Suite 4 de la 5ème conférence au Cénacle de Paris en février 1971.

Les seuls moments de rencontre vraiment humaine sont les moments où, ensemble, nous respirons Dieu.

« La vie éternelle, c'est aujourd'hui. Et nous le savons de façon tout à fait sûre et expérimentale par ce fait que, quand nous résumons une autre vie, une vie d'un être aimé qui nous était cher et indispensable, qui faisait partie essentiellement de notre espace vital, nous nous rendons compte de ce que les moments où nous l'avons vraiment rencontré, s'ils sont rares, ont toujours été des moments où, ensemble, nous avons communié à cette gran­deur, à cette présence, sans nécessairement la nommer, et nous nous sommes rencontrés à travers elle dans l'échange le plus intime de nous-mêmes.

Les seuls moments de rencontre humaine, les seuls moments où nous avons accès vraiment à l'intimité d'un autre, et un autre à la nôtre, ce sont les moments où, ensemble, nous respirons Dieu, à travers une musique, si vous voulez, à travers une grande oeuvre d'art, à travers un spectacle de la nature, mais c'est toujours quand, ensemble, nous nous sommes oubliés, quand, ensemble, nous nous sommes perdus de vue, quand, ensemble, nous avons regardé le même visage infini imprimé dans nos cœurs, c'est toujours alors que se sont faites les vraies rencontres. (1)

C'est donc devant l'Eternel qu'ici-bas les hommes se joignent ! Ils ne peuvent jamais se rencontrer autrement et ailleurs, toutes les autres rencontres sont factices, ou passionnelles, ce qui revient au même, elles nouent des servitudes, elle ne créent jamais des libertés.

Il est donc certain que l'éternité est présente dans notre vie comme la vie de notre vie, comme le seul lien de nos tendresses, comme l'éternité de nos amours ! Et, si nous revivons ces moments étoilés, ces heures étoilées, comme dit Zweig, où nous avons communié à la Présence de nos aimés, nous sommes sûrs que c'est par cette voie que nous les retrouverons. C'est en communiant de nouveau à la même Présence que nous pourrons dialoguer avec eux dans le même silence en lequel nous nous sommes rencon­trés avec eux. La mort physique ne peut pas interrompre ce dialogue, puisque ce dialogue la surmonte.

La mort physique est un accident, fonction de la seconde loi de la thermo­dynamique, la loi de l'entropie, elle ne peut pas toucher à cette intimité fondée sur l'Eternel, pas plus que toute notre vie physiologique qui nous tient en dépendance de l'univers n'empêche ces heures étoilées où, au-delà de toute physiologie, au-delà de tout besoin et de toutes servitude, il nous arrive par bonheur de rencontrer le visage humain d'un être aimé.

La vie, donc, se poursuit dans la mesure où elle a été une réalité dans la vie de tous les jours, elle se poursuit dans les profondeurs, elle peut s'accroître encore dans une influence réciproque de ceux qui nous ont quittés sur le plan visible et sont entrés dans ce ciel intérieur à nous-mêmes où ils demeurent, comme Dieu lui-même, cachés, mais non moins réellement présents. » (à suivre)

(1) On comprend alors la quasi-nécessité de faire des monastères des temples de beauté. Mais déjà dans la beauté de leurs chants, entre autres, ils peuvent offrir des minutes étoilées à leurs membres et à ceux qui prennent part à leurs offices. L'audition de grande musique après l'écoute de Zundel peut en offrir aussi.

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