4ème conférence de Maurice Zundel au Cénacle de Paris en janvier 1965. Elle est capitale, mais aussi difficile que méconnue. On en a déjà « sité » des extraits. On en lira ici l'intégralité.

La lecture de l'Evangile n'est pas facile. On y rencontre, même sur la bouche de Jésus, des paroles qui ne sont pas conformes à la vérité du mystère de la Trinité puisque Jésus nous dit que le Père est plus grand que lui. Il faudra attendre les conciles d'Ephèse, de Nicée et de Constantinople pour que soit énoncée clairement la parfaite égalité des personnes divines.

Subtilement et très intelligemment Zundel va nous développer les raisons de l'inexactitude de la parole de Jésus déclarant son infériorité par rapport au Père due à un certain subordinationisme (une infériorité et une dépendance par rapport au Père) auquel on croyait facilement dans l'Eglise primitive, en même temps qu'on attendait une fin du monde toute proche. C'est seulement la fin d'un monde qui arrivera quand Titus envahira Jérusalem et en détruira le temple.

Les choses sont aussi mises au point à propos du livre du Père Daniélou, et de sa logique trop simple, dans le livre « scandaleuse vérité » . Voici le début de la conférence.

" Le Père Daniélou, dans son livre "scandaleuse vérité, définit ainsi sa foi : « J'éprouve que Dieu existe parce que je me heurte à lui et que, si jamais c'était moi qui l'avais fabriqué, je l'aurais sûrement fabriqué autrement. Mais je suis obligé de m'arranger de Lui, je suis obligé de Le prendre comme tel qu'il est. Ce n'est pas moi qui le fabrique à mon image, c'est moi qui suis obligé de rentrer finalement dans Ses voies. C'est là que je sens que je touche du réel, c'est-à-dire que je sens quelque chose qui me résiste, dont je ne dispose pas, et, au contraire, à quoi je suis obligé finalement de m'adapter et de céder et de me rendre à contre-coeur, en rechignant et il n'y a pas moyen de faire autrement. C'est comme cela et il faut bien que je passe par là. Alors je sais que je suis en présence de quelque chose de réel et non d'une création de mon imagination ou de ma sensibilité.»

Cette position est aussi opposée que possible au témoignage de l'histo­rien qui reste digne de respect puisque, par ailleurs, le Père Danielou engage sa vie sur les données de l'histoire. Or, il ressort de celles-ci une chose absolument certaine, poursuit le Père Daniélou, c'est que le Christ s'est présenté comme Dieu.

Il y a alors trois solutions possibles : c'est un illuminé, je ne sais quel mystique perdu dans les nuées et qui se serait cru Dieu parmi les hommes, ou bien c'est un menteur. L'hypothèse a été soutenue une fois au 18ème siècle, ou bien Il a dit la vérité. Et, aussi extraordinaire que ceci soit, il avait le droit de se dire le Fils de Dieu.

En présence du Christ de l'Evangile, trois attitudes seulement sont possibles : le considérer comme un fou, ou bien comme un menteur, ou reconnaître, si invraisemblable que ce soit, qu'il avait raison.

Le drame du peuple juif, c'est qu'il n'avait pas d'autre option possible que de croire en lui ou de le condamner à mort car, si le Christ n'avait pas raison de se dire le fils de Dieu, il était un monstre d'orgueil et, du point de vue juif, il tombait dans la pire des fautes, dans un sacrilège qui, pour nous encore, est le pire sacrilège, celui de l'homme qui veut se faire Dieu.

La grandeur du Judaïsme, comme la grandeur de l'Islam, est précisément de dénoncer l'idolâtrie pour rappeler que Dieu seul est Dieu, de dénoncer toute prétention de l'homme à se faire Dieu.

Le seul problème est de savoir s'il n'y a pas un cas - et un cas unique - pour un homme d'avoir le droit de dire qu'il était Dieu, non parce que cet homme se faisait Dieu, mais parce que Dieu s'était fait homme. C'est donc sur ce témoignage impossible à récuser que la foi chrétienne doit se construire. »

Je pense que cette position du problème exigerait tout au moins que l'on définisse le Dieu dont on parle. De quel Dieu s'agit-il ? Que l'on définisse aussi ce que peut signifier pour Dieu de se faire homme, et c'est là que nous pouvons poser le problème.

Que savons-nous de Jésus ? Comment aborder la vie de Jésus ? Est-ce possible d'écrire une vie de Jésus ? On peut en citer de nombreuses tentatives comme, au commencement du 19ème siècle, celle de Hegel et jusqu'à celle récente du Père Xavier Léon Dufour. C'était, et à chaque fois, il va sans dire, insatisfaisant. Au fond, il est impossible d'écrire une vie de Jésus.

Aussi bien les données dont nous pouvons disposer, celles du Nouveau Testament, les données positives de la documentation nous présentent-elles essentiellement un mystère de foi, c'est-à-dire un mystère de salut."

(à suivre)

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