Suite 2 de la 4ème conférence donnée à La Rochette en septembre 1963 par Maurice Zundel.

La vérité ne peut prendre racine en nous que si nous prenons racine en elle.

Reprise du texte : « il fallait absolument que le Christ demeurât parce que, sans Lui, Sa parole aurait prêté flanc à toutes les discussions, à toutes les exégèses, à toutes les interprétations et, finalement, on n'aurait plus su décou­vrir le sens authentique de son message. »

Suite du texte : « Il faut en effet préciser que la révélation, parce qu'elle passe nécessaire­ment par une personne humaine, risque toujours de se limiter du fait des limites de l'homme qui la propose.

Cela est facile à vérifier sur nous-mêmes, nous savons bien que nous n'avons pas embrassé la vérité d'une seul coup, la vérité grandit en nous en même temps que notre âme s'ac­croît. C'est dans cette croissance de notre intelligence que la vérité acquiert de nouvelles dimensions, et nous n'aurons jamais fini le pèleri­nage aux sources, notre itinéraire ne connaît pas de fin, toute la vie, nous aurons à découvrir, toute la vie nous aurons à progresser parce que toute la vie nous aurons à dépasser nos limites qui ne seront jamais consumées avant que nous n'entrions dans le face à face de l'éternelle vision.

C'est pourquoi tous les témoignages prophétiques - nous l'avons déjà remarqué - sont affectés par les limites des prophètes eux-mêmes, et il en sera ainsi de toute révélation.

Comme la vérité n'est pas une chose qu'on peut retirer dans une armoire, ou un liquide qu'on peut présenter dans un verre, elle ne peut prendre racine en nous que si nous prenons racine en elle. Cette loi est inéluctable : pour que la vérité se fasse jour dans toute sa plénitude, il faut une nature absolument dégagée d'elle-même, absolument transparente, comme l'est la nature humaine de Jésus, c'est dans son cas seulement que la révélation nous est donnée dans sa plénitude en raison du fait, justement, que la nature humaine de Jésus est totalement désappropriée de soi et, par suite, incapable d'aucune partialité. Elle ne peut infléchir la vérité dans le sens de ses passions, elle ne peut la ramener à une possession, elle ne peut en faire un monopole, elle la laisse transparaître dans son jour immaculé ! C'est cela même qui indique que le Christ doit rester avec nous sous peine de nous frustrer de cette vérité qui fait corps avec Lui, car cette vérité est inséparable de Sa Personne, et il faut dire que, seule, la lumière de Sa Personne peut donner aux mots cette ampleur infinie et cette transparence immaculée. Si les mots nous parviennent indépendamment de Lui, ils nous seront nécessairement proposés par des hommes qui mêleront au langage du Christ leur propre langage et qui l'infléchiront dans le sens de leurs intérêts et de leurs passions.

Il faut donc à la fois que le Christ s'en aille et qu'il demeure. Il nous a d'ailleurs dit lui-même qu'il était bon qu'il s'en allât : "Il vous est bon que je m'en aille car, si je ne m'en vais pas, l'Esprit Saint ne viendra pas à vous." Il savait que son apparence visible constituait un piège pour ses disciples, qu'ils n'avaient pas pénétré au-delà, qu'ils n'avaient pas décou­vert la nature sacramentelle de Son humanité. D'ailleurs, ils ne percevaient pas cette humanité à travers la foi dans la lumière de la flamme d'amour, ils la percevaient comme toute autre humanité avec leurs yeux de chair et ils y accrochaient toutes leurs ambitions et tous leurs espoirs souvent très individuels et très égoïstes ! ils pensaient que Jésus les conduiraient à la victoire ! C'est avec cette assurance qu'ils l'avaient suivi jusqu'au moment où, condamné et prisonnier, il déçoit leur attente, alors ils s'enfuient, se dispersent et se cachent. Il était donc bon que Jésus s'en allât pour que son humanité ne fût pas pour nous un piège comme elle l'avait été pour ses disciples. En même temps, il fallait qu'il demeurât pour les raisons que nous venons d'énoncer. Le Christ seul pouvait garder à sa parole toute son ampleur, d'autant que Sa parole, finalement, c'est Lui-même. »

(à suivre)

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