Retraite à Timadeuc, du 13/09/2009 au 19/09/2009

Intervention du père abbé Paul Houix, le mercredi 16 septembre 2009

Troisième partie : échanges avec les retraitants.

- retraitant : Comment s'appelle le livre sur la retraite ?

- père Paul Debains : C'est la retraite à Timadeuc, « Fidélité de Dieu et grandeur de l'homme », c'est la Suisse qui l'a fait paraître.

- abbé Paul Houix : C'est la Suisse qui l'a fait paraître, sans m'en avertir.

- retraitant : tous ces textes sont sur le site du père Paul Debains, si vous les voulez.

- retraitant : père, jamais vous n'avez utilisé le mot de liberté, et il m'avait semblé que c'était le constitutif premier de l'homme.

- abbé Paul Houix : j'ai dû le dire : la liberté divine. Le contraire de la liberté, c'est le déterminisme. Zundel essaie de faire passer ce qui est déterminé, ce qui est possessif, à ce qui est oblatif dans la liberté. On devient libre dans l'amour. Et c'est pourquoi quand je parle aux jeunes, je leur dis : « l'homme le plus libre du monde ça a été Jésus sur la croix ». Pardon ? Vous ne pouvez pas expliquer un peu ? « L'homme le plus libre du monde ça été Jésus crucifié. » Là nous avons un homme libre. C'est ce qui faisait dire à Lech Walésa le polonais, quand il était entouré de policiers partout, « là je suis libre ». Pourtant il était toujours sous écoute, avec des policiers partout. « Je suis libre ! » Et je dis cela aux jeunes, car en venant ici ils ont l'impression d'une prison. Il y a les murs, les moines. Je leur dis qu'ici on a trouvé la vraie liberté. Il faut expliquer. Oui, la liberté c'est important.

- retraitant : justement j'avais le sentiment que la liberté, c'était premier en lui pour que l'homme préfabriqué devienne l'Homme.

- abbé Paul Houix : Tout est premier chez lui. Si on tire sur un fil, tout vient. Vous ouvrez n'importe où, vous trouvez Zundel.

- retraitant : Quand vous dites que vous êtes libres dans le monastère, ça demande des explications.

- retraitant : c'est la liberté intérieure.

- abbé Paul Houix : Oui, c'est la liberté de l'amour. Supposez qu'un jour il se célèbre un mariage. Un mariage, de Françoise et Victor. Est-ce que vous allez leur dire : vous savez, vous n'êtes pas libres, dans votre mariage, vous ne serez pas libres ! Mais ils vont vous dire : mais on est pleinement libres parce qu'on s'aime ! Après cela il faudrait monnayer du matin au soir et du soir au matin, ce ne sera pas facile, la liberté. Mais si on aime, on est vraiment libre ! L'autre jour nous avons un frère qui vient de faire ses vœux perpétuels. Dans notre rite de profession solennelle, chez les cisterciens, nous avons quelque chose qui est bouleversant, c'est que le frère lit, devant le père abbé, devant ses frères, sa famille, il lit ce que l'on appelle une cédule qu'il a écrit de sa main. « MOI, frère Emmanuel-Marie Pinson, je promets stabilité, obéissance. » C'est le seul endroit en liturgie catholique où l'on dit MOI. On ose dire cela : « MOI, je promets. » Il a fallu 5 ou 6 ans pour mettre la liberté dans ce MOI. On est pleinement libres, là.

- retraitant: la retraite prêchée par Zundel a-t-elle mis la communauté en ébullition ? Il y a des gens qui ont compris, des frères qui n'avaient pas la clef ?

- abbé Paul Houix : tout le monde était comme moi au début. On ne pigeait pas. Pour être franc, il y en a qui n'ont pas aimé son style. Parce qu'il était très original. Il devait être invivable. Au presbytère, où il vivait il mangeait des carottes, des patates ; il arrivait en retard et il partait avant, il ne devait pas être facile à vivre, et il était original. Lui qui disait : « le personnage, mais il n'y a personne », mine de rien il donnait parfois l'impression de jouer au personnage. Vraiment, un personnage. La façon bizarre de s'habiller, sa manière de parler, par exemple il avait une voix extrêmement curieuse parlant très bas, puis se mettant en colère. Ne s'intéressant apparemment à pas à nous.

- retraitante : ça fait penser à la voix d'Antonin Artaud. Comme cela, habité. Lui ce n'est pas de Dieu qu'il parlait, il parlait à partir de cette voix qu'il y avait en lui, et il remuait tout le monde ; ses intonations comme cela qui baissent et qui repartent. Antonin Artaud, le poète, écrivain, qui a été enfermé dans un asile psychiatrique pendant longtemps et à son corps défendant. Il a dit notamment un texte magnifique sur Van Gogh, le crucifié, qui est très beau. (1)

- abbé Paul Houix : il y a des frères qui n'ont pas compris tout, des frères un peu allergiques au personnage, et puis d'autres qui ont beaucoup aimé, comme moi.

- retraitante : qui l'avait invité ? Est-ce vous, mais vous ne le connaissiez pas plus que ça ?

- abbé Paul Houix : je n'étais pas encore abbé. C'est l'ancien père abbé qui l'avait invité parce qu'il avait prêché à Bellefontaine. C'est la même retraite pratiquement.

- retraitant : quand vous avez écrit « La brisure du cœur », est-ce dans le cheminement du passage du possessif à l'oblatif ?

- abbé Paul Houix : tout à fait, Vous avez tout compris. J'ai osé écrire un petit bouquin, le texte que je vous ai lu se trouve dedans, c'est « le soleil intérieur ». C'est cela. L'expérience que j'ai vécue de ce passage du dehors au-dedans, je ne l'ai pas vécu à cause de Zundel, parce que je l'ai vécu avant Zundel.

En deux mots, j'ai été affronté à une expérience terrible d'obéissance. Je n'étais pas père abbé, j'étais prieur et père maître. Le père abbé m'a demandé quelque chose que je refusais de faire. Je suis entré dans la désobéissance d'Adam. Et j'ai vécu vraiment ce que c'est que le cœur de pierre. Ezéchiel, Jérémie, parlent de cela : « j'arracherai de votre poitrine le cœur de pierre et je mettrai en vous un cœur de chair. » Or un an auparavant, j'avais rencontré le Renouveau charismatique qui m'avait beaucoup marqué. Un an après, le grand combat spirituel dans le refus d'obéissance, et j'entre dans une période qui a duré un mois où je refusais d'obéir. J'ai vécu ce cœur de pierre, c'est terrible, c'est l'enfer, on n'est pas en soi, on est dans ce cœur de pierre, il n'y a plus d'amour, il n'y a plus que de la haine, plus que la vengeance, le refus d'aimer. Maintenant, j'en parle avec beaucoup d'humour, parce que je me demande maintenant comment j'aurais pu faire pour continuer à vivre comme cela. Si je n'avais pas vécu quelque chose au bout d'un mois, je ne sais pas comment c'est possible, mais ça c'est passé ainsi, au bout d'un mois, vraiment, ce cœur de pierre à éclaté. Comment ? Comment expliquer cela ? C'est ce qui c'est produit. « J'arracherai de votre poitrine votre cœur de pierre et j'y mettrai un cœur de chair. » Mon cœur c'est cassé littéralement. J'emploie une comparaison, c'est comme si l'Esprit Saint était enfermé dans une carapace de béton, d'acier, et que de l'intérieur l'Esprit Saint a tout cassé. J'ai vraiment vécu cela, un baptême de larmes pendant trois jours, et je suis passé du dehors au-dedans. Voilà. C'est pour cela que j'ai appelé mon bouquin « La brisure du cœur ». Le cœur brisé. Après cela, on n'a pas du tout envie de jouer au personnage. Pas du tout. On essaie d'être une personne, habitée.

- retraitant : Quand on est une personne, je me demande si malgré soi ça ne transparait pas quelque part, et que l'on devient malgré soi un personnage pour l'autre. Ce n'est pas du show off, c'est une espèce de transparence.

- abbé Paul Houix : C'est vrai, Zundel c'était vraiment un personnage, étrange. Mais c'était parce qu'il était une personne. Il pouvait être un personnage parce qu'il était une personne, tandis que d'autres sont des personnages alors qu'il n'y a personne ! Il y a une page de lui : « il n'y a personne ! Il n'y à personne ! »

-père Bernard de Boissière : tout à fait. A chaque fin de phrase : « il n'y a personne. » Toute cette homélie est basée là-dessus, sur l'absence de relation.

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir