Suite 5 de la conférence sur l'Eglise-sacrement donnée au Cénacle de Genève en septembre 1969.

« Si Jésus doit rester en Personne, et s'il ne peut d'autre part demeurer visiblement enchaîné aux nécessités de l'univers physique, ce ne pourra être qu'au travers d'une médiation sacramentelle, à travers le signe du ministère apostolique, à travers Pierre, Jacques, Jean, Paul, et les autres, et leurs successeurs en tant que, précisément, tous ces hommes ne comptent pour rien, et qu'ils ne soient plus que les sacrements qui représentent et qui communiquent, je veux dire plutôt qui présentent et communiquent la Présence même de Notre Seigneur.

La Résurrection est un événement confidentiel qui s'adresse aux dis­ciples, aux témoins qui doivent prendre la relève, parce qu'elle nous introduit dans un monde intérieur où il est impossible de pénétrer sans s'engager, et si on ne s'engage pas, on ne connaît pas dans l'univers christique. On ne peut connaî­tre Dieu et son intimité qu'en s'engageant.

Les Apôtres se sont engagés, mais leur engagement, comme le nôtre est sujet à croissance ou à décroissance ! Ils peuvent avoir leurs moments de découragement, de refus, ils peuvent avoir une certaine division dans leur amour, mais nous ne sommes pas à la remorque de ces flux ou ces reflux, nous ne sommes pas à la remorque des qualités ou des défauts de la personne visible ! Nous sommes, a priori, exempts de ces limites, parce que la personne visible ne compte pour nous, pour la foi, qu'en tant qu'elle est un signe de Jésus-Christ, qu'en tant qu'elle accomplit son ministère en état de pure démission.

Et, bien sûr un prêtre doit faire le premier la soustraction de ses limites dans l'accomplissement de son ministère. Comment pourrait-il expri­mer le pardon de Dieu, dans le Sacrement de Pénitence s'il ne s'effaçait pas totalement, s'il ne vivait pas ce caractère sacramentel de son être propre, s'il ne songeait pas qu'à travers lui, malgré lui, au-delà de toutes ses limites, s'accom­plit quelque chose de divin, parce que la Personne du Seigneur est là pour absou­dre, est là pour consacrer, est là pour faire naître à la vie, est là enfin pour susciter la liberté divine.

Il est bien entendu que si l'on envisage le mystère de l'Eglise dans cette lumière, la transparence des signes, la transparence des institutions s'im­pose au regard de la foi. Il n'y a même plus d'institution, au sens ordinaire du mot, puisque, finalement, tout est sacrement et rien que sacrement.

Si on ne voit pas le cadre traditionnel, si on ne voit pas les rites traditionnels, si on n'entend pas les paroles traditionnelles comme un sacrement, c'est qu'on n'est pas encore en contact avec le vrai Christ. Le vrai Christ de­meure jusqu'à la fin des siècles, Il demeure parmi nous, Il demeure en forme d' Eglise, sans doute pour rejoindre chacun au plus intime de nous-même, à condition que nous acceptions l'expérience universelle, à condition que nous assumions les autres et que nous prenions en charge toute l'humanité et tout l'univers, car on ne peut être en relation authentique avec le Christ Universel qu'en se faisant universel et en ne disjoignant jamais la solitude de la communauté. On est ensem­ble et seul, et on est d'autant plus ensemble d'ailleurs qu'on est plus profon­dément seul avec Dieu ! Je veux dire plus recueilli dans son Amour. » (à suivre)

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