amour qui ne peut jaillir que du don de nous-mêmes.

Saint François n'est pas un homme du passé et, bien entendu, pour lui comme pour nous, tout était, tout est, dans l'avenir, dans cet " à venir " intérieur, dans cet " à venir " qui ne se situe pas dans le déroulement du temps cosmique, dans cet " à venir " qui est l'éternité s'ouvrant et s'enracinant en nous, dans cet " à venir " inépuisable et éternel, dans cet " à venir " toujours présent qui est au fond notre seul présent authentique.

C'est cela qui, pour tous les hommes de tous les temps, constitue le point de jonction où ils forment vraiment un seul corps, une seule vie, une seule personne dans la respiration de la même " Présence adorable et infinie. "

(Maurice Zundel au Cénacle de Genève en 1966.)

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