Suite 3 de la 1ère conférence donnée au cénacle de Paris en janvier 1971.

« La seule chance d'être autre chose que des objets, c'est d'atteindre à une dimension qui n'est pas encore, à un univers que nous avons à créer et qui ne peut surgir qu'à partir de ce décollement de nous-même, qui ne peut surgir que de cette libération de nous-même possible seulement face à un Autre qui est le dépouillement subsistant, le dépouillement éternel, la pauvreté infinie, la liberté dans sa source.

Si vraiment Dieu est libre de Lui-même, si Il ne colle pas à Soi, si c'est cela qui est Sa Sainteté même, cette désappropriation radicale, éternelle, infinie de Soi-même, si Dieu est cela, je veux dire si Il se situe dans cette direction, Il répond en effet à notre coeur, à notre recherche essentielle, Il l'oriente, Il lui donne une issue ...

Reprise du texte :

« Rien n'est plus passionnant, rien n'est plus essentiel, rien n'est plus décisif que ce témoignage rendu par Jésus à la Trinité parce que, justement, Dieu passe du dehors au dedans, Dieu apparaît non pas comme une puissance immense et terrifiante qui domine le cosmos et qui le plie à un caprice, mais Il apparaît comme tout intérieur, tel une pure communion d'amour. »

Suite du texte :

« Si Dieu est constitué par cette communion d'amour, Il ne peut plus être un barrage contre notre liberté et nous pouvons nous en rendre compte si nous partons de notre expérience : lorsque nous essayons de prendre conscience de nous-même, que faisons-nous ? Nous nous rendons compte que ce moi que nous essayons de saisir nous échappe ! il fuit à l'infini, car, quoi que nous fassions, si nous nous mettons devant un miroir, si nous essayons d'obtenir une image plus claire de nous-même, quoi que nous fassions, nous atteignons du préfabriqué ! Impossible de vous mettre devant le miroir pour contempler votre prière ! Impossible de vous mettre devant le miroir pour éclaircir votre pensée, j'entends pour entrer au coeur de notre pensée. Ce dédoublement, justement, nous confirme dans le préfabriqué, nous ramène à ce moi qui est notre prison la mieux cadenassée.

Nous ne pourrons jamais nous atteindre nous-même à moins qu'un dépassement soit possible et que nous puissions nous atteindre en un autre, non pas en un autre qui est sur le même plan horizontal que nous, qui est comme nous enfermé dans ses déterminismes, mais en un Autre qui sera totalement libéré de Lui-même.

Et c'est cela qui est l'annonce essentielle, qui est la Bonne Nouvelle, c'est le témoignage que Jésus Christ rend et l'expérience qu'il fait, ou l'expérience qu'il est plus profondément, de ce Dieu qui est totalement dépouillé de Lui-même, en d'autres termes qui est totalement libre de Lui-même.

Voilà ce qui me parait absolument premier et essentiel dans l'évangile dans la personne et la révélation de Jésus Christ, c'est de nous avoir mis en face d'un Dieu qui est constitué, si l'on peut dire, dans sa divinité par cette liberté à l'égard de soi, dont la prise de conscience est purement altruiste,qui ne peut jamais se regarder, se voir dans une vision spéculaire (celle devant le miroir) parce que Son regard est toujours tourné vers l'Autre, le Père vers le Fils, le Fils par le Père dans l'étreinte de l'Esprit Saint.

Si c'est cela la révélation essentielle, si le message comme la Personne de Jésus Christ gravitent dans cet aspect éternel de communion d'amour, si vraiment Dieu est une prise de conscience radicalement altruiste tournée vers l'Autre, si vraiment Dieu est libre de Lui-même, si Il ne colle pas à Soi, si c'est cela qui est Sa Sainteté même, cette désappropriation radicale, éternelle, infinie de Soi-même dont nous voyons mieux éclater la splendeur quand nous la comparons à notre obscur cheminement dans notre libération où nous sommes sans cesse repris par notre moi propriétaire, où nous ne décollons que très timidement et où nos progrès sont presque tou­jours sanctionnés par une retombée dans une complaisance possessive, si Dieu est cela, je veux dire si Il se situe dans cette direction, Il répond en effet à notre coeur, à notre recherche essentielle, Il l'oriente, Il lui donne une issue. Si c'est cela la perfection de l'être, la plénitude de la vie, de la sainteté et de l'amour, si c'est cela, si c'est être libre de soi, si c'est d'être tout entier un don à un Autre au plus intime de soi, nous commençons à percevoir une issue possible à ce problème que nous sommes puisqu'en effet la seule chance d'être autre chose que des objets, c'est d'atteindre à une dimension qui n'est pas encore, à un univers que nous avons à créer et qui ne peut surgir qu'à partir de ce décollement de nous-même, de cette libération de nous-même qui n'est possible que face à un Autre qui- est le dépouillement subsistant, le dépouillement éternel, la pauvreté infinie, la liberté dans sa source.

Alors tout s'intériorise, et c'est en effet là le mouvement qu'il s'agit, non pas de détruire, de contester, d'innover à la petite semaine ! mais de découvrir, en voyant qu'en effet notre vraie vie se situe dans un sanctuaire inviolable où nous rencontrons une Présence infinie, une Présence qu'il est d'ailleurs impossible de concevoir, impossible de rencontrer, impossible de communiquer si on ne devient pas soi-même cette expérience libératrice.

Il faut cette libération. Du moins, il faut s'y être engagé, il faut la poursuivre, il faut la reprendre sans cesse pour découvrir à la fois l'homme dans sa grandeur inviolable et Dieu dans sa liberté infinie. » (à suivre)

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