Suite et fin du Témoignage en date du 25 mai.

J'ai compris, grâce à Zundel que, puisque j'étais baptisé, il ne dépendait que de moi d'être chrétien en disant Oui au Christ, Dieu le Fils, dans l'unité du Saint Esprit, « Oui » pour que Dieu existe à travers son expression chrétienne. Certes j'avais lu et apprécié certains passages du Pèlerin Chérubinique, ainsi que certains passages de Maitre Eckhart qui disent la même chose: «Que m'importe que Jésus-Christ soit né dans une crèche à Bethléem s'il ne renaît pas tous les matins dans mon cœur« ou « l'œil par lequel il me voit est le même que celui par lequel je le vois ». Mais la compréhension qui restait jusqu'alors strictement de l'ordre intellectuel de ce genre de propos s'est transformée radicalement avec Zundel en une compréhension intime, vécu. Oui, c'est par l'homme et à travers l'homme que Dieu veut exister, que Dieu est! Et encore est-ce la peine d'ajouter ce EST, on devrait se contenter de dire: Dieu, le reste est superflu et redondant. Mais pour passer de ce plan divin qu'on ne peut approcher intellectuellement que par l'apophase, donc par la raison discursive, à un plan qui devienne vivant qui rentre dans l'existence, c'est-à-dire qui sort de l'être (ex-stare) pour rentrer dans le royaume des étants sans pour autant perdre de sa transcendance, il fallait absolument un vecteur et ce vecteur c'est l'homme. Ainsi, c'est grâce à un sentiment humain: l'amour qui n'est que le pâle reflet de ce dont il s'agit, que nous pouvons entrapercevoir ce dont il est question lorsque l'on parle du plan de Dieu. Oui Dieu est amour. Dieu n'est qu'Amour. Et comme dans toute relation amoureuse l'acquiescement est la seule condition pour qu'il puisse naitre , croitre et perdurer.

Et puis Zundel m'a conforté dans l'idée que je m'étais faite depuis de très nombreuses années de la nécessité de travailler sur soi pour ne laisser à son ego que la place qui lui revient, c'est-à-dire somme toute modeste, et progressivement de se laisser envahir, là encore dans l'acquiescement silencieux du cœur, par une présence qui le dépasse. Mais pour ce faire, il convient et Dieu sait si c'est difficile, de se débarrasser de ce que l'on pourrait appeler nos conditionnements. Zundel parle de désappropriation. Il est vrai que ce sentiment de la propriété est un aspect essentiel d'un conditionnement humain ordinaire. Mais ça n'est pas le seul et le déconditionnement doit être le plus large possible, le plus profond possible. Certes on ne peut vivre immédiatement les paroles de Saint Paul « C'est Christ qui vit en moi » mais en tous les cas on peut parfaitement se mettre sur le chemin d'un élagage progressif de tout ce qui nous a jusqu'alors constitué, pour faire place à la réception, via la grâce, de celui qui nait de nous. Zundel a à ce propos une image magnifique faisant de l'homme la mère de Dieu. Mais autant toute référence anthropomorphique concernant Jésus-Christ est difficile à accepter lorsqu'on répète à satiété qu'il était un homme ordinaire, et que seul son côté socialement à l'écoute des autres est mis en évidence. Là, ce dont il s'agit, c'est d'un enfantement par l'homme d'un puer aeternus qui n'est né ni d'un désir charnel, ni d'un désir d'homme mais de Dieu. Dieu accouche éternellement de son fils ce puer eternus en l'homme. Zundel l'a parfaitement compris et surtout a parfaitement rendu accessible à nos cœurs la compréhension de la phrase de Pascale » L'homme passe infiniment l'homme. » Dans des traditions différentes, il existe un thème qui est celui de l'homme Universel, l'Adam Kadmon, dans la tradition juive ou le Purusha primordial dans l'hindouisme qui réunit en quelque sorte à la fois l'archétype et en même temps le point d'aboutissement de ce qu'est la vocation de l'homme et même ce dont l'humanité est porteuse. En lisant Zundel, on comprend que le simple acquiescement à la demande de partage de cet amour infini de Dieu, réalise notre vocation, celle de devenir le collaborateur conscient de Dieu dans cet énorme redressement qu'il convient d'opérer, pour que la nature soit intégralement rénovée, à la façon dont les alchimistes pouvaient donner à INRI le sens de Ignis Natura Renovatur Integra (la Nature sera intégralement rénovée par le feu), et le moyen de cette rénovation, c'est ce que Dieu et l'homme ont en commun : le Feu d'un Amour partagé.

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