Suite 6 de la conférence sur l'Eglise-sacrement donnée au Cénacle de Genève en septembre 1969.

« Il y a une circumincession de la communauté et de la solitude (chacune entre dans l'autre) qui assure à la fois l'universalité de la solitude et la spiritualité de la communauté. La communauté ecclésiale n'est pas une communauté biologique, une communauté fondée sur la race et le sang, c'est une communauté fondée sur la liberté intérieure, sur la rencontre avec un Christ toujours vivant et culturellement universel, de manière que toute cette communauté respire à travers le coeur de chacun, respire sa vie profonde.

Le centre du mystère de l'Eglise est dans le Christ, mais dans le Christ présent à l'intérieur de chacun et reconnu par chacun dans les signes qui manifestent l'unité de la communauté, mais, encore une fois, nous ne sommes reliés à ce Christ intégral qu'à travers le ministère apostolique, parce que ce ministère apostolique est un pur sacrement, parce que l'homme n'y peut rien mêler de lui-même sans s' exclure lui-même du Royaume, et que, aux yeux de la foi, jamais ne sont valides ses interventions, quand elles se font au nom de lui-même et dans l'expansion de son propre égoïsme.

Il s'agit de rejoindre Jésus actuellement et toujours présent, de Le rejoindre sans Le limiter à travers le Sacrement apostolique. Et ce que nous entendons par infaillibilité, comme l'entendait Saint Paul - Dieu sait que Saint Paul est sûr que l'évangile qu'il prêche est l'Evangile éternel et "même si un Ange du ciel, ou si moi-même, dit-il, je vous apportais un autre évangile, qu'il soit anathème !". L'infaillibilité veut dire précisément la transmission virginale et immaculée de la Présence de Jésus-Christ.

L'homme, aussi mauvais qu'il soit, ne peut rien altérer dans ce trésor qui passe par ses mains, il ne peut rien enlever, il ne peut rien dimi­nuer, il ne peut rien assombrir pour la foi s'il ne demande que Jésus-Christ. Car justement, l'Apôtre, ou le successeur de l'apôtre, le ministre ecclésial, le ministre de l'Eglise, n'est tel qu'en tant qu'il est pure démission, pur effacement de tout son être dans la Personne de Jésus-Christ.

Nous voyons bien dans cette perspective avec quelle vénération on peut considérer, on peut vivre la hiérarchie ecclésiale ! Justement parce qu'elle est un sacrement indispensable pour rejoindre l'intégralité de Jésus-Christ : Le Christ qui est toujours vivant, mais qui n'est accessible dans son intégralité qu'à travers le mystère de l'Eglise et à travers le ministère apos­tolique auquel Il a confié d'actualiser jusqu'à la fin de l'histoire sa Présen­ce réelle.

Dans cette Lumière, les conditions de ce qu'on appelle le gouver­nement de l'Eglise n'ont pas tellement d'importance, parce que, justement, l'Eglise ne nous atteint qu'au plus profond de nous-même, dans le regard de la foi et dans la liberté de la grâce. Elle ne peut rien nous imposer, pas plus que Dieu ne nous impose rien. Elle nous propose le Christ, comme Il se propose éternellement Lui-même. A nous de Le joindre en nous libérant de nous-même, qui est la seule façon de Le joindre ! Mais comment pourrions-nous être gênés par ceci ou par cela - je veux dire par les limites humaines, puisque nous devons accepter les nôtres.

Ici nous sommes tous membres de l'Eglise, nous sommes tous témoins, nous sommes tous envoyés, nous sommes tous chargés du Christ, nous sommes tous, depuis notre baptême, en état de démission - et pourtant, nous trahissons si souvent, si souvent ! des milliers de fois par jour nous trahissons notre bap­tême et notre vocation de chrétien, sans pourtant pouvoir atteindre, je veux dire "porter atteinte" à la Sainteté de Jésus-Christ. Cette sainteté, elle ne fait que mettre en évidence nos ombres et nos limites, mais elle n'est pas limitée par elles. J'entends "limitée par elles" aux yeux de ceux qui cherchent dans la lumière de la foi et qui se libèrent sincèrement d'eux-mêmes.

Notre attachement à l'Eglise : cette Eglise que nous sommes d'ailleurs, notre attachement à l'Eglise n'est donc pas autre chose que notre attachement à Jésus-Christ qui vit dans le mystère de l'Eglise, qui Se communique à travers elle, et qui, jusqu'à la fin des siècles, dispensera à l'Humanité la Lumière, à travers ce sacrement qui est immaculé, "qui est sans tache ni ride", comme dirait Saint Paul, pour celui qui s'en approche dans la foi.

L'Eglise est un mystère de Foi, c'est un mystère caché au plus profond de nous-même, c'est le mystère de Jésus envahissant l'Humanité pour la transformer enfin en une humanité de personnes, en une humanité qui a son centre au-dedans, en une humanité où, justement, l'unité se fait par l'intimité de chacun.

C'est donc le temps d'être fidèle à l'Eglise en la reconnaissant, par la foi, dans sa virginité mystique, justement parce que pas plus que le Christ n'est lié à nos défauts personnels, pas plus le Christ n'est lié aux défauts per­sonnels des apôtres ou de leurs successeurs, enfin des hiérarques quels qu'ils soient, pas davantage Il fait éclater leurs limites comme les nôtres, et aux yeux de la foi il n'y a que son Visage qui soit le Soleil de notre intelligence et de notre cœur ! Il n'y a que son Visage qui focalise, concentre, toutes nos puis­sances d'aimer.

Il faut donc voir dans le mystère de l'Eglise au-delà des mots déli­mités, au-delà du langage toujours imparfait - même celui du Nouveau Testament -, il faut voir à travers ce qu'ils disent cette diffusion du Verbe éternel, cette unique Parole qui dit tout, qui contient tout, et qui nous conduit à la plénitude qui est Jésus-Christ. Et puisque nous sommes nous-mêmes l'Eglise, chacun pour notre part, nous avons de plus en plus à rendre témoignage à cette Eglise, à en être enfin des membres vivants en prenant cette responsabilité de Jésus-Christ, de la Présence de Jésus-Christ, dans une totale démission de nous-mêmes. Mission égale démission, c'est cela seul qui peut nous faire accepter l'Eglise sans tra­hir Jésus-Christ que nous ne connaissons d'ailleurs et que nous ne recevons que par elle ! mais il n'y a pas d'opposition, il n'y a pas d'écran, l'Eglise ne nous dissimule pas le Visage de Jésus-Christ, puisque lorsque le Visage de Jésus-Christ cesse de transparaître nous n'avons plus affaire à l'Eglise.

C'est bien ce que notre époque attend de nous, devant toutes ces contestations qui supposent finalement une vision trop extérieure du mystère de l'Eglise. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas une quantité de réformes de l'homme qui soient souhaitables, mais enfin le mystère de fond est éternel et c'est celui-là qu'il faut manifester en nous. » (à suivre)

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