Suite 2 de la conférence sur l'Eglise-sacrement donnée en septembre 1969.

Reprise du texte : « Si la révélation suppose une transformation dans l'homme, une purification de l'homme, une libération de l'homme, et si cet­te libération est parfaite et totale en Jésus-Christ, la révélation ne peut pas se séparer de cette Personne. La révélation ne tient pas aux mots dans leur matérialité, la révélation tient à l'éclairage intérieur qui vient de la parole, et justement du dépouillement de l'homme. »

Suite du texte. « Les mots qui portent la vie, ce sont des mots qui sont vécus et qui deviennent vivants d'être vécus, mais comme - encore une fois - aucun langage ne peut vivre sans être animé par une Présence authentique, toute révélation a été imparfaite tant que la présence humaine était limitée; dès là que la présence humaine n'a plus de limite, comme c'est le cas dans l'humanité de Jésus-Christ, la révélation est parfaite mais elle est inséparable de cette Personne.

Si bien que nous concevons immédiatement que ce ne sont pas des paroles de Jésus détachées de Lui, prononcées par Lui, mais détachées de Lui ou écrites dans le mémorial des Apôtres, c'est à dire dans le Nouveau Testament , ce n'est pas cette parole couchée par écrit et dans sa matérialité qui est la révélation ! C'est la Personne même de Jésus-Christ qui consume les limites des mots et donne au langage de devenir le Verbe de Dieu.(1)

Notre Seigneur d'ailleurs l'a formellement déclaré : lorsqu'il parle en parabole, c'est parce que la foule n'est pas capable d'entendre davantage ! Et dans les derniers entretiens de l'Evangile selon Saint Jean, nous voyons que Notre Seigneur affirme qu'il a encore beaucoup de choses à dire qui ne peuvent pas être dites parce qu'elles ne peuvent pas encore être comprises, seul l'Esprit-Saint, finalement, c'est à dire précisément l'Esprit qui transforme au dedans de ce Baptême de feu de la Pentecôte, seul l'Esprit-Saint introduira les Apôtres dans toute la Vérité, dans cette Vérité qui est une Présence et une Personne.

Quand Saint Paul nous dit que l'Ancien Testament - je veux dire l'ancienne Alliance - a été le pédagogue de l'Evangile, il nous laisse entendre admirablement que c'est là une étape dépassée, que justement nous ne sommes plus sous le pédagogue, nous sommes dans le plein midi de la révélation en Jésus-Christ, nous sommes délivrés de la loi et de ses limites, nous sommes dans le régime de la liberté divine qui nous advient par Jésus-Christ.

Jésus-Christ Lui-même, je viens d'y faire allusion - et Il le déclare formellement - a dû s'adapter à son auditoire, Il a dû user d'une pédagogie extrêmement prudente dans les conditions les plus difficiles qui soient, dans un régime de pays occupé, dans un régime où le messianisme pouvait constamment pren­dre une allure révolutionnaire. Il devait en même temps s'appuyer sur l'espérance messianique et la dépasser, et Il devait accomplir cette formidable révolution de passer du Dieu des nations au Dieu des personnes.

Pasternak a fait cette remarque admirable et tout à fait inattendue dans le "Docteur Jivago" en parlant de l'Annonciation à Marie. Il remarque que jusqu'ici les peuples étaient en mouvement, on entendait le pié­tinement des armées. Dieu était le Dieu des peuples, le Dieu des nations, le Dieu d'Israël, maintenant Il devient le Dieu des personnes, le Dieu de cette jeune fille avec laquelle Il s'entretient par la médiation angélique, Il s'entre­tient avec cette jeune fille et c'est la décision qu'elle va prendre qui va déci­der du règne de Dieu !

Nous passons du reste du régime des nations au régime des personnes. Dieu n'est plus le Dieu des peuples, Il est le Dieu de chacun, Il est le Dieu des personnes dont chacune est un univers !

Mais Jésus ne peut pas dire à ses Apôtres qu'il n'est pas mandaté par le Dieu d'Israël, qu'il n'y a pas de Dieu d'Israël, qu'au fond c'était une conces­sion, je veux dire qu'au moment où la révélation se fait jour, en ses premiers commencements, l'humanité vit davantage en groupe que sous un régime personnel !

La personne, nous le savons, s'éveille très tard dans l'humanité, et en nous pour commencer ! La personne s'éveille très tard, nous vivons d'abord en société, société familiale, société du quartier, société de la ville, société de l'état, de la nation, société du continent, nous vivons d'abord en groupe, et l'humanité a d'abord vécu et pris conscience d'elle-même en groupe, et elle a naturellement eu une morale de groupe et une religion de groupe et un Dieu national, un Dieu de la Cité, un Dieu de l'empire, un Dieu du royaume, avant d'avoir un Dieu de la personne.

Il faudra que la personne s'éveille, il faudra qu'elle passe à la nouvelle naissance pour exister, et tout cela, ce sera le régime, en quel­que sorte, du Nouveau Testament.

Il y a donc une transformation très profonde que Notre Seigneur d'ailleurs nous rend sensible lorsque, faisant l'éloge de Jean Baptiste, Il affirme que : "le plus grand des prophètes oui, sans doute, c'est Jean le Baptiste, mais le plus petit dans le Royaume - c'est à dire dans la nouvelle Alliance - est plus grand que lui !" parce qu'il appartient justement à cette alliance fondée sur la liberté de la grâce qui réunit ou plutôt qui suscite les personnes et dans ce Royaume intérieur qui est le Royaume de Dieu, au plus profond de nous-même.

Donc - et c'est cela qu'il faut retenir, parce que c'est capital - la révélation d'un Dieu qui est tout intériorité, qui est un pur dedans, la révélation ne peut se faire qu'à travers le surgissement des personnes, et cette révélation est limitée dans la mesure où cette personnalisation de l'humain, je veux dire cette naissance de la personne en l'homme, dans la mesure où cette naissance est imparfaite et limitée.

La révélation parfaite, elle tiendra à l'Humanité de Notre Seigneur, mais elle est inséparable de Lui, soit parce que la Parole même de Notre Seigneur a été conditionnée par son auditoire, soit parce que cette Parole a été comprise par des hommes limités, comme étaient même les plus fins des Apôtres, soit parce que les temps changeant, il faut dessiner des perspectives nouvelles pour accé­der à cette Révélation, de toute manière, la révélation parfaite tient à la Personne de Notre Seigneur. » (à suivre)

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