Le Caire - 1965

Le destin de l'homme livré à sa seule biologie

apparaît infiniment tragique

Maurice Zundel a dit au Caire en 1965 :

"II y a un vertige, une folie, un envoûtement, il y a un mode de sensibilité où l'être croit avoir vraiment découvert le secret de son bonheur et c'est là qu'on prend conscience que l'homme peut n'être qu'un objet !

L'homme peut n'être rivé à l'existence que par sa biologie, par ses glandes et ses saillies animales ! Et le destin de l'homme apparaît toujours infiniment tragique quand il semble seulement lié à cette biologie.

On est né sans l'avoir voulu ! Et on mourra sans le vouloir i On subit la vie à l'entrée et, à la sortie, on subit la mort ! Quelle chose affreuse ! C'est monstrueux que l'homme puisse prévoir qu'il va mourir quand on est attaché à son existence par sa biologie, porté par des forces aveugles dans l'Univers, porté par des forces dont on ne peut aucunement disposer !

Quel désespoir cela entraîne et quelle révolte cela suscite que de devoir se dire : " Je mourrai quoi qu'il arrive, je mourrai malgré moi, la vie m'est arrachée ! Je l'ai reçue sans l'avoir demandée, je m'y suis habitué et attaché, et voilà que maintenant elle va m'être enlevée brutalement sans que je puisse m'opposer à cette puissance mauvaise acharnée à me détruire ! "

Et dans l'entre-deux, entre la naissance qu'on ne choisit pas et la mort dont on a horreur, il y a au travail tout cet inconscient, toute cette vie souterraine et animale qui nous pétrit et nous incline dans le sens de passions imprévisibles, et ces passions peuvent à tout moment nous emporter au-delà de ce que nous croyions être et nous engager dans des aventures absurdes et meurtrières.

C'est ce dont prend conscience la mère dans l'angoisse et le déchirement qu'elle ressent lorsque son enfant se perd, c'est ce que nous éprouvons devant des couples en train de se disloquer, devant ces amours qui s'introduisent furtivement et finiront par rompre tous les liens, effacer le sens de toutes les responsabilités, et exposer leurs enfants à 1'écartelement entre des parents séparés qui se disputent leur tendresse.

Nous le comprenons tous : il y a un lien animal avec la vie, un lien qui ne suffit pas, incapable qu'il est de défendre l'homme dans l'homme, un lien avec la vie biologique qui ne peut protéger l'être ni dans ses entreprises, ni dans son foyer, ni dans ses tendresses, ni dans son amour paternel ou maternel. »

En note :

En quelque situation qu'on ait été ou qu'on soit encore, l'amour de Dieu, l'amour de Jésus-Christ, peut, comme en un instant, assainir toute situation humaine, même celle qui apparaît périlleuse et sans issue possible. Et cet assainissement peut commencer à être effectif même si c'est une autre personne que la victime qui le désire, ne serait-ce que dans sa prière.

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