Suite 7 et fin de la 4ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1963 par Maurice Zundel.

Le mystère de l'Eglise nous concerne tous radicalement, c'est le mystère même de notre vie. Nous sommes l'Eglise tout entiers ...

Reprise du texte : « L'humanité chrétienne n'est pas autre chose que l'effacement consubstantiel de l'amour (que l'effacement qui est consubstantiel à l'amour). ... Nous sommes un peuple sacerdotal, comme dit Saint Pierre, un peuple mystique, un peuple spirituel qui n'a pas de racines charnelles et qui doit s'ouvrir à tout l'univers. »

Suite du texte : « La vertu n'est pas un luxe, une élégance dont nous doterions notre propre personne, la vertu est la condition d'un apos­tolat qui ne peut être fécond que si le Christ peut transparaître (1) à travers nous. Nous avons donc constamment à prendre vis-à-vis des autres l'attitude que le Christ prendrait à notre place. Là, il n'y a pas de par­tage.

Nous ne pouvons pas nous livrer à des pratiques de dévotion, ajouter à la messe le bréviaire, le rosaire, le salut du Saint Sacrement etc., et nous dire : « Maintenant, j'en ai assez fait pour le Bon Dieu ! ma journée lui a été suffisamment consacrée ! » Cela n'a aucun sens car on ne peut jamais fermer le guichet de l'amour.

On ne peut jamais méconnaître le visage du Christ dans n'importe quel être humain : vos voisins, vos camarades de travail, vos parents, et votre parenté, sympathique ou non, chacun a le droit rigoureux d'exiger de vous ce don ineffable qu'est le Christ lui-même, justement parce que la « Vérité est Quelqu'un », parce qu'elle est une Personne, parce qu'elle n'a pas de limites ! elle ne peut se faire jour qu'à travers la transparence (1) de notre vie.

Si la vérité se réduit à des mots, même parfaits, ces mots écorcheront l'âme d'autrui, surtout si nous les prononçons avec un coeur encore accroché à ses possessions, et tout ce que nous pouvons garder en nous de limites et de ressenti­ments empêchera l'authenticité du message, et fera écran entre le Christ et les autres. Nous avons donc toujours à surmonter nos limites ! pour Lui, pour qu'il ne soit pas transformé par nous en une idole et que Ses paroles gardent leur pouvoir de vie éternelle.

Nous voyons donc que le mystère de l'Eglise nous concerne tous radicale­ment, c'est le mystère même de notre vie. Nous sommes l'Eglise des pieds à la tête comme nous sommes envoyés le jour et la nuit pour que le Christ soit le Vivant que l'homme de la rue puisse rencontrer au tournant du chemin.

Si le Christ ne peut être rencontré, s'il faut aller dans les archives pour repérer son souvenir, il y a des gens pour qui Il restera à jamais un inconnu et qui resteront dans leur indifférence, appelant en vain un secours et ne pouvant jamais rencontrer ce visage qui serait pour eux la source de vie !

Chacun de nous a pu rencontrer des hommes qui n'ont pas la foi explicite qui est la nôtre, qui la contredisent peut-être ou même la combattent, des hommes d'une révélation non chrétienne ou qui se passent de toute révélation, et constater que ces hommes, en se remettant à la droiture de leur conscience, peuvent parfois rendre un son authentiquement chré­tien et avoir une attitude admirablement édifiante.

Vous avez pu être illuminées, réconfortées, par la présence d'êtres qui ne partagent pas explicitement votre foi. Comment voulez-vous que ces êtres - et il y en a incontestablement beaucoup - comment voulez-vous que ces êtres joignent le christianisme simplement pour changer de formule, pour se charger d'une autre formule que celle qu'ils ont apprise ou qu'ils ont eux-mêmes forgée, si le christianisme ne leur apparaît pas, à travers nous, immédiatement, comme dégagé de toute formule, comme illimité dans son message, enfin comme un visage, comme une personne, comme un coeur ouvert à tous et à tout, et qui élargit immensément la vie, lui confère toute sa grandeur, toute sa noblesse et toute sa beauté.

C'est quand ceux qui ne sont pas joints explicitement à l'Eglise se recon­naîtront chez eux en elle à travers nous qu'il n'y aura plus de problème. Ils joindront le Christ parce qu'ils Le reconnaîtront. Ils en vivaient déjà, et Le reconnaître explicitement sera triompher des limites qui pouvaient encore les affecter.

La seule mission, le seul apostolat fécond est celui qui est littéralement catholique et qui manifeste Dieu dans le Verbe Incarné dont l'existence se prolonge dans le mystère de l'Eglise.

Il n'y a pas d'hésitation possible : c'est dans cette direction qu'il faut chercher l'identification entre l'Eglise et Jésus. L'Eglise ne peut nous intéresser, nous passionner, requérir toutes nos énergies, que dans la mesure, justement, où elle réalise cette plénitude qui révèle à la fois la tendresse de Dieu et la grandeur de l'homme. Envoyés comme les apôtres, nous avons à être catholiques comme eux, c'est-à-dire univer­sels, ce qui comporte en nous une exigence de dépouillement qui enracine notre vie dans un mystère de pauvreté qui éclaire tout le mystère de l'Eglise comme il éclaire le mystère de Jésus, comme il a sa source dans le mystère de la très sainte Trinité. »

(Fin de la conférence)

Note (1) : Ce mot de transparence, la transparence de Dieu de notre vie, revient souvent chez Zundel.

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