St Germain en Laye - 1973

Nietzsche, le grand génie de la négation de Dieu.

Zundel a dit :

« L'homme fait l'expérience de sa dépendance, mais il fait aussi l'expérience de son autonomie... Ma dépendance, je l'oublie facilement, il faut un accident pour me la révéler : vous vous mettez à table sans scrupule et joyeusement, sans penser que vous êtes tout simplement des animaux en train de refaire leurs cellules ! On oublie complètement, par la culture et la civilisation, cet aspect physiologique de la dépendance ! Le régime de la dépendance est donc beaucoup moins sensible, si on ne manque pas du nécessaire, que le régime et la conscience de l'autonomie.

L'exemple majeur ici, c'est Nietzsche, "l'archange de la négation" : c'est le grand génie de la négation parce qu'il a senti avec une puissance incomparable l'autonomie de l'esprit, d'où cette phrase fondamentale : "S'il y avait des dieux, comment supporterais-je de n'être pas dieu ?"

Pourquoi Lui, est-Il Dieu plutôt que moi ? Quel est ce sadisme qui fait que ma vie dépend d'un autre ? Comment un autre a-t-il un droit de regard sur ma conscience ? C'est indécent, monstrueux, c'est sadique ! Il me vole ma conscience, il nie mon humanité s'il existe !

Pour que je sois homme, pour que je puisse aspirer au surhomme dans un dépassement inépuisable et infini, pour que ma vie soit une perpétuelle création, une perpétuelle invention dans un perpétuel dépassement, il faut que je sois seul le dieu de ma vie 1 S'il y a un Dieu, II a tout fait et me vole ma création, il viole mon autonomie puisqu'Il a droit de regard sur elle, je ne suis plus autonome et cesse donc d'être esprit puisqu'on me vole mon humanité !

Sous cet aspect on ne peut évidemment pas sympathiser avec Dieu ! Et c'est là l'expérience qui me parait la plus proche de celle que je suis capable de vivre, celle de l'autonomie de l'esprit. Oui, je comprends que, si l'homme se sent inviolable, à condition que ce soit pour lui-même comme pour autrui, s'il sent qu'il porte en lui une valeur qui le rend inviolable, je comprends qu'en face d'un Dieu conçu comme EXTERIEUR à lui, il dise : Non ! Non ! Car cette affirmation de dieu est la négation même de l'homme.

...Je ne connais rien de plus roboratif que cette attitude de Nietzsche quant à l'objection fondamentale de la dépendance.»

(St Germain en Laye 1973)

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