Juillet 2005

Zundel a dit :

« Pourquoi continuer à abîmer la vie ? Pourquoi faire le jeu de la mort ? Pourquoi nous livrer à cette athérosclérose de l'esprit et du cœur qui fait de tant d'êtres des vieillards précoces ? Pourquoi ne pas aller vers le Dieu de l'éternelle jeunesse et de l'éternelle beauté ? Pourquoi ne pas donner à notre existence toutes ses dimensions puisque l'Evangile nous en découvre l'immensité et que Dieu nous attend au cœur de notre intimité, puisque c'est la gloire de Dieu que notre vie soit immense, puisqu'enfin Jésus est venu pour que la vie soit en nous, débordante !

Nous avons à vaincre la mort, nous avons à la vaincre aujourd'hui ! Le Ciel n'est pas là-bas, il est ici ! L'au-delà n'est pas derrière les nuages, il est dedans ! L'au-delà est dedans, comme le Ciel est ici maintenant car c'est aujourd'hui que la vie doit s'éterniser : aujourd'hui nous sommes appelés à vaincre la mort, aujourd'hui nous avons à devenir source et origine, et à recueillir toute l'Histoire pour qu'elle fasse à travers nous un nouveau départ, aujourd'hui nous avons à donner à toute réalité une dimension humaine pour que le monde soit habitable, digne de nous et de Dieu. »

Note : l'athérosclérose est une maladie des artères.

« Prenez et mangez-en tous ..." Reprise et développement.

L'importance des dispositions.

 

L'Eucharistie n'est pas instituée par le Seigneur d'abord pour qu'Il y soit adoré mais bien pour qu'Il soit mangé ! Il ne s'agit pourtant pas ici de voir dans le culte du Saint Sacrement une dérive de sens de l'Eucharistie, mais de tenter de bien faire saisir comment ce culte doit toujours être relationné à sa manducation, elle est nécessaire pour tous : on adore le Saint Sacrement pour en accroître la faim, le désir, et le goût, pour faire grandir en nous une vie d'offrande.

 

On doit apprécier à leur juste importance les dispositions nécessaires pour que l'homme reçoive ce sacrement avec fruit. On peut dire que si l'homme n'a aucune vie intérieure véritable, il ne devrait pas recevoir Ce Pain de Vie... Saint Paul est très clair, il demande que chacun s'éprouve soi-même avant de Le recevoir... On n'a peut-être pas assez mis en lumière ce discernement, nécessaire, et faute duquel « on mange sa condamnation », ces termes paraissent très durs, ils veulent simplement dire que le manque de ce discernement peut mettre l'homme dans l'impossibilité d'être sauvé, et qu'on ne peut l'être que par l'Eucharistie, ce sacrement qui donne la vie éternelle. Sans sa réception, sans sa manducation, le baptême en implique toujours le désir, il n'y a pas d'espérance de salut. Mais tout homme en est capable, même s'il ne connaît pas Jésus-Christ.

 

On peut se demander quelles étaient les dispositions des Apôtres lorsqu'ils ont reçu de la main même du Seigneur leur première communion. Elles n'étaient certainement pas parfaites ! Cela nous rassure ! Puisque, juste après, Pierre va le renier, Judas le trahir, et les autres apôtres s'enfuir. Ils étaient alors apparemment incapables de ce discernement demandé par Paul, mais ils se sont laissés « communier » par le Seigneur. Leur première communion était d'un genre tout à fait unique puisque le sacrifice dont elle est le sacrement n'avait pas encore été offert.

 

Les Apôtres, du moins semble-t-il, n'ont pas renouvelé la consécration du pain et du vin lorsqu'ils se sont réunis au Cénacle avant la descente de l'Esprit, mais Marie était là, avec d'autres femmes et amis du Seigneur, ils se préparaient à la Pentecôte « officielle », ils avaient besoin d'elle... C'est ensuite qu'ils auront besoin de l'Eucharistie que saint Irénée définit comme « le pain qui donne l'Esprit »

 

La Vierge Marie n'a vraisemblablement jamais reçu la communion ! Cet Esprit lui a été donné dès son Immaculée Conception et n'a jamais cessé d' « opérer » en elle. Elle n'est pas incluse dans le « mangez-en tous » parce qu'elle a toujours été en communion permanente avec le Seigneur dont elle a porté le Corps, et parce que sa maternité universelle lui donne de transmettre à tous tout ce qui est donné dans la manducation du Seigneur. Elle est la première médiatrice de toute grâce comme de toute prière, comme nous sommes tous appelés à le devenir. On le développera plus tard.

 

Aucune autre nourriture ne peut être prise par l'homme avec autant de précautions. Il s'agit de nourrir l'intériorité de l'homme, c'en est la nourriture propre et, s'il n'y a pas d'intériorité en l'homme qui la reçoit, la communion ne peut avoir de sens ni d'effet.

 

La manducation du Corps du Christ est nécessaire à l‘homme, il ne peut pas devenir véritablement et authentiquement homme sans cette manducation reçue dans les meilleures conditions. Il s'y agit du suprême essentiel ! Jésus l'a dit : « Celui qui mange de ce pain, vivra éternellement. » Aucune résurrection n'est pensable et possible sans la manducation de ce pain, (dont nous continuerons de nous nourrir éternellement au paradis,) sans du moins son désir dont tout homme est capable même s'il n'a pas pu connaître Jésus-Christ C'est une question de vie .. ou de mort parce que, sans cette assimilation du Corps du Seigneur en état d'offrande parfaite, il n'y a pas d'espoir de vie au-delà de la mort. Zundel n'a jamais parlé de cet au-delà autrement que comme un au-dedans.

 

Il n'y a pas d'au-delà de la mort, ni d'au-dedans, tant qu'il n'y a pas de vie EN lui, et il ne peut y avoir de vie EN lui que si l'homme a reçu ce pain de vie. Toute autre vie est éphémère et ne devrait même pas porter le nom de vie Mais on peut recevoir la communion avec fruit sans avoir pleinement ces meilleures dispositions, comme l'ont fait les Apôtres, puisque ce n'est qu'après la Pentecôte qu'ils ont commencé à comprendre ! Pour nous aussi.

 

La communion eucharistique a ceci de particulier qu'il faut avoir reçu l'Esprit pour la bien recevoir ET c'est elle qui donne cet Esprit. Ce n'est que dans cet accueil, et selon la qualité de cet accueil de l'Esprit, qu'on en comprendra mieux le sens et l'importance Encore est-il nécessaire d'être au moins disposé à ces meilleures dispositions.

 

Il est certain que, depuis plusieurs décennies, on a banalisé la communion.. On a quelque peu négligé d'enseigner son importance, tout en acceptant de la donner facilement à tout le monde.

 

Il ne s'agira pas, avant de recevoir ce Corps du Christ, d'avoir la certitude qu'on est dans les meilleures dispositions, mais de désirer l'être, et l'adoration du Saint Sacrement devra affermir ce désir des meilleures dispositions. Elle peut alors prendre une importance capitale.

(À reprendre ?)

 

Etre divinisé n'équivaut pas à être Dieu.

Etre divinisé n'équivaut pas à être Dieu. Que les chrétiens soient reconnaissants envers l'Islam qui leur rappelle ce dont la Bible est pleine : l'infinie grandeur de Dieu, le parfaitement inaccessible, l'Inconnaissable absolu, l'incapable d'être contenu dans une miette de pain consacré ! Soyons reconnaissants envers l'Islam qui nous rappelle que Dieu est incapable, à la façon humaine, d'engendrer et être engendré ! Remercions Maurice Zundel de nous avoir dit une préférence qui devrait s'imposer à nous aussi : plutôt que de dire de Jésus-Christ, « Il est Dieu », je préfère qu'on dise « Dieu est Lui. »

On peut sans doute penser qu'une des raisons majeures pour laquelle Einstein n'a pas cru en le Dieu de Jésus-Christ, et pour laquelle tant de gens de bonne volonté sont indifférents aujourd'hui au christianisme, est de cet ordre-là ! Et on peut déplorer qu'en cette année de l'Eucharistie les choses ne soient pas davantage clarifiées sur ce sujet capital.

Devant les explorations, inouïes aujourd'hui et pourtant n'explorant qu'une infime partie de l'Univers, devant la complexité infinie (1), en même temps que l'ordre, de l'Univers, on ne peut que s'extasier, et adorer l'infinie grandeur de Celui qui le crée. On devrait, rempli d'une infinie reconnaissance, se prosterner devant Ce Créateur encore beaucoup plus que ne le font nos frères musulmans.

Un trop long développement maintenant et qui sera continué, voire repris. Des choses pourtant capitales mais qui ne sont pas dites dans l'Eglise clairement. C'est la raison pour laquelle on peut heurter encore ici bien des esprits, comme certaines prétentions émises en des textes précédents, mais qui me paraissent, peut être injustement et abusivement, être sous-jacentes dans l'enseignement mystique de M. Zundel. C'est tellement important aujourd'hui : il s'agit de l'avenir de l'humanité entière. Il faudra un jour penser sérieusement à un « blog » sur ces sujets.

Dieu est le seul chemin de l'homme vers lui-même ! La situation, ou la condition, de l'homme est dramatique, parce qu'aucun homme ne peut voir ce Dieu, même le Dieu de Jésus-Christ, l'Unique, ni donc prendre ce chemin qu'il nous indique et qu'il est Lui-même. !

C'est pour que l'homme puisse un jour voir Dieu, c'est pour cela que Dieu s'est incarné, mais cette Incarnation ne permet pas à l'homme de Le voir tout de suite. Les hommes ne peuvent jamais voir « ici-bas », du moins quand il s'agit de Ses contemporains, que la très sainte Humanité de Jésus-Christ en laquelle s'accomplit l'incarnation divine parfaite !

Voir cette Humanité n'est pas voir Dieu, puisqu'elle est une créature, limitée comme telle, et de ce fait incapable elle-même, de voir de Ses yeux de chair non encore ressuscitée, incapable de voir Dieu ! Ce n'est que lorsque cette Humanité de Jésus-Christ sera passée au Père, lorsqu'elle sera ressuscitée-montée aux cieux, qu'elle pourra elle-même Le voir de ses yeux de Corps ressuscité, et en et par Ce Corps ressuscité tous les hommes sont appelés eux-mêmes à Le voir un jour. Il y a là sans doute des « choses » très importantes à dire à celui qui veut pénétrer, si peu que ce soit, dans le mystère de l'Incarnation, des choses qui ne sont pas claires dans l'esprit, et le cœur, de la plupart des chrétiens.

Quand le Fils de Dieu s'incarne, le mystère de Dieu reste entier. Nous ne pénétrerons dans Sa pleine vérité que lorsque nous-mêmes, nous serons passés par la mort et la résurrection. Avant ce passage Dieu reste absolument l'inconnaissable, Celui qui parfaitement transcende notre intelligence et notre condition humaine présente. Aucun accès possible par un autre chemin.

Et le Saint Sacrement Lui-même, que nous adorons et vénérons, et ce nous est excellent de le faire, ne contient pas Dieu puisqu'il est le Saint sacrement du Corps du Christ, de Son Humanité. Peut-on dire que la foi nous donne de voir Dieu dans ce sacrement ? Oui, si l'on parle des yeux de la foi. Non, en toute autre façon.

Jésus n'a pas institué le sacrement de l'Eucharistie pour nous donner de voir Dieu, de Le « sentir », de L'expérimenter, avant l'échéance de notre passage jusqu'à notre Père, mais pour nous donner de pouvoir effectuer ce Passage en et après lequel nous pourrons voir Dieu. Dieu reste pour nous ici-bas l'absolument inconnaissable. Et la prostration de l'Islam, le prosternement prolongé de ces innombrables musulmans plusieurs fois par jour, nous rappelle fort heureusement cette transcendance absolue : il faut que nous le reconnaissions, nous qui sommes enclins à idolâtrer le Saint Sacrement, ce dont nous accusent, plus ou moins consciemment, nos frères de l'Islam comme beaucoup de nos frères protestants. Et beaucoup d'athées.

C'est une question extrêmement délicate, mais il ne faut pas l'esquiver si l'on veut penser à un rapprochement possible un jour avec l'Islam. Il ne suffit pas, en cette année de l'Eucharistie, de rappeler l'enseignement traditionnel qui, bien sûr, tient toujours, il faut l'expliquer, le développer le plus heureusement possible, car c'est sans doute la pierre d'achoppement la plus consistante non seulement pour l'Islam mais encore pour le simple bon sens humain qui doit toujours garder toute sa vérité.

Ce bon sens a pu être mis à mal, par des interprétations défectueuses pensées comme devant être intégrées à la foi en l'Eucharistie. On n'ira pas jusqu'à dire que Dieu n'est pas davantage présent en l'Eucharistie qu'en toute autre réalité, mais on aimera préciser que l'Eucharistie n'est pas le sacrement de la présence de Dieu mais bien le sacrement de la présence, toujours en état d'offrande, du Corps du Christ, Lui-même une créature. On ne dira donc plus : Dieu est là ! C'est CE Corps infiniment béni du Seigneur qui est là, mais il ne s'agit pas d'une présence locale puisque Ce Corps ressuscité en est, comme tel, incapable : seules les « espèces » sacramentelles sont présentes localement.

Il y a ici toute la question de l'union (qu'on appelle hypostatique), en la Personne du Fils de Dieu, de la Divinité et de l'Humanité prise par Jésus. Ces deux réalités infiniment sublimes ni ne peuvent ni ne doivent être mélangées en cette Personne de Jésus-Christ, elles doivent restées tout à fait distinctes, et il demeurera toujours une infinie distance entre l'une et l'autre, une distance aussi infinie, pour reprendre une expression de Zundel, qu'il peut y en avoir entre une coquille de noix sur l'océan et l'océan lui-même : l'Eucharistie est d'abord le sacrement de cette coquille de noix.

« Sur l‘Océan qui représente l'immensité de Dieu, l'Humanité de Jésus est une coquille de noix jetée en Dieu par la vague immense : tout l'Océan ! Qui jette éternellement le Fils dans le sein du Père. Cela veut dire qu'il y a dans l'Incarnation une désappropriation radicale de cette Humanité qui ne peut plus s'exprimer pour son propre compte, mais qui est le sacrement conjoint, le sacrement vivant de la Présence divine et son inscription définitive dans notre histoire... » (Zundel - Saint Germain en Laye en 1973)

Ces précisions sont indispensables si l'on veut espérer un jour un rapprochement avec l'Islam. Le Corps du Christ n'est pas adorable comme tel dans l'Eucharistie. Dieu seul est adorable, mais la divinité de Jésus-Christ peut l'être aussi et l'on doit adorer Ce Corps parce que cette divinité de Jésus-Christ L'a parfaitement saisi sans rencontrer en Lui le moindre obstacle ou refus : la réponse en Lui est réponse parfaite. Elle mérite notre adoration et on n'encouragera jamais assez ce culte de l'adoration du Saint Sacrement.

Et cette divinité de Jésus-Christ pourrait être adorée en chaque homme dans la mesure où l'homme s'est laissé lui-même divinisé... Cette divinisation n'a été possible parfaitement qu'en Jésus-Christ parce que c'est en Lui seul qu'elle a trouvé réponse parfaite. En Lui seul, mais aussi en la Vierge Marie, devenue capable parfaitement de cette divinisation parce que sa réponse a été parfaite et parfaitement signifiée au moment du OUI de l'Annonciation. Aussi Dieu s'incarne-t-Il de façon parfaite en elle au moment, qui dure, de ce OUI prononcée au nom de l'humanité entière.

On peut donc adorer la divinité dans le cœur de Marie. Ce n'est pas elle qu'on adore, mais bien celui qu'elle porte et fait naître d'une façon unique. On peut aussi L'adorer en le cœur de tout homme dans la mesure où lui-même Le porte et L'engendre. C'est même la raison profonde pour laquelle on doit respecter tout homme : le cœur de chacun est un sanctuaire, au moins possible, il y faut son acquiescement pour que sa divinisation soit effective.

Je crois qu'il y a là des choses extrêmement très importantes à dire, et qui ne sont pas encore dites en cette année de l'Eucharistie : quand nous adorons, avec raison et foi, le Seigneur dans l'Eucharistie, nous n'adorons pas Dieu, nous adorons la divinité, la divinisation parfaite de Ce Corps du Christ, ou bien, si l'on préfère et comme l'exprime saint Thomas d'Aquin dans « l'adoro te » : en l'Eucharistie nous adorons la divinité cachée en ce sacrement et non pas un Dieu qui y serait caché. Ce n'est pas du tout la même chose.

Dieu, personne ne l'a jamais vu ! Personne ne L'a jamais expérimenté avec les sens de son corps ! C'est absolument et rigoureusement impossible, tellement la distance est grande entre le créateur et la créature. L'Islam a eu et a encore ce mérite très grand d'avoir mis l'accent sur cette transcendance absolue de Dieu qui avait peut-être été, et est peut-être encore, mise à mal par une fausse conception de l'Eucharistie.

C'est contre cela aussi certainement que nos frères protestants ont voulu protester et cela les a malheureusement amenés à rejeter tout l'enseignement de l'Eglise quant à l'Eucharistie justement parce qu'ils ne pouvaient pas comprendre cette sorte de chosification, cette idolâtrie donc, de Dieu en l'Eucharistie. Si nous persistons dans une fausse conception de l'Eucharistie, nous pouvons mériter alors l'appellation de mécréant parce que nous n'y prêtons pas attention à la transcendance absolue de Dieu si chère, et heureusement, à l'Islam.

Je suis toujours impressionné, et admiratif, quand je vois nos frères musulmans, prosternés devant l‘infinie grandeur de Dieu. Beaucoup de nos contemporains chrétiens ne savent pas que cette même prostration a été faite innombrablement, et est faite encore aujourd'hui par d'innombrables religieux chrétiens quand ils commencent leur prière dans leur « cellule » ou chambre. C'est la façon normale de la mise en présence de Dieu qui devrait « initier » toute prière chrétienne.

Il ne faut jamais oublier que le Christ ressuscité, dans Son corps de ressuscité, n'est pas Dieu, mais reste éternellement une créature engendré en le sein de Marie, qui, après 33 ans passés au milieu de nous, est « passé » au Père, et que l'Eucharistie est le sacrement de ce passage. Le grand mystère n'est pas qu'il serait alors devenu Dieu, mais qu'il en est, dans Son Humanité passée au Père, comme si Il était devenu Dieu.

Ceci est extrêmement important, disons-le encore, parce que, si nous voulons espérer un jour le rassemblement de l'humanité entière, et donc avec le presque milliard de musulmans, dans le Corps mystique du Christ, il faut commencer par rendre raison à l‘Islam au sujet de certaines affirmations du Coran : elles ont probablement été dictées à Mohamed comme venant contrecarrer une foi chrétienne défectueuse affirmant pour eux de pures absurdités. Cela a un sens de dire : Dieu n'engendre pas ni n'est engendré, il s'agit de sauver la transcendance absolue de Dieu qui doit rester aussi une des racines fondamentales de la foi chrétienne. Cette négation apparente du mystère de la Sainte Trinité, dans le Coran, n'a peut-être pas d'autre but que de souligner Sa transcendance absolue.

Le fait de préciser que l'unique Dieu est Père, Fils et Esprit, ajoute pour nous une nouvelle « dimension » à cette transcendance, mais ces dénominations restent très anthropomorphiques. Elles ont l'immense mérite de nous mettre dans la meilleure direction de penser vers la vérité plénière de Dieu et non de l'exprimer absolument. Elles restent donc vraies absolument quand on ajoute que ces « nominations » de Père, Fils, Esprit nous mettent en bonne direction vers cette vérité entière de Dieu mais ne la contiennent pas : on ne possède pas la vérité entière de Dieu quand on dit qu'Il est Père, Fils et Esprit, on est seulement dans la meilleure direction de penser...

Note (1) : Presque chaque jour sur la cinq sont présentés des documents exceptionnels.

Hier on nous a fait découvrir la ténacité de la vie capable de s'être réfugiée jusqu'à des kilomètres de profondeur dans la terre pour pallier à son extinction sur sa surface due à chute de météorites énormes. Un Dieu contenu dans une miette de pain serait l'auteur de tout cela ? C'est absurde, et la foi ne demande jamais de croire en des absurdités, mais seulement en des « choses » qui nous dépassent parce que « personne n'a jamais vu Dieu ».

Homélie 18ème dimanche. (Matthieu 14, 13-21). (Romains, 8, 35.37-39)

Ce samedi 30 juillet, à 13h.30 sur KTO, une émission éblouissante. Un entretien avec Michel Serres. Après l‘écoute on n'a plus envie de parler, ni de lire, ni d'écrire. On a faim de silence le plus longtemps possible : enfin la rencontre avec un homme... intelligent, ce n'est pas si fréquent sur le petit écran !

J'ai eu l'impression qu'il parlait de tous les sujets qui ne peuvent que passionner tout homme intelligent aujourd'hui... Je ne sais plus exactement ce qu'il a dit, peu importe sans doute ! De toute façon je pourrai me procurer quelques-uns de ses livres, mais ce n'est pas cela qui importe d'abord. C'est bien davantage et tout simplement ce fait d'avoir entendu un homme... intelligent, et intelligent aujourd'hui dans le monde concret que nous habitons en ce début de 3ème millénaire et qui n'est pas le même que celui du millénaire précédent, et d'un homme qui s'adresse à tout homme intelligent aujourd'hui.

Les medias ont été décriés un instant par le philosophe... mais pour moi je suis maintenant réconcilié, si besoin était, avec KTO capable de sortir de pareilles émissions, tellement désirables en cette période de vacances où tant de stupidités sont offertes par les médias, toutes chaînes confondues (la cinq peut-être exceptée,) sans doute parce qu'on sait plus ou moins consciemment que c'est ce genre de bêtises qui plait au plus grand nombre.

L'émission s'est achevée avec le récit d'un événement vécu par Michel Serres au désert, le sauvetage d'un enfant bédouin perdu dans le sable. ET c'est justement par le désert que commence l'évangile de ce 18ème dimanche, je n‘ose pas dire ordinaire parce que rien ne doit être ordinaire dans la normale fête du dimanche. Il va s'agir, dans l'évangile de ce jour, d'un autre sauvetage, celui d'une foule qui a été rejoindre le Seigneur dans son désert et est maintenant affamée, sans aucun moyen d'assouvir, du moins immédiatement, sa faim.

On a rejoint le Seigneur dans le désert ! Et la faim va être miraculeusement assouvie. Voilà : on a presque tout dit sur ce miracle de la multiplication des pains. C'est le miracle de l'assouvissement de la faim de l'homme par Celui qui, seul, est capable de la nourrir utilement, et c'est la nourriture de base qui par Lui est donnée en surabondance. Le Pain, Ce pain annonciateur d'un autre pain, infiniment plus capable d'assouvir la faim la plus profonde, la plus essentielle, de tout homme vivant sur la terre : La faim de vivre ! La faim de vivre sans restrictions, sans début ni fin, sans entraves sinon contenues, et en quelque sorte résorbées, dans ce pain, don du Père, du Fils et de l'Esprit, véritable manne céleste.

Il faut préciser que, dans l'Evangile de Saint Matthieu, la mention de cette réclusion de Jésus au désert suit immédiatement le récit de la mort de Jean Baptiste, le cousin du Seigneur, celui qui a préparé sa venue. La faiblesse d'esprit humaine pourrait nous faire penser que Jésus n'en est nullement affecté puisqu'il sait que le Baptiste ne peut qu'être sauvé définitivement par cette mort, mais la réalité est toute autre : dans son exquise et parfaite humanité le Seigneur est infiniment ému par cette mort.

Mais Il ne restera pas longtemps seul dans le désert. La foule l'y cherche et trouve assez vite. Modèle de ce désert qui devrait attirer toutes les foules humaines où le Seigneur les attend, et où seulement on pourra authentiquement d'abord Le trouver, et alors le désert perdra sa qualité de désert parce qu'on y aura découvert et trouvé l'Unique nécessaire, seul permettant l‘unification dans la communion de l'humanité entière.

Le deuil de Jésus se mue en compassion, en pitié profonde, pour tous ces gens .. qui ont faim, pour l'humanité entière tellement en désir de vie pour toujours ! Et le miracle commence à s'accomplir. Et en Ce Jésus multipliant les pains, l'angoisse du baptême de sa mort est présente, tempérée seulement, si l'on peut dire, par la conscience que ce baptême sera donneur de la vie éternelle offerte à tous lorsque l'Eucharistie lui donnera son sens et son achèvement.

Il faut quelques pains apportés par les hommes. Puis « ordonnant à la foule de s'asseoir sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, Il prononça la bénédiction, Il rompit les pains, Il les donna à Ses disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Tous mangèrent à leur faim... »

Ils sont fatigués, il faut un temps de repos avant de manger le pain du Seigneur. C'est donc quand ils sont assis que le Seigneur prend le pain et lève les yeux au ciel avant de les rompre et donner. C'est le rappel de la manne venue du ciel vers lequel Jésus lève les yeux. Il les rompt pour qu'il y ait déjà multiplication des parts du même pain pour chacun. Ce sont des morceaux de pain qu'Il donne à ses disciples et qui vont se multiplier sans qu'on puisse s'apercevoir comment se produit cette multiplication... tout cela a du sens.

Tous ces détails préparent l'esprit à y voir l'annonce de l'autre multiplication, celle du pain de vie, consacré par la mort de Jésus sur la Croix, par sa parfaite offrande. Ce sont les mains, demain percées, de ce Corps, demain consacré, qui donnent aux hommes ce pain annoncée par la manne pleuvant du ciel au désert. Là aussi, au lieu de la multiplication, c'est un désert : on sent davantage et mieux dans un désert le besoin de nourriture de survie que lors du repas pris à la maison, parfois sans vrai appétit...

Abbaye de Timadeuc - 1973

Einstein a parlé de la libération de notre moi dont dépend l'authentique valeur d'un homme.

Zundel a vu dans l'expérience de la conversion d'Augustin le modèle de cette libération.

La découverte d'Augustin : « Dieu est le seul chemin vers nous-même. »

Rien ne nous est plus important que cette découverte qui atteint le cœur de tous nos problèmes. (1)

« Augustin vivait au dehors de lui-même, il n'avait jamais pu accéder à sa propre intimité parce qu'on n'entre pas dans son âme comme dans un moulin !

Notre âme est un sanctuaire, un secret qui nous reste inaccessible tant qu'il ne nous est pas révélé dans une rencontre avec Dieu. Cette rencontre constitue pour nous une véritable nouvelle naissance...

Si Augustin peut distinguer ces deux situations (dehors, dedans) et les opposer l'une à l'autre, c'est que l'événement (de la rencontre) s'est produit avec toute sa lumière : il est vraiment né à lui-même, il a changé de "moi" !

Il était prisonnier de ce "moi" préfabriqué dans lequel nous sommes immergés, il croyait à son identité à travers ce "moi" préfabriqué, il restait esclave de sa subjectivité passionnelle en croyant (y trouver et) atteindre la vérité, et il s'aperçoit que, pour naître à la vérité, il faut naître de nouveau, et qu'on ne peut naître de nouveau que dans cette Rencontre avec cette Présence "plus intérieure à moi-même que le plus intime de moi-même".

" Tu es la Vie de ma vie, et c'est en adhérant de tout mon être à toi que je serai enfin vivant ! Si j'adhère de tout mon être à Toi, vivante sera désormais ma vie, toute pleine de Toi!"

II est impossible de nous joindre sans passer par Dieu qui est le seul chemin vers nous-même (vers la seule authentique Vérité de notre être-homme). Rien n'est plus important que cette découverte qui atteint le cœur de tous nos problèmes.

Ce qui est tout à fait remarquable dans la rencontre d'Augustin avec Dieu perçu comme "La Beauté", c'est que cette rencontre n'implique aucune dépendance sinon réciproque (Dieu dépend de l'homme tout autant que l'homme dépend de Dieu) : Augustin ne se sent pas le sujet, l'esclave et le mendiant de quelqu'un qui condescend à le regarder comme une petite fourmi qui s'agite dans le sable, mais au contraire il rencontre la Beauté comme l'espace illimité où sa liberté respire, il la rencontre comme le centre de sa dignité, comme le fondement de son inviolabilité, il la rencontre dans une réciprocité nuptiale, dans un mariage d'amour comme celui suggéré par Paul aux Corinthiens : "Je vous ai fiancés à un époux unique pour vous présenter au Christ comme une vierge pure." (2 Cor., 11,2).

M. Zundel à l'abbaye de Timadeuc en 1973.

Note (1) : Mais quand et comment faire cette rencontre ? Il n'y a pas de règle. Elle peut être subite et totalement imprévue, comme elle peut venir d'un long cheminement. Quelques paroles de Zundel, ou d'un autre mystique, ou de l'Evangile, peuvent l'occasionner. Le risque, c'est qu'ensuite, dans des circonstances moins favorables, on se laisse envahir par quelque chose comme l'impression plus ou moins vague qu'on a été eu ! Zundel, si on continue à le fréquenter, peut ne plus intéresser que notre intellect. Il dérangerait beaucoup trop notre vie !

Alors que les « choses » peuvent être plus simples que d'abord on l'imagine, et ne demandent jamais tout un chambardement de nos habitudes ! La seule première chose nécessaire, c'est de continuer à le lire ou écouter sans se croire obligé d'abord de se résoudre à des changements de vie. La nouvelle naissance est d'abord intérieure, c'est à l'intérieur que doit se faire le changement, nos perspectives les plus naturelles commenceront alors à changer, peut-être sans qu'on s'en rende bien compte.