Conférence - Cénacle de Genève - 1966 (Suite, partie 2)

Suite de la conférence donnée au Cénacle de Genève en 1966.

Sans cette rencontre rien n'est possible.

Nous avons tous un même centre intérieur qui constitue notre secret le plus personnel... et notre communication la plus universelle.

Cette expérience, en effet, où l'homme s'invente lui-même et invente un autre univers que l'univers-robot, un univers de dialogue, un univers d'émerveillement, un univers d'amour, un univers de générosité, un univers illimité, un univers de valeur, un univers de dignité, tout cela est devant nous, tellement devant nous, tout cela résulte tellement de notre propre création de nous-même par nous-même que, dès que nous renonçons à la porter, dès que nous renonçons à dépasser le robot, nous retombons immédiatement dans le robot : si nous ne naissons pas continuellement à ce monde nouveau où nous nous inventons nous-même, nous sommes inévitablement la proie de nos défaillances émotionnelles et de notre univers passionnel, c'est-à-dire, encore une fois et au carré, d'un univers-robot.

Mais comment créer cet univers, comment émerger, comment surgir, comment quitter le robot, comment nous inventer, comment échapper au robot collectif d'une société de fer où le lavage de cerveau identifie absolument toutes les notions et toutes les actions, ou comment échapper à notre peau, à une anarchie qui livre chacun à ses instincts et fait de l'humanité une jungle ?

Il n'y a qu'une issue possible, c'est celle précisément que nous expérimentons en rencontrant, en nous et dans les autres, un univers de valeur qui nous appelle, qui nous sollicite, qui nous rassemble tous dans un point central, le même où, à la fois, nous entrons en contact avec nous-même, un nous-même tout neuf, un nous-même que nous ne connaissions pas, un nous -mêmes qui est intérieur aux autres parce que nous coïncidons avec les autres, ET tous ensemble, coïncidant les uns avec les autres, intérieurs les uns aux autres, nous coïncidons avec un "x", avec une Présence toujours reconnue, toujours inconnue, toujours la même, toujours plus profondément reconnue dans la mesure où nous continuons notre effort de nous soustraire au robot et d'ajouter au monde préfabriqué une dimension humaine, une dimension de liberté, une dimension qui tient tout de nous, une dimension qui fait surgir en nous une vie inépuisable.

Sans cette rencontre, rien n'est possible ! Et si, de fait, nous émergeons de l'univers-robot en étant pour un moment soustraits à nos défaillances émotionnelles, en étant soustraits à notre univers passionnel qui est un univers-robot, nous n'émergeons que dans la rencontre avec cette Présence qui nous met à genoux, qui nous plonge dans l'émerveillement, qui nous fait ouvrir nos mains et notre cœur à l'égard d'êtres qui nous étaient inconnus jusque là, à l'égard d'hommes ou de femmes dont nous n'avions jamais aperçu le visage et dont la détresse, dont l'infortune, dont la misère, dont le désespoir, ou dont la beauté au contraire et la gratuité nous plongent au centre et nous rendent immédiatement sensibles notre communauté avec eux, notre identité avec eux, à travers justement une même valeur, une même Présence, une même musique, un même silence, une même joie, un même amour.

Alors là, bien entendu, je ne dis pas que Dieu se situe d'une manière évidente comme la respiration même de cet univers humain, je dis davantage : je dis que cet univers humain gravite autour de Lui, qu'il est impossible sans Lui et qu'en fait notre univers humain ne surgit que sous la forme d'un dialogue avec cette Beauté dont Augustin disait qu'elle est toujours ancienne et toujours nouvelle, qu'elle est au-dedans tandis que nous sommes dehors, qu'elle est toujours avec nous tandis que, si souvent, nous ne sommes pas avec elle. Il y a donc une formidable réalité de Dieu...

(À suivre)

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