Conférence - Cénacle de Genève - 1966 (Suite, partie 3)

A Genève en 1966. (Suite des pages précédentes)

Nous avons à construire un univers d'amour et de générosité que nous tiendrons tout entier de nous-même. Il n'y a de connaissance authentique que celle qui se transforme en dialogue, celle où l'on découvre une Présence.

" Il est absolument exclu que nous cherchions un concordisme (entre la science et la révélation chrétienne), que nous cherchions une espèce de compromis entre les affirmations dites spirituelles et les affirmations scientifiques.

La science tout naturellement se limite, au titre de méthode, aux explications les plus simples, les plus obvies, celles auxquelles on ne peut pas échapper, celles qui sont incontestables ! Puisque l'immense majorité des hommes sont des robots, ils peuvent vérifier immédiatement en eux les notions des laboratoires puisqu'il n'y a pas alors en eux autre chose que la physico-chimie.

Quand le savant dépasse, et il la dépasse très souvent bien entendu, quand il dépasse la situation de robot, alors il commence à se poser des questions, il met en doute qu'il ne soit qu'un robot, il cherche une issue et il s'achemine, comme tant de savants le font, vers cet univers qui n'est pas encore, et qui ne sera jamais d'ailleurs autre chose qu'une création que chacun aura à faire en soi.

Chacun aura à la faire en se communiquant bien entendu aux autres mais pas pour les entraîner dans une discipline collective qui recomposerait un nouveau robot à l'échelle infinie, mais il aura à la faire pour opérer une contagion de lumière et d'amour qui aide chacun à devenir le créateur de cet univers tout neuf, de cet univers humain qui est aussi le seul univers divin concevable, j'entends par là cet univers tel qu'il puisse devenir une expérience authentique et incontestable dans la mesure d'ailleurs où l'on s'engage soi-même, faute de quoi naturellement on retombe dans le robot, et alors toute la dimension humaine s'écroule avec notre retour à la machine.

Notre univers humain est devant nous, nos origines humaines sont devant nous, le Dieu authentique est devant nous.

Ce sera toujours le cas quelles que soient les transformations techniques que connaîtra l'humanité de demain ou d'après-demain, ou les autres humanités qui se trouvent peut-être dans d'autres planètes, quelle que soit d'ailleurs leur évolution ! Et il est impossible qu'un être intelligent échappe à cette nécessité, je veux dire à cette exigence de s'inventer elle-même, je parle d'une créature intelligente : c'est impossible, car c'est la seule chance pour elle d'échapper au robot, d'échapper à l'être préfabriqué qu'elle est.

Nous avons donc à construire un univers que nous tenions tout entier de nous-mêmes, qui ne peut être qu'un univers d'amour, de générosité, dans ce dialogue inépuisable avec la Présence qui constitue le centre unique de toute conscience, de toute vie, de tout amour, de toute immortalité comme aussi de toute connaissance.

Car toute connaissance authentique est une naissance puisqu'il n'y a de connaissance non robotique, non automatique, que la connaissance qui se transforme en dialogue où, au-delà des automatismes mécaniques, on découvre tout d'un coup une Présence, et où les automatismes mécaniques apparaissent en effet comme des bruits de fond, comme des rythmes stéréotypés qui ne prennent un sens que s'ils sont ordonnés par une Présence, par un Amour, par une musique intérieure qui, tout d'un coup, les fait entrer dans l'orchestre et fait de tout l'univers une symphonie de lumière et d'amour. "

(Suite de la conférence donnée au Cénacle de Genève en 1966)

(À suivre)

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