Homélie pour le 19ème dimanche. (Matthieu 14, 22-33)

" C'est un fantôme ! Et ils poussèrent des cris. "

" Ils étaient au comble de la stupeur car ils n'avaient pas compris au sujet des pains, ou plutôt leur cœur s'était endurci. " (Marc 6, 52)

Jésus-Christ est un fantôme, pas seulement pour les apôtres dans la barque aux prises avec la tempête, mais pour la plupart de nos contemporains. Il est au-dessus de la tempête, la surnageant en quelque sorte ! Mieux encore puisqu'il n'a pas besoin de surnager, il marche dessus ! ET il invite Pierre à venir l'y rejoindre, mais vite Pierre s'enfonce et va périr si Jésus ne lui tend la main.

" Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? "

Ah ! Si Dieu se manifestait davantage et plus clairement, qui pourrait encore douter ? Réponse : c'est tout simplement parce qu'Il ne peut pas se manifester autrement. - Mais enfin, Il est tout-puissant ? Tout Puissant, oui ! Mais Tout- Puissant selon ce qu'Il est, selon l'Amour qu'Il est. Et un Amour qui s'imposerait ne serait plus Amour.

La question est grave : la foi nous fait-elle seulement rêver à des chimères, à des fantômes ? Et c'est au milieu de la tempête et des cris que la foi est demandée à Pierre. Au milieu du danger. Au milieu de la tempête. Jésus, pris pour un fantôme, leur dit : " Courage, n'ayez pas peur, c'est moi ! " Ils poussent des cris devant le fantôme parce qu'ils se voient périr dans la tempête...

On s'est demandé ce que pouvait bien dire cette tempête apaisée et Pierre s'enfonçant dans la mer. Bien sûr il y a la réponse traditionnelle : c'est quand tout le monde est dans la barque que la tempête s'apaise parce que Jésus y est monté et ne " surnage " plus les eaux. Il est au-dessus pendant la tempête, et, quand Il est dans la barque, tout s'apaise ! La barque, c'est l'Eglise : tout se calme quand on est avec Jésus dans la barque. Il faut sans doute aller plus loin.

Les hommes d'aujourd'hui, comme les Apôtres dans la tempête, ne crient, pour la plupart d'entre eux, que lorsqu'ils sont en péril de mort. Quand ça va bien, on n'a pas besoin de Jésus. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que l'évangile de Marc (6,52) met cet épisode en rapport avec l'incompréhension des Apôtres lors de la multiplication des pains, et il se reprend en disant " Ou plutôt leur cœur s'était endurci. "

Le monde n'a pas beaucoup changé ! Les miracles de Jésus, si tant est qu'on s'y intéresse encore, peuvent n'avoir pour effet que l'endurcissement du cœur. Les miracles de Jésus et tout ce que nous enseigne la foi en Lui ! Finalement c'est fantomatique, c'est irréel ! C'est du rêve !

Il n'y a pas 36 façons de s'en sortir, il n'y a que la façon dont les Apôtres s'en sont sortis ! Quand Jésus ressuscité leur apparaîtra, leur frayeur sera aussi grande, ils Le prendront non plus pour un fantôme mais pour un " esprit " (Luc 24,37). Alors le ressuscité va s'expliquer, insistant d'abord sur la réalité de sa résurrection et de sa présence au milieu d'eux qui venaient de discuter ensemble : contrairement aux apparences, ce n'est plus du tout du rêve, c'est la présence de Jésus mais d'un Jésus portant et montrant les marques de Sa mort. Et Il va jusqu'à manger, non pas avec eux, mais devant eux. Non pas du pain, mais des poissons.

Ce n'est pas un hasard, un détail insignifiant, si l'évangile souligne après le récit de la tempête apaisée qu'ils n'avaient pas compris au sujet des pains, leur cœur s'étant endurci. Après la multiplication des pains, et le discours qui a suivi, beaucoup L'ont abandonné, leur cœur s'étant alors durci. Il faudrait prêter attention à ce durcissement du cœur qui advient parce qu'on n'a pas compris, après la multiplication des pains, le signe qui était donné. Le Corps du Seigneur doit devenir notre nourriture. La substance même du Corps du Ressuscité doit devenir la substance de notre corps si l'on veut vire éternellement, car il n'y a que Jésus qui soit capable de vie éternelle.

Il faudra la Pentecôte pour que Jésus soit vraiment dans la barque du salut de la vie qu'est l'Eglise. Mais même là, pour commencer à comprendre toutes choses, il faudra la brise légère de l'Horeb soufflant dans notre cœur. Il nous est bon de relire la première lecture de ce 19ème dimanche. Et même les paroles de Zundel proposées ici ce même jour.

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