Suite 3 de la 4ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1963 par Maurice Zundel.

C'est de l'Eglise que nous tenons le dernier mot du message de Jésus avec toute sa nouveauté. Dans la proposition du témoignage de Jésus, les apôtres sont réduits à l'état de sacrement (1).

Suite du texte : « Nous ne pouvons pas oublier que Jésus a parlé à des hommes, qu'il a parlé à une certaine époque, qu'il a parlé à une foule incapable de comprendre ! c'est pourquoi il présentait son message en paraboles.

Il a déclaré Lui-même qu'on ne peut pas mettre du vin nouveau dans de vieilles outres et, comme nous le lisons à la fin du 4ème évangile, il déclare aux disciples eux-mêmes qu'il a encore beaucoup de choses à dire qu'ils ne peuvent entendre. La Parole du Christ n'est donc pas tellement celle qu'il a prononcée, car celle qu'il a prononcée a pu être limitée par son auditoire et les circons­tances.

Au moment où Jésus accomplit son ministère, la Palestine est toute entière livrée à des mouvements révolutionnaires. Il y a des mots qui sont des mots explosifs, en particulier le terme de Messie auquel Jésus ne répond jamais et qu'il acceptera uniquement, d'après les synop­tiques, au moment de la confession de Césarée, tout en interdisant d'ail­leurs à ses disciples de le révéler à personne. Il y avait des associations politiques accrochées à certains mots qui rendaient l'expression extrêmement dangereuse.

A cause de toutes ces raisons, parce que Jésus était prisonnier, d'une certaine manière, des limites de son auditoire, son message s'identifie à sa personne, et c'est du commentaire qu'il en donnera à t r a v e r s l e m y s t è r e d e l ' Eglise que ressortira dans tout son relief la nouveauté de l'Evangile. Le Christ mystique, pourrait-on dire, passe son temps à commenter le Christ de l'histoire. C'est finalement de l'Eglise que nous tenons le dernier mot du message de Jésus. C'est de l'Eglise que le sens mystique de la révélation de Notre Seigneur nous parvient sous la forme la plus dépouillée.

Si l'on étudie l'histoire des dogmes, on se rend compte de cette progression. On ne peut que rendre grâces à Dieu de vivre à l'époque où l'on vit, de n'être pas confronté avec le langage, encore très incertain dans son expression, de l'église apostolique où il fallait inventer tout un vocabulaire et où il fallait laisser inexprimée, à cause d'un langage qui s'y refusait, toute la nouveauté du mystère de Jésus (1).

Jésus demeurera donc avec nous jusqu'à la fin des siècles par l'Eglise, mais, puisqu'il est invisible, puisqu'il faut bien qu'il recourt à des hom­mes pour proposer son message, des hommes, il est vrai, qu'il a choisis et préparés à cette intention mais qui restent des hommes, comment échapper aux limites humaines ? Ces hommes, les apôtres, qui ne l'ont pas compris de son vivant, sans doute ont-ils été illuminés le jour de la Pentecôte, mais qui peut nous garantir qu'ils ne vont pas réduire le message du Christ à ce qu'ils en peuvent comprendre ? Pourtant il est impossible que l'oeuvre de Jésus continuât sans se pour­suivre à travers la communauté apostolique.

Que le Christ ait prévu le danger auquel Il s'exposait en confiant sa parole à des hommes, nous en avons déjà un indice dans le fait que la révélation à Saul sur le chemin de Damas prend la forme que nous connaissons bien : "Je suis Jésus que tu persécutes. "Toute la théologie de l'Eglise est là : "Je suis Jésus que tu persécutes, cette communauté à laquelle tu t'attaques, cette communauté que tu veux extirper dans ton amour du judaïsme, cette communauté, en réalité, c'est moi-même.

C'est dans cette optique que Saul se convertit, percevant en même temps Jésus dans l'Eglise et l'Eglise en Jésus. C'est pourquoi il nous parlera avec tant de fermeté du mystère de l'Eglise parce que c'est le mystère même de sa conversion: pour lui, le témoignage de l'Eglise et celui du Christ sont absolument inséparables puisqu'il a connu le Christ dans la lumière de cette parole qui identifie le Christ et la communauté apostolique. Si cela est vrai - et cela est vrai et fondamental - cela nous permet immédiatement de découvrir le caractère sacramentel de l'Eglise.

Si l'Eglise, c'est Jésus, il faut conclure immédiatement que tout ce qui n'est pas Jésus dans l'Eglise n'est pas l'Eglise, et que les hommes qui nous répètent ou nous proposent le témoignage de Jésus, et pour pouvoir nous le transmettre, sont alors complètement dépouillés d'eux-mêmes et réduits à l'état de sacrement. Les apôtres, transfor­més par l'illumination de l'Esprit et lancés par cette illumination à la conquête du monde, ont parfaitement conscience que c'est le Seigneur qui parle et qui agit à travers eux ! ils ne peuvent pas disposer de sa Parole, c'est elle qui les mesure, ils ont à s'effacer tout entiers en elle pour laisser le Christ devenir la vie de toute l'humanité.

Il y a là quelque chose de considérable et de merveilleux parce que nous avons l'intuition que, par cette investiture sacramentelle constamment renouvelée et propagée par la succession apostolique, nous sommes déliés de toutes leurs limites humaines car, à travers les apôtres comme à travers leurs successeurs, nous sommes référés immédiatement à la personne de Jésus (1). La parole des apôtres et de leurs successeurs, nous l'entendrons donc dans la propre lumière du Christ, cette lumière qui nous est communiquée dans le rayonnement de la foi.

Entre Jésus et nous il n'y a pas d'inter­médiaire car le sacrement ne fait pas écran. Le sacrement est pour la foi un signe diaphane qui nous relie immédiatement à la personne de Jésus (1). »

(à suivre)

Note (1) : Attention tout cela est subtile et n'est pas immédiatement intelligible.

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