Suite 6 et fin de la 3ème conférence donnée au Cénacle de Paris en 1971.

« L'équation aux yeux de Dieu, l'homme égale Dieu, est donc chargée d'une immense lumière, elle résout, du moins elle nous donne la possibilité de résoudre ce problème, de réaliser à la fois nos ambitions suprêmes dans une totale pureté parce que nous avons appris par Jésus Christ que la grandeur était dans l'absolu dépouillement.

C'est au contact de l'humilité de Dieu que la nôtre peut jaillir. Si Dieu justement nous apparaissait comme cette limite inexorable, comme Celui auquel on ne peut pas échapper parce qu'il est néces­sairement le plus fort, notre dignité consisterait justement à refuser, à refuser cette soumission, quitte à être écrasé. Mais justement Jésus-Christ dissipe cette fausse vision de Dieu. Jésus Christ nous introduit au coeur de l'éternel Amour et Il nous amène à notre propre intimité, à ce sanctuaire, à cette cathédrale que nous sommes où le Dieu Vivant ne cesse de nous attendre.

Alors la mission consiste non pas à faire changer de formule mais à faire naître de nouveau, à enfanter dans le don total de soi-même, à s'effacer dans le respect de l'inviolabilité de toute conscience. Et c'est là que les hommes pourront se joindre au-delà de tous discours, c'est là qu'ils se joignent ! et c'est seulement là qu'ils se joignent quand chacun a atteint à la racine de son être parce que, au coeur du silence, il a rejoint sa source qui est la présence divine confiée à son amour, parce qu'on respire ensemble Celui qui est la Vie de notre vie.

C'est donc dans cet esprit que nous avons à envisager l'œcuménisme : non pas comme un ensemble de concessions plus ou moins diploma­tiques, mais comme un retour à la source divine, comme un retour à la Trinité où tout l'univers a son origine, non pas pour être serf et esclave mais justement pour qu'il y ait partout, partout ! une libre réponse d'amour.

De temps en temps les poètes, les artistes, ont l'intuition de cette liberté, et alors l'univers se met à chanter au fond de leur coeur et au sein de leurs oeuvres. L'univers se met à chanter, il rayonne finalement d'une Présence, comme d'ailleurs c'est le cas aussi de tous les savants quand, au-delà d'une découverte qui sera dépassée demain, au-delà de ce cheminement sur la circonférence qui n'a pas de fin, ils se sentent reliés en un Centre intérieur à eux-mêmes, et, dans l'émerveillement, ils voient sourdre la lumière dans l'univers qui n'est plus un objet mais qui est Quelqu'un.

De toutes manière, si Jésus est le second Adam, si Il est au commen­cement d'une nouvelle création, nous sommes appelés avec Lui à créer ce monde et nous ne pouvons le faire qu'à sa manière, à la manière de Dieu qui est de s'évacuer de soi et qui se concrétise au lavement des pieds.

Bien sûr qu'il ne s'agit pas d'aplatissement passif, il ne s'agit pas de livrer un univers au désordre de ceux qui voudraient le détruire ! mais il s'agit d'être l'affirmation en tous et en chacun d'une aventure infinie qui seule peut combler la vie parce qu'en effet elle n'a pas de frontière.

Si nous sommes les porteurs de Dieu, les porteurs d'un trésor infini, si nous pouvons être pour chacun un espace où il découvre sa liberté, si nous n'avons pas autre chose à faire, si tout nos contacts avec nous-même et avec les autres n'ont pas d'autre but que de tracer ce chemin où la Présence Divine se trouve, alors vraiment notre vie à chaque instant peut se renouveler et à chaque instant peut triompher de ses limites et c'est en effet la seule manière d'en triompher.

Comme dit Patmore, si Dieu est Celui qui tient l'homme dans Sa main, l'homme est celui qui tient Dieu dans sa main. C'est ce que nous voulons réaliser tout à l'heure lorsque vous recevrez le Saint Sacrement dans votre main, vous pourrez prolonger cette image. En effet, l'homme est celui qui tient Dieu dans sa main.

Nous n'avons rien d'autre à faire, sans en parler, sans en parler ! si nous demeurons dans ces fondations du silence, nous n'avons rien d'autre à faire que de laisser se propager cette vague de lumière et d'amour qui atteint le fond de l'être et qui, dans une respiration entièrement libre, donne à l'homme enfin ses véritables dimensions.

Vous voyez le sens de l'équation et pourquoi nous sommes en 1971 dans cette référence à Jésus Christ, le second Adam, le Dieu qui révèle son humilité, son éternelle pauvreté, le Dieu qui nous appelle à être ce qu'il est en affirmant que, justement, aux yeux de Dieu, l'homme égale Dieu. »

(fin de la 3ème conférence)

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir