Suite 6 de la 4ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1963 par Maurice Zundel.

Nous ne voulons pas limiter au Pape le vicariat du Christ, nous voulons l'étendre à toute l'humanité et vénérer le Christ en tous les hommes. ... Nous ne pouvons être chrétiens qu'en état de mission et de démission. ...

« Il ne s'agit pas de contester ce terme "vicaire du Christ": le Pape est bien le Vicaire du Christ dans l'ordre sacerdotal, il est Vicaire du Christ comme sacrement de l'unité et ce vicariat est absolument nécessaire car il continue et explicite magnifiquement l'identification posée par le Seigneur Jésus Lui-même dans la vision de Damas, mais il ne faut pas oublier que tout homme est vicaire du Christ.

Notre Seigneur l'a fortement déclaré lorsqu'il a dit : "J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'ai été nu, j'ai été en prison. ... Tout ce que vous avez fait, c'est à moi que vous l'avez fait." On ne peut pas dire de manière plus formelle que, en toute humanité, le Christ est présent. C'est à travers tout homme que nous sommes appelés à commu­nier à sa Présence.

Si donc nous retenons le vicariat pontifical avec respect et amour, c'est pour nous exposer à la lumière de ce sacrement d'unité, mais nous ne limitons pas le vicariat du Christ à une seule personne, nous voulons l'étendre à toute l'humanité et vénérer le Christ en tous les hommes, chacun selon sa fonction, parce que c'est le même Christ qui nous apparaît sous des traits différents et qui appelle en nous le même respect et la même gratitude.

Pour ce qui concerne le Pape, il semble que certaines modifications du protocole seraient extrêmement souhaitables pour ne pas tout faire dépendre d'un homme seul et entretenu dans sa solitude, porté sur le pavois, perpétuellement encensé, au point de risquer de ne prendre conseil que de lui-même et d'oublier qu'il est un homme. Jean XXIII d'ailleurs ne l'a pas oublié et a su être magnifiquement un homme parmi les hommes.

Sans doute, par son investiture et sa qualité de sacrement, le Pape sera toujours préservé d'abus qui pourraient mettre en danger la vie de l'Eglise ! mais, à considérer les choses en général, son apostolat serait infiniment plus fécond si ce vicariat du Christ gardait son sens mys­tique qui peut être étendu à toute l'humanité puisque tous les hommes ont la même mission qu'ils exercent dans des fonctions différentes.

Tous les membres de l'Eglise ont la même mission, c'est-à-dire qu'ils ont à deve­nir Christ pour « christifier » les autres et, s'ils n'ont pas la même fonction que le Pape, ils n'en restent pas moins chargés comme le Pape du salut de tous les hommes.

Si tous nos frères et amis orthodoxes, protestants, juifs et même musul­mans, bouddhistes et shintoïstes pouvaient entendre ce message sous cette forme agenouillée, s'ils pouvaient vraiment constater et éprouver que nous sommes tous en état de démission, comme le problème de l'unité serait simplifié et comme il semble que s'approcherait sa solution !

Ceci d'ailleurs nous amène à conclure que, puisque le vicariat du Christ s'étend à tous les hommes, chacun de nous est vicaire du Christ, chargé de toute l'Eglise, et nous ne pouvons être chrétiens qu'en étant à la fois en état de mission et en état de démission.

Le christianisme n'est pas un monopole pour nous, il n'est pas européen, il n'est pas de race blanche, il s'adresse à tous les hommes, et une grâce reçue par les uns est une grâce offerte à tous les autres.

Toute grâce est une mission et, depuis notre baptême, nous sommes du matin au soir et du soir au matin en état de mission. C'est le sens du mot "apostolique", c'est-à-dire "envoyé". Où que nous soyons, quoi que nous fassions, nous sommes tous et toujours envoyés. Nous devons être le levain dans la pâte pour faire fermenter l'humanité dans le sens de sa libération divine.

Nous ne pouvons exercer notre mission que si nous sommes en état de démission. L'humanité chrétienne n'est pas autre chose que l'effacement consubstantiel de l'amour. On ne peut pas aimer en se gonflant soi-même ! On ne peut aimer qu'en faisant le vide en soi pour accueillir l'être aimé dans un espace respirable. C'est pourquoi l'humilité chrétienne est liée essentiellement à la mission chrétienne justement parce que nous ne som­mes jamais là pour nous ! nous avons tous été ordonnés dès notre baptême à la Personne de Jésus Christ.

Nous sommes un peuple sacerdotal, comme dit Saint Pierre, un peuple mystique, un peuple spirituel qui n'a pas de racines charnelles et qui doit s'ouvrir à tout l'univers. »

(à suivre)

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