Cénacle de Paris -.janvier 1973 ; Saint Germain en Laye - octobre 1974

Par Maurice Zundel. Etre origine, c'est là notre vocation.

Si je crois en Dieu, c'est parce que je crois en l'homme.

« Je dirai paradoxalement : si je crois en Dieu, c'est parce que je crois en l'homme, ... Je crois en l'homme, cela veut dire que l'expérience de 1'inviolabilité humaine me parait l'évidence première ! Et on a le sens de l'homme lorsqu'on découvre à travers le visage humain ce pouvoir d'initiative, cette possibilité de choix, enfin cette dignité de créateur, c'est à ce moment-là qu'on se trouve devant 1'homme... ou bien il n'y a pas d'homme. L'homme émerge, il émerge de la bête, il émerge des déterminismes cosmiques précisément au moment où il perçoit en lui cette qualité de source, cette vocation d'être l'origine de l'humain.

Il est clair que l'affirmation de mon inviolabilité, de ma dignité, de ma vocation de créateur, enfin de ma liberté, comme le souverain bien, n'a aucun sens s'il n'y a pas au fond de 1?homme une valeur infinie qu'il a à dégager au fond de lui-même et à devenir d'une certaine manière, jusqu'à ce qu'il soit lui-même un bien commun et universel reconnu comme tel par tous les autres parce que c'est leur propre bien, et comme étant leur propre bien. Etre origine, oui, c'est là notre vocation, mais cela ne peut s'actualiser et traduire, et devenir un fait d'histoire humaine, que dans la mesure où s'élabore en nous cette valeur infinie qui est et équivaudra à une nouvelle naissance.

Nous attendons des autres qu'ils soient un moi origine et nous rencontrons le plus souvent en eux un moi préfabriqué et passionnel, fait de bric et de morceaux, un moi qui n'est aucunement unifié et qui plonge dans 1'inconscient, un moi qui est une prison où ils s'asphyxient en asphyxiant le milieu dans lequel ils sévissent ! Alors que notre désir est de trouver en eux un moi originel, un moi qui soit vraiment 1'origine de soi et où tout soit transparent, un moi où il n'y ait aucune frontière ni partialité, un moi qui soit une présence, c'est-à-dire un présent, c'est à dire un don qui éclaire la vie.

Et c'est là justement que Dieu, le vrai Dieu, va apparaître comme la valeur infinie autour de laquelle ou en laquelle ma vie gravite en faisant jaillir tout mon être dans un ELAN d'amour, en m'appelant à cette désappropriation qui crée la transparence de la vie, et en offrant aux autres, dans la mesure de ma fidélité un bien commun et universel, leur bien.

...Lorsqu'on s'engage dans 1'expérience de l'homme origine, lorsqu'on veut de toutes les forces de son être atteindre à ce moi originel et bien commun, qui est le centre du monde, mais qui est un centre par humilité et désappropriation de soi, alors on comprend que cette volonté d'autonomie, cette revendication de liberté, cette certitude de ne pouvoir être homme qu'en étant le créateur de soi, on comprend que tout cela ne s'oppose pas, bien au contraire, à la rencontre avec « la musique silencieuse qui se murmure au fond de nos cœurs »... On comprend que l'homme, en allant jusqu'au bout de sa vocation d'homme atteigne alors, et c'est là le cœur même de 1'expérience, à cette présence qui est le sacré au cœur de l'expérience, à cette présence qui est le sacré au cœur de notre vie, à cette présence qui nous rend présents, qui rompt nos amarres avec 1'inconscient et toutes les préfabrications, et qui peut donner à notre vie la transparence de l'ostensoir qui laisse passer ce visage adorable après lequel toute la terre soupire. »

(Maurice Zundel au Cénacle de PARIS en janvier 1973)

« La conscience la plus humble a la même valeur et la même importance universelle, elle est un centre et un foyer pour tout l'Univers... Si on prend l'homme dans sa nature humaine, l'homme esprit, l'esprit est partout ! Et il est un centre pour tout l'Univers, où que cet esprit se situe dans son enveloppe visible s'il en a une, parce que l'esprit est universel et n'atteint à lui-même que par une ouverture qui embrasse toute la création. »

(Maurice Zundel à Saint Germain en Laye en octobre 1974)

...Ces paroles, très denses, ne peuvent pas prendre tout leur sens lorsqu'on les lit une seule fois. Zundel est à la fin de sa vie, c'est presque un testament.

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