Suite 4 de la 4ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1963 par Maurice Zundel.

Reprise du texte : « Entre Jésus et nous il n'y a pas d'inter­médiaire car le sacrement ne fait pas écran. Le sacrement est pour la foi un signe diaphane qui nous relie immédiatement à la personne de Jésus. »

Suite du texte : « Cela va si loin que nous ne sommes aucunement liés à la manière dont ceux qui nous proposent le message le comprennent eux-mêmes.

Il y a là une situation analogue à celle que vous expérimentez tous les jours lorsque vous participez à la liturgie eucharistique. Vous ne doutez pas un instant que le prêtre qui célèbre ne célèbre pas en raison de ses dons particuliers, de ses talents, de sa personnalité singulière, qu'il est à l'autel uniquement en tant qu'il est "ordonné", c'est-à-dire identifié sacramentellement à la personne de Jésus, c'est parce qu'il est prêtre et non parce qu'il est lui, et justement parce qu'il n'est pas lui en tant qu'il est un pur sacrement, c'est à ce titre uniquement qu'il agit avec efficacité. Lorsque vous recevez la sainte communion de ses mains, vous savez parfaitement que vous n'êtes pas lié à ses états d'âme. Quelles que soient sa ferveur ou son indignité, de toute manière il agit au nom de l'Eglise au sein de la communauté, et il est de toute évidence que le prêtre perd tous ses pouvoirs s'il agit en dehors de l'église et à l'encontre de la communauté.

L'idée de consacrer du vin dans un bar, comme dans le film "le défroqué", est absur­de ! une consécration de ce genre est a priori invalide justement parce que le prêtre ne peut pas disposer du pouvoir consécratoire, il a été ordonné pour la communauté, dans la communauté et, d'une certaine manière, par la communauté, pour perpétuer le mémorial du Seigneur. Mais ce n'est pas là sa propriété, ce n'est pas un monopole dont il pourrait disposer ! Il n'accomplit la divine liturgie que dans un état de sacrement et donc dans un état d'absolue démission.

De même que vous ne vous sentez pas liés aux états d'âme, à la ferveur ou au manque de ferveur, à la dignité ou à l'indignité du prêtre, pourvu qu'il célèbre comme un prêtre de l'Eglise, dans l'Eglise et pour elle, de même vous n'êtes pas liés davantage à l'intelligence que le Pape et les pères du Concile peuvent avoir du message qu'ils proposent parce qu'ils n'accomplissent ici qu'un ministère sacramentel. En tant qu'évêques ou pape, ils sont toujours et sûrement des sacrements. La démission fonda­mentale à laquelle ils sont astreints est la garantie qu'ils ne peuvent rien mêler d'eux-mêmes au message qu'ils proposent ! et cela nous exonère par­faitement, nous affranchit totalement, de l'intelligence qu'ils en ont.

De même qu'une femme illettrée peut communier avec beaucoup plus de ferveur que le prêtre qui lui donne la communion, la même femme illettrée peut entendre et comprendre le message du Concile ou la décision pontificale beaucoup plus profondément que le Pape et les évêques eux-mêmes si sa sainteté l'emporte sur la leur.

On voit d'ailleurs que l'histoire des conciles présente parfois des défauts humains que la foi est absolument impuissante à cacher, comme ces con­ciles du 5ème siècle qui ont donné lieu à quelques batailles bien éloignées de la charité chrétienne. Il n'empêche que, de ces conciles, sont sorties de profondes définitions de la foi qui ont désembroussaillé le témoignage apostolique en le reformulant avec une précision admirable dans une langue différente et beaucoup mieux adaptée aux exigences de la vie mystique.

Si nous n'avions pas les définitions de Chalcédoine qui ont donné lieu à tant de batailles et de discussions, il est évident que nous ne pourrions pas lire le Nouveau Testament avec la même plénitude que nous le faisons parce que le fait d'avoir déclaré (en le Christ) les deux natures parfaitement inconfusibles, chacune gardant ses propriétés, campe immédiatement la figure de Jésus dans sa pleine réalité humaine, cela nous empêche de voir en Dieu un être fantastique en faisant un mélange incompréhensible de la divinité et de l'humanité.

Il se peut que les Pères qui se battaient sur ce terrain et qui menaçaient parfois de s'assassiner, pour ne pas diviser le Christ, disaient les antichalcedoniens, n'aient pas compris à ce moment-là l'importance des travaux qu'ils accomplissaient, peu importe ! Le Saint Esprit agissait et les âmes de bonne volonté n'avaient qu'à fermer les yeux sur toutes les défaillances humaines auxquelles elles n'étaient pas liées pour retrouver la pure lumière du Christ. C'est le sens même de l'infaillibilité pontificale, c'est la proclamation la plus parfaite de la démission de l'homme.» (à suivre)

Ajouter un Commentaire

Les commentaires sont modérés avant publication. Les contributions doivent porter sur le sujet traité, respecter les lois et règlements en vigueurs, et permettre un échange constructif et courtois. A cause des robots qui inondent de commentaires publicitaires, nous devons imposer la saisie d'un code de sécurité.

Code de sécurité
Rafraîchir