Le Caire - 29 mars 1961

Par Maurice Zundel. Dieu est la clé d'un monde qui n'existe pas encore.

Le vrai visage de Dieu.

"Sous le nom de Dieu la plupart du temps nous mettons nos ignorances, nos limites et nos partialités. Jésus, Lui, nous ramène à l'homme pour nous délivrer de toutes les idoles que nous entretenons en nous sans le savoir ni le vouloir.

Pourquoi tant d'esprits aujourd'hui éprouvent-ils une véritable difficulté à la reconnaissance d'un Dieu ?

Parce que nous avons fait de Dieu le plus souvent, et l'humanité l'a toujours fait, une explication du monde tel qu'il est, en supposant que ce monde-là a été voulu, tel qu'il est, par Dieu, et conduit par Lui, de sorte qu'il en porte la responsabilité.

Jésus justement veut nous conduire à la rencontre d'un Dieu, clé d'un monde qui n'est pas encore.

Si Dieu est l'explication d'un monde de larmes et de sang, d'un monde de tortures et d'injustice, alors II participe nécessairement à toutes ces horreurs et injustices.

Le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ est le contraire de cela, II est le cri de l'innocence infinie d'un Dieu qui souffre du mal et en est la première victime, d'un Dieu qui nous appelle à créer un autre monde que celui-ci, un monde qui n'est pas encore, un monde dont la dimension sera humaine ou du moins serait humaine si nous accomplissions notre vocation, un monde où l'esprit pourrait s'affirmer, un monde dont l'amour serait la loi et où la dignité de chacun serait réellement inviolable.

C'est en des moments très rares, et d'autant plus précieux, en des "heures étoilées" où la communication se fait soudain par l'intérieur, où les âmes circulent l'une dans l'autre, c'est en ces heures étoilées qu'apparaît ce monde presque inconnu, ce monde lointainement pressenti, ce monde dont nous avons la nostalgie, ce monde auquel doit nous introduire la nouvelle naissance, ce monde qui n'est pas encore, ce monde que nous n'avons fait qu'entrevoir par éclair fugitif.

C'est dans ce monde-là que se situe le Vrai Dieu, II en est la source et le sens, II en est l'espace et la porte, et la clé.

Tant qu'on demeure dans le monde des larmes et du sang, de la violence et du crime, de l'injustice et de la compétition, on n'a pas encore atteint à la création véritable et on ne peut pas y découvrir le vrai visage de Dieu.

On ne peut le découvrir que si on y voit le Visage Crucifié, le visage douloureux et ensanglanté du Christ, le visage de la victime puisque c'est tout ce que Dieu peut être dans ce monde caricatural indigne de Lui comme indigne de nous."

(M. Zundel, Le Caire, 29 mars 1961)

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