Suite 4 de la 3ème conférence donnée au Cénacle de Paris en 1971.

Reprise du texte : « Dieu ne peut créer que des libertés et le monde phénoménal rivé à ses nécessités est un monde qui appelle sa libération comme nous-mêmes. Le monde phénoménal ne peut être finalement qu'un monde appelé à faire de lui-même, comme toute réalité, une offrande d'amour, et c'est ce que le miracle, si vous le voulez, signifie spora­diquement : le miracle signifie tout d'un coup la libération d'un phénomène qui est ordonné aux fins de l'esprit et qui manifeste les intentions de l'Amour, c'est comme une réalisation fugitive de cette vocation de toute réalité, de chanter Dieu, c'est-à-dire de chanter l'Amour, de devenir une note de joie dans le Cantique du Soleil. »

Suite du texte. « Toute créature est appelée à se réaliser finalement, et c'est dans cette direction, et cet immense univers, c'est notre corps finalement, puisque nous sommes dedans par nos racines physiques et qu'il est en nous par ses racines spirituelles.

Il est donc certain que, dans la mesure où un homme réalise sa libération totale, cette libération (sa libération) concerne toute l'humanité, tout l'univers. Elle est dans la suite de cette histoire qui commence virginalement en Jésus Christ et en Sa très Sainte Mère, cette histoire incomparable où l'homme est le porteur de Dieu, est le sacre­ment, je parle de Jésus Christ, où l'homme est le sacrement inséparable de Son avènement dans l'histoire.

Cette équation, « pour Dieu l'homme égale Dieu » nous introduit donc, finalement, au coeur de la Trinité divine, au coeur du dépouillement infini, au coeur de notre propre vocation, en nous appelant à nous réaliser infiniment dans une humilité infinie.

Car c'est le paradoxe du lavement des pieds précisément que la transmutation des valeurs s'y accomplit totalement et qu'il ne s'agit pas pour être grand de regarder les autres de haut en bas, de les dominer, d'avoir des esclaves, des admirateurs, des courtisans, c'est-à-dire des êtres finalement qui sont des objets dans les mains du grand homme ou de la vedette, il s'agit de créer partout des libertés en devenant un ferment de libération en tous et en tout par sa propre libération. Le plus grand, c'est celui qui se donne le plus et qui crée le plus de liberté en soi et dans les autres. Et cela nous permet d'envisager le sens de l'oecuménisme qui, justement, est à l'ordre du jour dans cette semaine de l'unité où nous entrons.

Rien n'est plus difficile que de concevoir un oecuménisme bien équilibré, entièrement sincère, qui ne consiste pas dans l'effacement des distinctions, qui n'est pas une sorte de dénomi­nateur commun qui abolit toutes les frontières mais en dissolvant aussi toute existence.

L'oecuménisme est inscrit au coeur même de la Personne de Jésus-Christ comme je l'ai éprouvé à Byblos lorsque je me demandais quel était le rapport entre un squelette qui était là depuis 5500 ans et moi-même : quel rapport entre lui et moi ? Est-ce qu'il n'a pas d'autre signification que d'être la carcasse d'un animal comme moi-même, comme serait la carcasse d'un lion d'alors pour un lion d'aujourd'hui ? Est-ce que nous ne sommes reliés que par une chaîne matérielle qui n'implique aucune espèce de signification ? ou bien y a-t-il un lien entre lui et moi ? Sommes-nous contemporains ? Cette histoire humaine a-t-elle un sens ? Est-ce qu'elle a un aboutissement? Est-ce qu'un dessein s'y imprime et s'y réalise ? Est-ce que les générations peuvent se rassembler aujourd'hui et puis-je devenir le contemporain de ce squelette inconnu qui était le support d'une vie comme la mienne, qui se croyait moderne comme moi-même, qui regardait le même paysage en pensant le posséder pour toujours et qui est là, anonyme parmi tant d'autres, sans avoir inscrit son nom dans l'histoire ?

C'est alors que Jésus Christ m'est apparu justement comme le grand rassembleur, comme Celui qui peut ressusciter les morts, comme Celui qui a la taille même de l'Eucharistie, comme Celui qui appelle tous ceux que nous croyons défunts, tous ceux qui viendront et qui ne sont pas encore, autant que nous-mêmes, qui les appelle tous à former un seul corps, une seule vie, j'allais dire une seule personne, une seule présence dans la Sienne.

L'oecuménisme est inscrit au coeur même de la Personne de Jésus Christ et précisément dans le dépouillement suprême, infini, que lui communique sa subsistance dans le Verbe. » (à suivre)

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